André Lhote, né à Bordeaux le 5 juillet 1885 et mort à Paris 16e le 24 janvier 1962, est un peintre, graveur, illustrateur, théoricien de l'art et enseignant français.
Il est l'un des représentants du mouvement cubiste.
André Lhote naît à Bordeaux le 5 juillet 1885. Il est le fils d'un employé de la ville et d'une brodeuse. À douze ans, il est contraint par son père de quitter l'école communale d'Arlac et devient apprenti chez un fabricant de meubles ; il y apprend la sculpture sur bois. À treize ans, il suit des cours d'art décoratif à l'Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux et entre dans un atelier de sculpture décorative. Par ailleurs, il commence à peindre ses premières toiles. C'est en lisant les Salons de Diderot, le Journal de Delacroix et les Curiosités esthétiques de Baudelaire qu'il vient à la peinture. En 1905, à vingt ans, il abandonne l'atelier de sculpture et décide de quitter le domicile de ses parents avec lesquels il est en désaccord car ils s'opposent à ce qu'il consacre sa vie à la peinture. Un an plus tard, un marchand d'objets d'art nègre de l'ancien quartier Mériadeck le présente à Gabriel Frizeau.
Frizeau, qualifié par l'un de ses biographes comme « mi-bourgeois mi-anarchiste » est né dans une famille de viticulteurs bordelais. Viticulteur lui-même, c'est au lycée qu'il a éveillé son intérêt pour la culture littéraire et picturale. Devenu collectionneur d'œuvres d'art, Frizeau entretient des amitiés prestigieuses. Il reçoit à son domicile de Bordeaux Jacques Rivière, Saint-John Perse, André Gide ou encore Paul Claudel. En ouvrant ses portes à André Lhote, il permet à ce dernier de faire de précieuses rencontres pour entrer dans le cercle des poètes et des artistes reconnus. Grâce à un soutien financier de Gabriel Frizeau, Lhote monte à Paris en 1907 où il présente trois de ses toiles au Salon d'Automne ; c'est pour lui une grande première. Il profite de son séjour parisien pour passer de nombreuses heures au musée du Louvre. De retour à Bordeaux, il débute une correspondance avec Jacques Rivière, riche et abondante (qui se poursuivra jusqu'en 1924). Grâce à Frizeau envers lequel il est reconnaissant, André Lhote se réjouit de ses nouvelles relations depuis qu'il s'est éloigné de ses parents. Il lui écrit en 1908 : « Tant d'affection autour de moi - à commencer par la vôtre - c'est bien pour me dédommager de mon "orphelinisme". »
Parmi ses nouvelles relations, Lhote compte désormais le peintre Georges Rouault, de dix ans son aîné. Rouault impressionne le jeune peintre bordelais pour la profondeur de son œuvre et de sa personnalité, au point de devenir très vite son mentor. Grâce à Rouault, Lhote élargit à Paris son champ de connaissances, rencontre des peintres tels que Jean Metzinger et Albert Marquet (né à Bordeaux, comme lui), et confirme ainsi ses liens avec le milieu de l'art parisien.
En 1909, en mai, André Lhote se marie ; il épouse Marguerite Hayet. Le couple s'installe à Bordeaux. En juin, le peintre est invité par le Cercle d'Art Moderne du Havre ; il présente des toiles à une exposition de groupe qui réunit, entre autres, Braque, Dufy, Marquet, Manguin, Redon et Kees van Dongen. Dans cette même année, il débute une correspondance avec l'auteur du Grand Meaulnes, Alain-Fournier, ami et beau-frère de Jacques Rivière.
En 1910, André Lhote est pensionnaire à la « Villa Medicis libre » de Villepreux (dans les Yvelines), résidence réservée aux artistes mariés. Il y côtoie Raoul Dufy, également pensionnaire. Au Salon d'Automne, la rétrospective en hommage à Cézanne exerce une forte influence sur sa réflexion artistique. Grâce à l'appui d'André Gide, Lhote présente en novembre 1910 sa première exposition particulière à la galerie Eugène Druet, laquelle regroupe 57 œuvres. A l'occasion de cet événement qui met en lumière le jeune artiste, Apollinaire écrit dans le quotidien L'Intransigeant : « Voici la première exposition d'ensemble d'un jeune peintre sur lequel on fonde beaucoup d'espoir. Les cadres qu'il réunit à la galerie Druet rencontreront à coup sûr des admirateurs. [...] Un tel enthousiasme honore singulièrement celui qui en est l'objet. »
Au début de l'année 1911, la Villa Medicis libre ferme ses portes ; André Lhote part travailler à Paris dans un atelier qui lui est prêté mais rentre tous les mois à Bordeaux retrouver sa femme (restée chez sa mère). Au Salon des Indépendants, il présente plusieurs toiles dont La partie de plaisir et, au Salon d'Automne, un peintre et collectionneur suédois lui achète Le port de Bordeaux. Dans la même époque, Lhote fréquente la Section d'Or des cubistes, autrement nommée Groupe de Puteaux. Il confirme son attachement au mouvement cubiste en 1912, avec sa toile Paysage français, cependant il rejette ce qu'il y a de trop abstrait dans cette forme de peinture et il cherchera toujours à conserver un lien avec la peinture classique, que ce soit par les sujets ou par la rigueur de ses compositions. Il veut inscrire la modernité, non pas dans la rupture, mais dans la continuité de la tradition. Dans cette même année 1912, il revient à Bordeaux et s'exerce à une série de compositions sur le thème du sport.
Trois de ses œuvres sont exposées au Salon des indépendants en 1913.
André Lhote est réformé en raison d'une maladie de la rétine et ne participe donc pas à la Première Guerre mondiale. Affecté à la préfecture de la Gironde, il partage le bureau de Georges de Sonneville avec qui il collabore. Pendant l'été 1917, il séjourne au Piquey sur le bassin d'Arcachon, lieu qu'il fait découvrir à des amis écrivains, peintres et musiciens. Jean Cocteau vient le rejoindre jusqu'en octobre en s'installant à l'Hôtel Chantecler de Piquey. Dans la même période, Lhote est nommé peintre officiel des Armées. Il est envoyé en mission pour réaliser des études dans différents ports dont ceux de Bordeaux, La Rochelle et Marseille.
Dès 1918, il enseigne dans différentes académies jusqu'à la fondation, en 1922, de sa propre académie au 18, rue d'Odessa, dans le quartier du Montparnasse. Il y enseignera jusqu'à la fin de sa vie. Il réunit des textes de grands maîtres, parmi lesquels Léonard de Vinci, sous le titre De la palette à l'écritoire. L'essentiel de son enseignement réside dans ses deux traités : Traité du paysage et Traité de la figure.
En 1919, grâce à son ami Jacques Rivière, il tient une chronique de critique d'art dans La Nouvelle Revue française. En 1921, le critique d'art Alexandre Mercereau publie André Lhote ; c'est le premier ouvrage consacré au peintre. L'auteur relate les premières années de peines et de balbutiements puis de reconnaissance et de succès dans la carrière du peintre, et il tente de circonscrire sa démarche artistique. Il y écrit au sujet de l'inspiration d'André Lhote : « S'il hésite encore parfois entre le classicisme et le cubisme, c'est qu'il en est presque toujours ainsi de la trop grande connaissance, qu'elle justifie surtout l'incertitude où l'on est de posséder vraiment la vérité. »
Lhote organise des stages d'été pour ses élèves dans la maison qu'il a achetée en 1926 à Mirmande dans la Drôme. À partir de 1940 et pendant toute l'Occupation, nombre d'artistes y trouveront refuge, comme Alexandre Garbell, Pierre Palué, Marcelle Rivier et Guy Marandet qui y demeureront.
En 1936, il est membre de la rédaction du journal communiste Ce soir, pour lequel il s'occupe de la rubrique artistique.
En 1938, il découvre Gordes où il achète une maison de style Louis XIII qu'il rénove. Il y réside, en alternance avec Mirmande, de 1939 à 1942. Il fait connaître à ses amis l'attrait du village. Marc Chagall, Jean Grenier, Willy Ronis et d'autres deviennent ses voisins. André Lhote donne également des conférences en France et dans d'autres pays, notamment en Belgique, en Angleterre, en Italie et, à partir des années 1950, en Égypte et au Brésil. En Égypte, Lhote travaille avec Effat Nagy et utilise l'archéologie égyptienne comme sujet de leur travail.
Dès ses débuts, André Lhote s'est senti très en phase avec le mot d'ordre du « tout décoratif » de l'Art déco. Il gardera jusqu'à la fin ce goût pour la décoration. C'est ainsi qu'il exécute les peintures murales de la faculté de médecine de Bordeaux en 1957.