Amédée IV de Savoie, né à Montmélian en 1197 et mort le 24 juin 1253 dans la même ville, est un comte de Savoie et de Maurienne, duc de Chablais et d'Aoste et seigneur de Piémont dans la première moitié du XIIIe siècle.
Amédée, (Amé, Amadeus), naît au château de Montmélian (Savoie propre), au cours de l'année 1197 (selon Guichenon). Il est le fils aîné de Thomas Ier, comte de Savoie, d'Aoste et de Maurienne, et Marguerite (ou Béatrice) de Genève (Guichenon la nomme Marguerite de Faucigny). Il a neuf frères et sœurs, selon les historiens. Le site sabaudia.org en indique cinq de plus.
Ses frères Aymon, Thomas, Guillaume, Boniface, Pierre et Philippe, sont destinés à l'état ecclésiastique.
Il apprend à devenir comte, en étant présent comme témoin auprès de son père, lors de la signature d'actes importants. Il est, ainsi, mentionné lors de la signature du contrat de mariage entre sa sœur, Marguerite, et Hartmann, fils du comte de Kybourg, le 1er juin 1218, d'une donation, par sa grand-mère à la chartreuse de Vallon, en mars 1219, de la signature du traité de paix de 1224, entre le comte de Savoie et l'évêque de Sion, aux côtés de sa mère et trois de ses frères ou encore comme l'un des quinze arbitres lors de la transaction de Thonex (mai 1225), opposant le comte de Genève au baron de Faucigny.
Il épouse Anne (dite aussi Marguerite) de Bourgogne, ou encore Anne Dauphine († 1242), fille d'Hugues III, duc de Bourgogne et de Béatrix, Dauphine de Viennois. Guichenon donne l'année 1222. Le Regeste dauphinois (1913) publie, quant à lui, un acte daté du 2 décembre 1221, dans lequel Anne (elle est nommée "Jeanne de Viennois" et sœur du dauphin André de Bourgogne) est dite épouse d'Amédée. Le site de généalogie Foundation for Medieval Genealogy (Medlands) indique également avant 1221. Ils n'auront pas d'héritier mâle.
Amédée succède à son père, à la tête des États de Savoie. Il poursuit la politique d'accroissement territoriale engagée par ses prédécesseurs. Le médiéviste Bernard Demotz le décrit comme « moins guerrier que son père, […] brillant diplomate et aussi un organisateur ». Il semble le premier comte à avoir adopté la qualification de comte de Savoie.
Lorsque le comte Thomas Ier meurt, Amédée, en tant qu'aîné de la fratrie, hérite du pouvoir comtal. Le comte Thomas, qui a eu de nombreux fils, a préparé sa succession. Organisant la gestion et la répartition du domaine comtal ainsi que de ses possessions, il a mis en place une « politique d'inféodation d'apanages, avec hommage de chaque cadet à l'aîné [… et ainsi] éviter la pulvérisation de l'héritage et de pénibles conflits de succession, tout en donnant satisfaction aux régions particularistes et en constituant de véritables marches ».
Le comte Amédée et ses frères se réunissent à Chillon (Chablais), en juillet 1234, afin d'effectuer la succession. Les négociations restent « difficiles avec ses plus remuants cadets ». Certains de ses frères quittent l'état ecclésiastique obtenant un apanage : Aymon obtient le Chablais ; Thomas, le Piémont et Pierre, le Bugey. Les trois autres frères restent dans les ordres. Toutefois, Boniface reçoit des places fortes en Savoie propre et Philippe en Viennois, proche de Lyon, et en Novalaise. Seul Guillaume, alors évêque de Valence, semble rester en dehors de ce partage, jouant plutôt le rôle d'arbitre. Le comte Amédée doit aussi constituer des dots pour ses sœurs. Marguerite obtient, notamment, Saint-Maurice en Chablais et le château de Monthey.
Ses frères joueront tous un rôle dans l'extension territoriale des États de Savoie, tant dans les liens avec le royaume de France, avec l'Empire ou dans le rapprochement avec la Papauté. Pierre s'implantera autour du Léman et sur le Rhône supérieur, héritant d'une partie des droits d'Aymon. Les ecclésiastiques, Guillaume et Boniface, lui permettent de se lier avec Henri III Plantagenêt, qui épouse, en 1236, Éléonore de Provence, leur nièce.
Afin d'appuyer l'influence savoyarde en Provence, où sa sœur, Béatrice de Savoie, a épousé le comte Raimond-Bérenger IV de Provence, il se marie en secondes noces, avec Cécile des Baux, fille de Barral Ier des Baux, vicomte de Marseille, et de Sibylle d'Anduze. Le contrat est signé le 18 décembre 1244, à Orange. MedLands donne un contrat — la promesse de mariage — signé le 22 novembre 1244 et un mariage par procuration le 18 décembre 1244. Son fils, Boniface, serait né le même mois, le 1er décembre 1244, selon la tradition. Le comte établira son testament en faveur de son fils, qu'il fait son successeur, le 19 septembre 1252. Ce testament sera complété un an plus tard.
Bien que les comtes de Savoie circulent beaucoup sur l'ensemble du comté et de leurs possessions, Amédée fait le choix de Montmélian, comme résidence principale. Cette ville revêt une certaine importance pour ce comte, il y est né et il y réside de 1233 jusqu'à sa mort, en 1253. Il lui accorde, d'ailleurs, à la suite de son avènement, sa charte de franchises, le 12 juillet 1233. Parallèlement, le rôle de Chambéry, dont les franchises ont été accordées à partir de 1232 et le château, acquis, en 1255, par son frère, Thomas de Piémont, se renforce de plus en plus, notamment avec la création d'un important atelier monétaire (voir ci-après).
L'archiviste et historien Pierre Duparc démontre le développement du droit romain dans les domaines savoyards, originellement soumis au droit coutumier. Il observe que cette diffusion, en provenance d'Italie, débute à la fin du XIIe siècle et passe par le recours à des notaires, qui prennent une place majeure dans la rédaction des différents actes. Les testaments de 1235 et 1238 renvoient à cet usage du droit romain en instituant un héritier et la notion de révocabilité. De même, les chartes des franchises font également appel à cette technique juridique. La charte de Montmélian (1233) autorise les bourgeois à tester.
Afin de rendre plus efficace l'administration de ses États, le comte a ,ainsi, recours à des juristes et professionnalise le métier de juge. Il met, également, en place un juge pour le comté de Savoie, cité dès 1250. Ces juges, itinérants, sont indépendants des châtelains.
Les châtelains, institutionnalisés sous le règne de Thomas Ier, sont des « [officiers seigneuriaux], nommé[s] pour une durée définie, révocable et amovible ». Ils sont chargés de la gestion de la châtellenie, de la défense du château et du territoire, de l'entretien et ils perçoivent les revenus fiscaux du domaine. Ils sont une trentaine, en ce début de XIIIe siècle. Vers 1247-1252, sont mis progressivement en place, sur le modèle anglais, ce que l'on nommera les bailliages, c'est-à-dire une circonscription tant administrative que militaire qui regroupe un certain nombre de châtellenies, dirigés par un bailli, placé sous l'autorité comtale. C'est surtout son frère, Pierre II, qui les officialisera. Les châtelains des forteresses stratégiques de Montmélian et de Chillon sont investis de pouvoirs spécifiques.
Le comte Amédée se préoccupe également des cités et du commerce. Il fait fonder Villefranche en Piémont, en 1235. En plus de Montmélian (1233), il accorde des franchises à Sembrancher (1239), en Valais; à Étroubles (1246), en Val d'Aoste, et à Villeneuve-de-Chillon (1252), en Pays de Vaud.
Le 25 avril 1236, il donne à la chartreuse d'Aillon l'autorisation d'acquérir des biens situés dans la plaine de Montmélian qui serviront notamment à cultiver la vigne, qui se développe à cette période. En août 1251, il confirme l'ensemble des donations faites par ses prédécesseurs en faveur du monastère.
En 1238, le comte rejoint l'armée impériale dans sa lutte contre la ligue lombarde (voir ci-après). Il rédige son premier testament à l'Hôpital d'Aiguebelle, le 14 août 1238, où il institue pour héritier, son frère Thomas, et, à défaut d'héritier mâle de celui-ci, ses frères Philippe puis Pierre. En 1240, n'ayant toujours pas d'héritier mâle, il informe Rostaing de La Rochette, châtelain de Suse, Ubert Mareschal, châtelain de Montmélian et Guy d'Ameysin, châtelain de Chillon en Chablais qu'il fait le choix de son frère cadet, Thomas, pour lui succéder.