Alphonse Desjardins, né à Lévis (Québec, Canada) le 5 novembre 1854, mort dans la même ville le 31 octobre 1920, militaire, journaliste, éditeur, fonctionnaire sténographe et fondateur québécois du mouvement coopératif des caisses populaires qui porte son nom. Il est allé au collège de Lévis.
Gabriel-Alphonse Desjardins naît le 5 novembre 1854 dans une petite maison de la rue Carrier à Lévis (Québec). Son père se nomme François Roy dit Desjardins (1810-1875) et sa mère Clarisse Miville dit Deschênes (1827-1896). Il est le huitième d’une famille de 15 enfants originaire de Saint-Jean-Port-Joli (Québec). Des ennuis de santé forcent son père à vendre sa ferme et expliquent le déménagement de la famille à Lévis en 1853.
Sa famille connaît la pauvreté : son père est journalier et sa mère travaille comme femme de peine auprès de gens aisés de la ville. Les enfants sont mis à contribution du revenu. Trois sœurs et quatre frères d'Alphonse Desjardins décèdent au berceau. Les enfants de la famille qui comme lui atteignent l'âge adulte sont Clarisse (1844-1908), Charles (1847-1904), Louis-Georges (1849-1928), les jumeaux Joseph (1860-1936) et Étienne (1860-1909), Albert (1863-1939) et Napoléon (1870-1953).
Alphonse est baptisé à l'église Notre-Dame-de-la-Victoire de Lévis sous le patronyme « Desjardins » et non « Roy dit Desjardins » contrairement à ses aînés.
Élevé dans la foi catholique par sa mère Clarisse, il prend l'habitude de dire son chapelet de la Sainte-Vierge tous les soirs dès l'âge de dix ans.
Comme ses six frères, Alphonse poursuit des études secondaires au collège de Lévis, fondé en 1853 par le curé Joseph-David Déziel. De 1864 à 1870, il est élève externe de cet établissement, qui prodigue un enseignement bilingue : en français dans l'avant-midi et en anglais dans l'après-midi. Il complète son cours commercial, mais les difficultés financières de sa famille le forcent à abandonner le collège, à l'été 1870, à l'âge de 15 ans, avant d'avoir terminé son cours de latin.
Le docteur Joseph-Goderic Blanchet, homme politique conservateur influent, fondateur du 17e Bataillon d'infanterie de Lévis en 1863, agira comme mentor auprès du jeune Alphonse et de son grand-frère Louis-Georges.
À l'été 1869, il s'enrôle dans la milice volontaire et commence son entraînement lors d'un camp militaire annuel de six jours et demi tenu près du fort no 1 à Lauzon (Québec). Son frère Louis-Georges détient alors le grade d'adjudant dans le 17e Bataillon d'infanterie de Lévis. Les deux seront appelés à servir en 1870, 1871 et 1872 dans le contexte de campagnes visant à repousser les raids que mènent les révolutionnaires de la Fraternité républicaine irlandaise dits « Féniens » aux frontières du Canada à partir des États-Unis.
En 1870, il fréquente l'École militaire de la ville de Québec, qui lui décerne les certificats de seconde (24 septembre) et première classe (3 novembre). Il détient le grade de sergent-major au moment de sa participation au camp annuel de la milice du 3 au 19 juillet 1871. Il est l'un des 212 miliciens de renfort envoyés en 1871 au Fort Garry (Manitoba) pour contrer toute tentative d'invasion des Féniens. Son engagement dans cette expédition militaire sera d'une durée totale de 349 jours, soit du 16 octobre 1871 au 28 septembre 1872. Les premiers biographes d'Alphonse ont cru à tort qu'il avait participé à une expédition militaire contre les Métis de l'Ouest canadien, mais des recherches ont montré que les dates ne concordent pas.
De retour à Lévis, il commence une carrière de journaliste à L'Écho de Lévis, alors dirigé par l'avocat Isidore-Noël Belleau. Il exerce sa plume pour ce journal d’allégeance conservatrice de la fin de 1872 jusqu'à sa fermeture en juillet 1876. Il couvre notamment la vie parlementaire et, en 1873, séjourne à Ottawa (Ontario), la capitale fédérale, à titre de correspondant. Il passe ensuite au journal Le Canadien de Québec, alors propriété de son frère Louis-Georges et de Joseph-Israël Tarte. Il se lie d'amitié avec le journaliste Jules-Paul Tardivel, entré dans le bureau de rédaction de ce quotidien quelques années avant lui en 1874. Parce qu'il est déjà rompu à la sténographie, on lui confie la chronique de la vie parlementaire québécoise, une responsabilité qui lui permet de fréquenter plus étroitement les milieux influents de la politique et des affaires.
Le 2 septembre 1879, Alphonse Desjardins, 24 ans, épouse Dorimène Roy-Desjardins, 20 ans, à l'église de Saint-Pierre de Sorel (Québec). Née à Sorel le 17 septembre 1858, elle est le cinquième enfant de Joseph Roy-Desjardins et de Rosalie Mailhot. À un très jeune âge, elle est confiée à la garde de sa tante maternelle Louise-Clarisse Mailhot, qui réside à Lévis. Cette tante et son mari Jean-Baptiste Thériault sont aisés, sans enfant et l'élèvent comme leur propre fille. Dorimène fait ses études au pensionnat du couvent Notre-Dame-de-Toutes-Grâces de Lévis, conduit par les sœurs de la Charité de Québec. Par le contrat de mariage qu'il signe devant notaire le 1er septembre 1879, Alphonse accepte le régime matrimonial de séparation de biens, fait don à son épouse de tous ses meubles et consent à un douaire de 4 000 $.
De cette union naîtront six garçons et quatre filles : Raoul (1880-1951), Anne-Marie (1881-1929), Edgar (1882-1944), Alice (1884-1892), Alphonse (1886-1892), Adrienne (1888-1965), Albertine (1891-1968), Paul-Henri (1893-1958), Léon (1897-1904) et Charles (1902-1973).
En 1879, l'année de son mariage, il abandonne le journalisme pour entreprendre l'édition des débats parlementaires du Québec. C'est en novembre 1879 que paraît le premier de 21 volumes des Débats de la Législature provinciale de la province de Québec. Chaque volume de cet ouvrage de type « Hansard » présente une sélection des discours que l'éditeur juge les plus importants « pour l'intelligence de la lutte des partis sur les questions politiques qui agitent notre province » parmi tous les discours de l'Assemblée législative et du Conseil législatif. Les discours retenus sont révisés par les députés eux-mêmes avant leur publication. À compter de 1882, il touche une subvention publique qui lui permet de couvrir les frais d'impression des Débats.
En décembre 1889, Alphonse apprend que le gouvernement libéral d'Honoré Mercier cesse de subventionner son entreprise éditoriale. Une controverse entoure cet épisode, qui demeure obscure même après des années de recherche de la part des historiens.
Âgé de 35 ans, Alphonse reprend la plume et fonde, à Lévis, le 9 juillet 1891, le journal L'Union canadienne, qui connaît une existence de trois mois seulement. L'épigraphe du journal est « Franc et sans dol. Avant tout soyons Canadiens » et c'est le frère d'Alphonse, Louis-Georges, qui agit comme correspondant parlementaire à Ottawa.
La presse francophone d’allégeance conservatrice accueille L'Union Canadienne avec enthousiasme, à l'exception du Quotidien de Lévis, dont le propriétaire, Joseph-Édouard Mercier, voit d'un mauvais œil l'arrivée d'un nouveau concurrent médiatique dans sa ville. Les deux hommes appartiennent par ailleurs à des factions rivales au sein du Parti conservateur, ce qui n'améliore guère les choses.
Les ennuis de santé du fondateur sont à l'origine de l'abandon de la publication du journal, le 10 octobre 1891. L'atelier typographique subsiste quelque temps avant d'être fermé lui aussi.
Le 22 avril 1892, Alphonse est nommé au poste de sténographe de langue française à la Chambre des communes du Canada, à Ottawa, en remplacement d'Ernest Marceau, décédé peu de temps auparavant. Pendant 25 ans, de 1892 à 1917, il séjourne six mois par an dans la capitale fédérale canadienne, à quelque 450 km de Lévis, où demeure sa famille.