Ambroise Croizat, né le 28 janvier 1901 à Notre-Dame-de-Briançon (Savoie) et mort le 11 février 1951 à Suresnes (Hauts-de-Seine), est un syndicaliste et homme politique français, membre du Parti communiste français (PCF) et un des fondateurs de la Sécurité sociale.
Ouvrier ajusteur-outilleur, il travaille en usine depuis ses 13 ans et devient en 1928 secrétaire général de la fédération des travailleurs de la métallurgie CGT, puis député de la Seine sous le Front populaire, et dès les premières élections sous le Gouvernement provisoire de la République française.
En tant que ministre du Travail et de la Sécurité sociale de novembre 1945 à décembre 1946 et de janvier à mai 1947, il met en place le régime général de la sécurité sociale sur le territoire français, en coopération avec le haut fonctionnaire Pierre Laroque. Il est alors surnommé le « ministre des travailleurs ».
À sa mort en 1951 d'un cancer du poumon, un million de personnes l’accompagnent au cimetière du Père-Lachaise où il est inhumé.
Le père d'Ambroise Croizat, Adolphe-Antoine, est ferblantier et sa mère, Louise-Jeannette Piccino, employée dans un tissage de velours. Lui-même travaille en usine dès l'âge de 13 ans lorsque son père est appelé sous les drapeaux en 1914. Apprenti métallurgiste, il suit en même temps des cours du soir et devient ouvrier ajusteur-outilleur dans la région lyonnaise.
Parcours syndical et politique
En 1917, il s'inscrit aux Jeunesses socialistes et adhère au Parti socialiste - SFIO en 1918. Il se déclare partisan de l'affiliation de la Section française de l'Internationale ouvrière à l'Internationale communiste. Il anime les grandes grèves de la métallurgie lyonnaise. Ambroise Croizat est considéré comme antimilitariste et anticolonial. Il entre au Parti communiste dès sa fondation en 1920, et il est l'un des dirigeants des Jeunesses communistes de 1920 à 1928. Il devient permanent du Parti communiste en 1925. En 1926, il suit une formation à Moscou. En 1928, il est nommé secrétaire de la Fédération unitaire des métaux. En 1929 — et jusqu'à sa mort en 1951 — il est membre du comité central, puis membre du bureau de la Fédération de la jeunesse. Il déploie une intense activité militante dans de multiples endroits en France.
En 1936, au moment où se réalise l'unité syndicale entre la CGTU et la CGT, il devient secrétaire général de la fédération CGT des métallurgistes qui regroupe alors 20 % des effectifs de la CGT, et y sera réélu en mars 1946.
Aux élections législatives de 1936, il est élu dans la deuxième circonscription du 14e arrondissement de la Seine, représentant le quartier de Plaisance.
Il est négociateur de la convention de la métallurgie parisienne, rapporteur sur la loi des conventions collectives à la Chambre. Il est également négociateur dans le secteur des grands magasins et membre à la Chambre de la commission sur les armements.
Membre du Groupe ouvrier et paysan constitué légalement en remplacement du groupe parlementaire communiste dissous et rassemblant la majorité des députés communistes qui avaient approuvé le Pacte germano-soviétique, il est arrêté dans la nuit du 7 au 8 octobre 1939, déchu de son mandat le 20 février 1940 et condamné le 3 avril 1940 par le 3e tribunal militaire de Paris à 5 ans de prison, 4 000 francs d'amende et 5 ans de privation de ses droits civiques et politiques. Ayant transité par 14 prisons, il finit par être transféré en mars 1941 au bagne de Maison Carrée, dans la banlieue d'Alger.
Fondation de la sécurité sociale
Libéré le 5 février 1943, trois mois après le débarquement allié en Afrique du Nord, il est nommé par la CGT clandestine à la commission consultative du gouvernement provisoire d'Alger. Au titre de la CGT, à partir du 5 novembre 1943, il siège à l'Assemblée consultative provisoire et participe à ses délibérations, notamment au sein de la Commission du travail et des affaires sociales, dont il devient le président. Il est à nouveau confirmé le 7 novembre 1944 dans le cadre de l’Assemblée consultative provisoire de Paris. Certaines mesures concernant la sécurité sociale sont examinées par cette commission dès décembre 1944. Ces dernières sont alors jugées insuffisantes par Ambroise Croizat qui considère qu'elles « ne touchent pas au fond du problème » et qu'il faut s'attendre à une « refonte complète de la législation » concernant la retraite des vieux travailleurs.
La commission du Travail et des Affaires sociales aura notamment pour rôle de rendre un avis sur le projet d'ordonnance instituant la sécurité sociale. Le 27 avril 1945, une sous-commission consacrée au nouveau régime d'allocations aux vieux travailleurs est créée à l'initiative d'Ambroise Croizat. Auditionnées par la commission, les organisations syndicales sont associées aux travaux.
Aux côtés du rapporteur de la commission, Georges Buisson (CGT), Ambroise Croizat décrit le projet qui conduira à l'ordonnance du 4 octobre 1945 comme : « le produit d'une année de travail, au cours de laquelle des fonctionnaires, des représentants de tous les groupements et de toutes les organisations intéressées, des membres de l'Assemblée consultative provisoire, dont certains font partie de la présente Assemblée, ont associé leurs efforts pour élaborer un texte que le gouvernement de l'époque a, en définitive, consacré conformément à l'avis exprimé par 194 voix contre 1 à l'Assemblée consultative ».
À la Libération, il est élu membre des deux Assemblées constituantes (scrutins du 21 octobre 1945 et du 2 juin 1946) puis de l'Assemblée nationale de 1946 à 1951.
Ambroise Croizat est nommé ministre du Travail du 21 novembre 1945 au 26 janvier 1946 par de Gaulle, président du gouvernement provisoire de la République. Il est à nouveau nommé ministre du Travail et de la Sécurité sociale du 26 janvier au 16 décembre 1946 (gouvernements Gouin et Bidault) puis du 22 janvier au 4 mai 1947 (gouvernement Ramadier, fin de la participation communiste au gouvernement). Pierre Roland-Lévy est son chef de cabinet. Dans son premier discours en tant que ministre à l’Assemblée, le 3 décembre 1945, Croizat affirme la priorité, pour le gouvernement, que doivent constituer la Sécurité sociale et la retraite des vieux travailleurs : « Il faut en finir avec la souffrance, l’indignité et l’exclusion. Désormais, nous mettrons l’homme à l’abri du besoin. Nous ferons de la retraite non plus une antichambre de la mort mais une nouvelle étape de la vie. »
Il est chargé d'organiser la Sécurité sociale (assurance maladie, retraites, allocations familiales), en application des ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 émanant du programme du Conseil national de la Résistance, et en subversion de certaines lois promulguées par le régime de Vichy, notamment en matière de retraites. S'appuyant sur le travail de son prédécesseur Alexandre Parodi, bénéficiant des compétences techniques de Pierre Laroque, Croizat impulse la création du régime général de Sécurité sociale qui sera mis en œuvre par les militants de la CGT. Sous son ministère, les allocations familiales sont doublées, puis il augmente de 50 % la rémunération des heures supplémentaires et supprime l’abattement de 10 % sur les salaires féminins. II contribue à l'amélioration du droit du travail français en renforçant les comités d'entreprise, il organise et généralise la médecine du travail, réglemente les heures supplémentaires et crée le statut des mineurs.