André Leducq, né le 27 février 1904 à Saint-Ouen, dans le département de la Seine, aujourd'hui Seine-Saint-Denis, et mort le 18 juin 1980 à Marseille, dans les Bouches-du-Rhône, est un coureur cycliste français. Professionnel de 1926 à 1938, il est considéré comme l'un des plus grands coureurs français de l'histoire du cyclisme. Double vainqueur du Tour de France, en 1930 et 1932, il remporte 25 victoires d'étape sur l'épreuve, soit le cinquième plus grand total derrière Tadej Pogačar, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Mark Cavendish. Il compte en outre une victoire sur Paris-Roubaix en 1928, ainsi qu'un titre de champion du monde sur route amateurs en 1924. Il est également double champion de France sur route chez les amateurs, une fois dans la catégorie des juniors et une fois chez les militaires.
Coureur complet et véloce, il se montre particulièrement redoutable lors des arrivées au sprint. Surnommé « le joyeux Dédé », ou encore « Dédé gueule d'amour et muscles d'acier », il est l'un des sportifs français les plus renommés de l'entre-deux-guerres et jouit d'une grande popularité tout au long de sa carrière. Son succès sur le Tour de France 1930, le premier disputé par équipes nationales, renforce l'admiration que lui voue le public. Élevé au rang de vedette, il fréquente de nombreux artistes, acteurs et chanteurs de son époque.
André Leducq naît le 27 février 1904 dans une maison de la rue Biron à Saint-Ouen, dans le département de la Seine. Son père, Georges Leducq, est employé de la société parisienne Mildé, qui fabrique et installe du matériel électrique. Sa mère, Martine Dupetit, exerce la profession de culottière à domicile. André est le troisième enfant de la famille après les naissances de Marcelle en 1901 et Georges en 1902.
Peu après sa naissance, la famille s'installe dans le quartier de Belleville à Paris, rue des Alouettes, à proximité des bureaux de la société de cinéma Gaumont, où Georges Leducq travaille alors comme chauffeur de Léon Gaumont, président de la société. Cet emploi permet à ses enfants de tenir le rôle de figurants dans plusieurs films produits par Gaumont : André Leducq apparaît ainsi dans Napoléon, Bébé et les Cosaques, Un mari à l'essai ou encore Le Petit Poucet.
En 1913, Georges Leducq rachète une entreprise de caoutchouc et de vieux pneus de la rue Michelet et la famille jouit alors d'une certaine aisance financière. L'année suivante, il est mobilisé pour la Première Guerre mondiale. À cette époque, André Leducq découvre la gymnastique et la musculation au sein du patronage protestant de son quartier, puis il joue au football pendant deux saisons à l'« Union Athlétique de Montmartre ». Dans ses jeunes années, il pratique également le violon.
En 1916, il quitte l'école : malgré des facilités intellectuelles, le directeur de son établissement convainc sa mère qu'il n'est pas fait pour les études. André enchaîne alors les petits boulots, le plus souvent pour quelques jours. Il travaille d'abord chez un électricien, dans une entreprise de charpentes métalliques à Saint-Ouen, chez un plombier-couvreur de la rue Jean-Dollfus puis dans une fonderie de la rue Marcadet. Après quelques mois comme ramoneur, il est licencié à la suite d'un différend avec un autre employé, et retrouve du travail dans la construction de charpentes métalliques à Gennevilliers, avant de s'engager comme mécanicien chez un garagiste de la rue Francœur. Ce dernier, également passionné de vélo, lui laisse de nombreuses libertés pour aller s'entraîner : en 1918, après avoir vendu son violon, André Leducq fait l'acquisition de son premier vélo.
Son père, démobilisé, ouvre en 1919 un nouvel entrepôt pour son commerce de caoutchouc, au no 149 de la rue Marcadet. André travaille à ses côtés, cependant qu'il passe ses premiers brevets cyclistes et signe sa première licence au club de Montmartre-Sportif. Ses premiers résultats sont peu probants, André étant régulièrement victime de fringale.
Il assiste au départ du Tour de France 1919 en tant que spectateur, ce qui le conforte dans sa volonté de devenir coureur professionnel. Son frère aîné Georges, également coureur, est victime d'une lourde chute lors d'une course amateur : il décide d'arrêter sa carrière et cède son vélo, un Alcyon, à André. L'année suivante, son père lui offre un autre vélo, de marque Bianchi. André Leducq s'entraîne alors régulièrement au Vélodrome d'Hiver et y dispute certaines courses. Il n'y décroche que des places d'honneur, étant régulièrement distancé par ses concurrents alors qu'il lance son sprint de trop loin. Au cours de cette année 1920, ses résultats sur route, où il s'aligne sur des épreuves de quatrième catégorie, sont tout aussi modestes, bien qu'il se classe 5e du prix Marcero, disputé entre Villiers-le-Bel et Coulommiers, puis 3e du circuit de Vaujours. Il croit remporter sa première victoire sur Boulogne-Épône-Boulogne, avant d'être déclassé par les commissaires pour ne pas avoir fait timbrer son dossard lors d'un contrôle.
En 1921, il s'aligne désormais sur des courses de première catégorie. Sa prestation lors du Critérium des amateurs, disputé entre Enghien et Montmorency, lui vaut d'être repéré par le champion olympique Achille Souchard, qui le fait engager l'année suivante au Vélo Club de Levallois.
Champion de France amateur et nombreux succès (1922-1923)
Enrôlé dans le puissant club amateur dirigé par Paul Ruinart, André Leducq affirme très vite ses brillantes aptitudes lors des épreuves sur route. Troisième de Paris-Rouen, il remporte ensuite Paris-Mantes-Paris en réglant le sprint. Leducq confirme cette première victoire avec des succès lors des Trophées du Petit Journal, le Grand Prix du Sporting, mais surtout en décrochant le titre de champion de France sur route dans la catégorie juniors à Rambouillet. Accélérant dans la deuxième ascension de la côte des dix-sept tournants, il parvient détaché sur la ligne d'arrivée, avec près de deux minutes d'avance sur ses rivaux.
Après une nouvelle victoire individuelle sur le Critérium des Amateurs, Leducq gagne avec ses coéquipiers du VCL, Maurice Bonney et Georges Wambst, le Challenge des Juniors de l'Union vélocipédique de France, Leducq réalisant à titre personnel le deuxième temps parmi tous les engagés.
Les performances du coureur attirent les commentaires des spécialistes. Dans L'Auto, le journaliste Charles Ravaud souligne que c'est à son intense travail de musculation qu'il doit ses récents succès : « Savez-vous bien que notre nouveau champion de France junior sur route, André Leducq, ne valait pas « chipette » au point de vue athlétique, il y a deux ans, alors qu'il appartenait à Montmartre Sportif, et que, grâce à elle, il est devenu, à dix-huit ans et demi, un gaillard admirablement souple, puissant, bien construit, superbement proportionné. »
Pendant la saison hivernale, il obtient un contrat pour s'entraîner sur le vélodrome de Pont-Magnan à Nice, puis en 1923, il remporte d'abord l'Étoile de Paris, une course sur laquelle sa domination est totale puisqu'il s'empare de trois victoires en cinq étapes, en plus du classement général. Leducq s'impose également sur Paris-Troyes, et gagne comme l'année précédente les Trophées du Petit Journal. Le 25 août, il participe aux Championnats du monde à Zurich, ouverts aux seuls coureurs amateurs. Très actif pendant la course, il se lance dans une échappée en solitaire et n'est rejoint qu'à 15 kilomètres de l'arrivée. Il se classe finalement sixième de la course, dans le même temps que le vainqueur italien Libero Ferrario.
En fin de saison, les coureurs du Vélo Club de Levallois sont invités en Espagne pour prendre part à la course Madrid-Santander. Battu au sprint par le coureur luxembourgeois Nicolas Frantz lors de la première étape après que son arrache-clou mal fixé a bloqué sa roue, André Leducq ne peut faire son retard dans la seconde et prend la deuxième place du classement général de l'épreuve.
En 1924, André Leducq doit être incorporé à l'armée pour effectuer son service militaire mais Paul Ruinart lui permet d'obtenir un sursis afin qu'il puisse préparer les Jeux olympiques qui se tiennent Paris et dont il est l'un des principaux favoris. Avant l'épreuve olympique, Leducq connaît un mois de juin fructueux, et obtient une série de bons résultats : il se classe 2e de Paris-Orléans puis remporte pour la troisième année consécutive les Trophées du Petit Journal. Il devient également champion de France amateurs le 22 juin en battant au sprint son coéquipier Armand Blanchonnet, sur un circuit de 100 kilomètres tracé autour de Bordeaux.