Alojzije Viktor Stepinac, né le 8 mai 1898 à Brezarić (en), municipalité de Krašić en Autriche-Hongrie et mort le 10 février 1960 à Krašić en Yougoslavie, est un prélat croate qui fut archevêque de Zagreb de 1937 à 1960 et cardinal à partir de 1952.
En 1946, au terme d'un procès très discuté, il fut condamné par le régime communiste yougoslave pour collaboration avec les Oustachis et complicité dans la conversion forcée de Serbes orthodoxes au catholicisme.
Il fut béatifié par le pape Jean-Paul II en 1998, ce qui provoqua de nouvelles controverses. Il est commémoré le 10 février dans le Martyrologe romain.
Le réalisateur yougoslave Coci Michieli a réalisé un film sur sa vie en 1954.
Stepinac est né dans la paroisse de Krašić, près de Zagreb. Il était le cinquième des huit enfants d'un gros propriétaire foncier de la région. En 1909, il va à Zagreb pour étudier au gimnazija dont il sort diplômé en 1916.
Juste avant son dix-huitième anniversaire, il est appelé comme conscrit dans l'armée austro-hongroise, entraîné, puis envoyé pour servir sur le front italien pendant la Première Guerre mondiale. Il est blessé à la jambe en 1918, puis capturé par les forces italiennes qui le gardent en captivité pendant cinq mois. Après la formation du royaume des Serbes, Croates et Slovènes en novembre 1918, il n'est plus considéré comme un soldat ennemi et il insiste alors pour être volontaire dans la légion yougoslave envoyée à Salonique. Quelques mois plus tard, il est démobilisé et il retourne chez lui au printemps de 1919. Pour avoir servi dans les armées alliées pendant la Guerre, il se voit attribuer la médaille de l'ordre de l'Étoile de Karageorge décernée dans le royaume des Serbes, Croates et Slovènes pour actes d'héroïsme.
Après la Première Guerre mondiale, Alojzije Stepinac s'inscrit à la faculté d'agronomie de l'université de Zagreb, mais il la quitte après seulement un semestre afin d'aider son père dans l'exploitation agricole familiale. En 1924, il part pour Rome pour sa formation préparatoire au sacerdoce. Il fait ses études de théologie à l’Université grégorienne de Rome, dirigée par les Jésuites tout en résidant au Collegium Germanicum. Le séminariste Alojzije Stepinac est ordonné prêtre le 26 octobre 1930.
Stepinac devient curé de paroisse à Zagreb en 1931 et il est nommé coadjuteur de Zagreb en 1934, après que plusieurs autres candidatures furent rejetées pour des raisons politiques par le pape Pie XI. En 1937, Stepinac succède à Antun Bauer (en) comme archevêque de Zagreb, devenant un des plus jeunes archevêques dans l'histoire de l'Église catholique, et ce, bien qu'il n'eût pas l'âge de 40 ans requis par le droit canonique.
La période de la Seconde Guerre mondiale
Favorable à l'indépendance croate
Alojzije Stepinac est archevêque de Zagreb pendant toute la Seconde Guerre mondiale, dans l'État indépendant de Croatie (1941-1945). Lors de la mise en place du régime des Oustachis, Stepinac se montre favorable au démantèlement du royaume de Yougoslavie et à l'établissement d'un État croate indépendant. Dès le 12 avril 1941, il rencontre Kvaternik et jure fidélité au nouvel État que celui-ci vient de proclamer. Il se félicite de la création de cet État et appelle officiellement l'Église catholique à prier pour le bien-être du nouvel État et pour que le Seigneur emplisse Ante Pavelić d'un esprit de sagesse pour le profit de la Nation, même si les deux hommes ne s'appréciaient guère. Il rencontre brièvement Pavelić et d'autres responsables Oustachis, dont certains à de multiples occasions. Ses comptes-rendus au Saint-Siège au sujet de l'État indépendant de Croatie se montrent positifs et favorables au nouveau régime.
Le 28 mars 1941, Stepinac déclare dans une note au sujet des premières tentatives de la Yougoslavie pour unir les Croates et les Serbes que : « En fin de compte, les Croates et les Serbes sont de deux mondes différents : Pôle nord et Pôle sud, ils ne seront jamais capables d'être ensemble à moins d'un miracle divin. Le Schisme d'Orient est la plus grande malédiction en Europe, presque encore plus grande que le protestantisme. Ici il n'y a pas de morale, de principes, de vérité, de justice ou d'honnêteté ».
Condamnation des persécutions des Juifs et des Serbes
Le 14 mai 1941, Stepinac adresse une protestation à Pavelić contre les massacres de Serbes à Glina, et en 1943, dans un dossier adressé au Vatican, il réunit 34 documents se rapportant à des protestations émises par son clergé contre les massacres.
Par ailleurs, Stepinac a appelé les responsables gouvernementaux à arrêter la persécution des Juifs et des autres peuples. Il en a parlé avec la direction des Oustachis après qu'il fut connu qu'ils étaient responsables des camps de concentration de Jasenovac et de Stara Gradiška. Ses lettres incluaient des appels à ce que soit fait une différence entre les gens qui étaient accusés d'être personnellement responsables d'infractions et ceux qui étaient racialement identifiés ou juste détenus en tant qu'"otages" ; il a adressé des requêtes pour que diverses exceptions soient faites pour les gens mariés et pour les gens qui se convertissaient au catholicisme. Il a condamné publiquement en chaire le génocide à l'encontre des minorités ethniques qui étaient poursuivies.
Il a déclaré dans une homélie, le 24 octobre 1942 : « Tous les hommes et toutes les races sont des enfants de Dieu ; tous sans distinction. Ceux qui sont Gitans, Noirs, Européens ou Aryens ont le même droit de dire "Notre père qui êtes aux cieux". Pour cette raison, l'Église catholique a toujours condamné, et condamne toujours, toute injustice et violence au nom des théories de classe, de race ou de nationalité. Il n'est pas possible de persécuter les Gitans et les Juifs parce qu'ils sont supposés être de race inférieure ».
En 1941, l'évêque de Mostar, Alojzije Misic, épouvanté par la violence des Oustachis dans son diocèse, interdit à son clergé de donner l'absolution à quiconque avait participé à des massacres de Serbes et, dès l'arrivée de Pavelic au pouvoir, il dénonça à Stepinac « le règne du carnage » qui venait de s'instaurer en Croatie. « Les hommes sont égorgés, assassinés, jetés vivants du haut des falaises », écrivait-il. « Dans la ville de Mostar elle-même, ils ont été attachés par centaines, emmenés dans des wagons et tués comme des bêtes. ».
Stepinac dénonce la persécution des Serbes par le gouvernement oustachi dans une lettre de protestation datée du 24 mars 1945.