Alphonse XIII, dit l'Africain (en espagnol : el Africano), né le 17 mai 1886 à Madrid (Espagne) et mort le 28 février 1941 à Rome (Italie), est roi d'Espagne de 1886 à 1931.
Fils posthume du roi Alphonse XII, Alphonse XIII règne dès sa naissance. La régence est confiée à sa mère, la reine-mère Marie-Christine d'Autriche, jusqu'à sa majorité, en 1902. Son règne est marqué par la perte des dernières possessions espagnoles d'outre-mer et une très forte instabilité politique.
Le lendemain de la proclamation de la République, en 1931, la famille royale se réfugie d'abord à Paris puis à Rome. Pourtant, les élections municipales de 1931 n'ont pas donné la majorité aux partis de gauche, qui renversent la monarchie.
À la mort de son cousin Alphonse-Charles de Bourbon, le 29 septembre 1936, il devient l'aîné des Capétiens et le chef de la maison de France, et en conséquence prétendant légitimiste au trône de France.
Il meurt en exil à Rome. Son petit-fils Juan Carlos Ier accède au trône d'Espagne en 1975, à la mort de Francisco Franco.
Fils posthume d’Alphonse XII et de Marie-Christine d’Autriche, il est baptisé Alfonso León Fernando María Jaime Isidro Pascual Antonio de Borbón y Austria.
Régence de Marie-Christine d'Autriche
La régence est confiée à sa mère, femme respectée pour son comportement et pour sa dignité. La guerre de 1898 contre les États-Unis fait alors perdre à l'Espagne ses dernières colonies dans le Pacifique et l'Atlantique : Cuba, Porto Rico et les Philippines.
Le 17 mai 1902, Alphonse XIII, âgé de seize ans, est déclaré majeur et assume les fonctions constitutionnelles de chef de l’État ; il visite l'ensemble des provinces espagnoles et voyage à l'étranger, notamment dans l'Empire allemand, au Royaume-Uni et en France.
Un premier complot contre sa personne est déjoué et plusieurs autres tentatives d’assassinat suivront. Le 10 janvier 1903, il essuie un coup de feu en voiture. Le 23 janvier 1904, une bombe est trouvée dans ses appartements au palais de Madrid. Le 6 avril 1904, un pétard explose à Barcelone sous le portique d'une maison où le roi allait passer, avec la certitude que les anarchistes avaient conspiré pour tuer le souverain pendant sa visite dans cette ville. Lors de sa visite en France à Paris, dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1905, le président Émile Loubet et lui-même sont victimes d'un attentat à la bombe organisé par un anarchiste espagnol (Alexandre Farras) à l'angle des rues de Rohan et de Rivoli. L'auteur de l'attaque, dont ils sortent indemnes, ne sera jamais arrêté.
Le mariage du jeune roi intrigue les cours d'Europe. Chaque gouvernement souhaite donner au jeune monarque une épouse qui l'attirerait dans son camp en cas de conflit. Le Kaiser propose l'une de ses parentes catholiques, la princesse Marie-Antoinette de Mecklembourg-Schwerin tandis que l'Angleterre protestante forme des vœux pour que Patricia, fille du duc de Connaught et nièce du roi Édouard VII devienne la prochaine reine.
Le choix du souverain se porte sur une princesse de plus humble origine : la princesse Victoire-Eugénie de Battenberg. Nièce du roi Édouard VII du Royaume-Uni, la princesse qui, comme nombre de ses cousines, porte le prénom de sa grand-mère la feue reine Victoria du Royaume-Uni, n'en est pas moins issue d'une branche morganatique de la maison de Hesse ce qui, selon les critères du temps, ne lui permet pas de ceindre une couronne. Amoureux, le roi passe outre. La princesse se convertit au catholicisme. Par courtoisie, elle reçoit comme marraine l'ex-impératrice des Français d'origine espagnole en exil en Angleterre Eugénie de Montijo. La future reine accole le prénom de sa marraine au sien. Son entourage cache au roi que la jeune femme a de fortes probabilités de transmettre l'hémophilie.
Le 31 mai 1906, Alphonse XIII épouse à Madrid la princesse Victoire-Eugénie de Battenberg (1887-1969), fille du prince Henri de Battenberg (1858-1896) et de Béatrice du Royaume-Uni.
Alors qu’Alphonse XIII et son épouse retournent au palais royal de Madrid après la célébration du mariage, un anarchiste, Mateo Morral, lance une bombe dissimulée dans un bouquet de fleurs face au numéro 88 de la Calle Mayor. Les jeunes époux sortent indemnes de l'attentat qui tue vingt-trois personnes dans le public et la suite royale.
Le dimanche 13 avril 1913, alors que le roi rentre à cheval d'une revue militaire à Madrid, un anarchiste de 25 ans, nommé Rafael Sánchez Alegre, tire sur lui deux coups de revolver qui ne l'atteignent pas et qui blessent son cheval, à l'angle de la promenade de Recoletos dans la rue d'Alcalá. Le tireur, assommé par un agent de police, tire encore un troisième coup de revolver qui blesse cet agent à la cuisse. Après son arrestation, il déclare avoir agi seul.
Pendant la Première Guerre mondiale, en tant que monarque d'un pays neutre, Alphonse XIII lance ce qui peut être considéré comme la première action humanitaire gouvernementale de l'histoire : le bureau des prisonniers de guerre (Oficina pro-cautivos). Ce bureau entend fournir des réponses aux familles qui ignorent le sort de militaires ou de civils qui se trouvent dans les zones de combat.
Le roi fonde cet organisme séparément du gouvernement afin de ne pas compromettre sa neutralité. Sur fonds propres, il installe au palais royal un secrétariat où parviennent les demandes d'information ou d'intervention en faveur des prisonniers des deux bords. Son action est facilitée par les bonnes relations que le roi entretient avec les pays belligérants. Il utilise les ambassades pour obtenir des informations sur les prisonniers et met en contact des prisonniers des deux camps avec leurs familles. Il sauve environ 70 000 civils et 21 000 soldats et intervient en faveur de 136 000 prisonniers de guerre en organisant 4 000 inspections de camps de prisonniers. Il plaide également pour que les sous-marins n'attaquent pas les navires-hôpitaux et propose d'instaurer une inspection neutre de ces navires par des militaires espagnols à la sortie et l'entrée des ports. Il obtient des deux parties l'engagement de ne plus torpiller de bateaux arborant un drapeau d'hôpital. Le bureau traitait un tel volume de demandes que les jours fériés étaient travaillés.
Il tente plusieurs actions, en 1917, pour libérer et pour amener en Espagne la famille impériale russe. Les crimes de la révolution d'Octobre ruinent ses plans.