Alice Miller, née le 12 janvier 1923 à Piotrków Trybunalski, en Pologne, et morte le 14 avril 2010 à Saint-Rémy-de-Provence, en France, est une psychanalyste suisse, docteur en philosophie, et connue pour ses recherches sur l'enfance.
Ses ouvrages et ses thèses sur la violence cachée, qui selon elle caractérise souvent les relations entre parents et enfants, l'ont rendue célèbre. À partir de 1980, sa réflexion sur ce sujet l'amène à une nouvelle approche de la thérapie à laquelle elle intègre, entre autres, le dessin. Figure influente et controversée, elle est souvent citée par des organisations internationales pour son engagement contre les violences dites « ordinaires » faites aux enfants
Alice Miller est née Alicja Englard à Piotrków Trybunalski, en Pologne, dans une famille juive. Elle s'enfuit du ghetto juif de Piotrków Trybunalski pour se réfugier à Varsovie sous le nom d'Alice Rostovska. Elle déménage en Suisse en 1946.
Après des études de philosophie, psychologie et sociologie à l'université de Bâle, elle obtient son doctorat, en 1953 à Zurich, puis travaille pendant vingt ans comme psychanalyste et enseignante, jusqu'en 1980. Elle se consacre alors à la rédaction d'ouvrages où elle décortique l'influence et le retentissement psychosomatique et psychique des années d'enfance.
L'exemple le plus célèbre, qu'elle choisit dans C'est pour ton bien (en allemand Am Anfang war Erziehung, littéralement Au commencement était l'éducation), est celui de Hitler, qui aurait reproduit, en arrivant au pouvoir, les sévices que lui avait fait subir son père.
En rupture totale avec la psychanalyse dominante, qui qualifie trop souvent les expériences de l'enfance de fantasmatiques[réf. à confirmer], elle quitte la Société suisse de psychanalyse et l'Association psychanalytique internationale en 1988.
Le film La Chute ayant ravivé la discussion sur l'humanité de Hitler, elle déclarait en janvier 2005[réf. nécessaire] :
« Malheureusement, on nie partout le fait que tous les monstres sont nés enfants innocents et deviennent bestiaux à cause de leur éducation brutale. Les terroristes qui décapitent leurs victimes, en Irak ou ailleurs, ne sont-ils pas des êtres humains, ne sont-ils pas, comme Hitler, devenus des êtres cruels et sans scrupules à la suite de leur enfance ? »
Elle note cependant la présence de ce qu'elle nomme un témoin secourable dans l'entourage des enfants victimes qui ont pu échapper à un destin de bourreaux :
« Il est intéressant que dans les enfances de tous ces dictateurs, comme aussi dans ceux des criminels en série, on ne trouve pas de personnes que j'appelle "les témoins secourables". Il s'agit de personnes que presque chacun de nous connaît, quelqu'un qui nous a aimé, qui nous a donné un peu de chaleur, un peu de confiance en nous. Grâce à la présence d'une telle personne (même très passagère), nous pouvions développer l'espoir de trouver l'amour dans notre vie. Mais si une telle personne ne partage jamais la vie de l'enfant en le réconfortant, celui-ci ne connaîtra que la violence. Il la glorifiera et la perpétuera. »
Ses explications invitent à une autre lecture des problèmes liés à la maltraitance, ainsi qu'à la prévention des sévices. Il y aurait lieu d'aider les adultes maltraitants, à tous les niveaux de la société, à se libérer de leur passé douloureux, intériorisé et toujours nié, mais la société ne reconnaît que les formes de maltraitance les plus visibles et ne s'intéresse pas à celles non encore reconnues, qui sont pourtant les plus destructrices parce que justement on ne les voit pas et refuse de les reconnaître ; maltraitances dont la plupart d'entre nous ont été victimes dans leur enfance sans pouvoir les considérer comme telles, car ce que l'on vit dans la prime enfance est nécessairement conçu comme normal.
Chaque livre d'Alice Miller parle d'un aspect bien précis et particulier des maltraitances faites aux enfants et leurs conséquences, chacun de ces aspects étant lié aux autres.
Selon Alice Miller, les maltraitances faites aux enfants pendant leur enfance sont la principale cause de la violence ultérieure exprimée à l'âge adulte contre soi-même, autrui ou la société. Il ne s'agit pas seulement de la violence visible, mais aussi de la violence non reconnue qu'on exerce prétendument « pour le bien » de l'enfant, point de vue qu'Alice Miller critique de manière approfondie, en évoquant dans l'ouvrage C'est pour ton bien les méthodes d'éducation anciennes, qui, selon elle, furent la cause de la prise de pouvoir d'Hitler et du fait que celui-ci eût obtenu le « nécessaire » soutien de la population de l'époque.
Ce qu'a fait Hitler n'est que le reflet de son éducation, Hitler ayant été un enfant battu. Alice Miller identifie dans le signe du bras levé hitlérien la menace incarnée par le père qui s'apprête à battre son enfant.
C'est dans cet ouvrage qu'Alice Miller développe le concept de « pédagogie noire » défini par Katharina Rutschky dans son essai Schwarze Pädagogik. Quellen zur Naturgeschichte der bürgerlichen Erziehung (1977).
Elle parle dans ce livre du commandement intériorisé dès notre plus jeune âge par la plupart d'entre nous : "Tu ne t'apercevras de rien" qui est le titre original du livre.
Elle critique la psychanalyse et explique dans ce livre en quoi Freud et la psychanalyse ont tort et ont caché l'origine réelle des maladies psychologiques des adultes et des enfants, qui résident principalement dans l'enfance et dans les abus subis par les enfants mais niés.
Selon Alice Miller, la psychanalyse vise à culpabiliser le patient pour "épargner" les parents, à le faire s'accuser d'avoir des fantasmes là où il a été abusé dans son enfance ; en d'autres termes, la psychanalyse veut rendre le patient responsable de ce qu'il a subi, notamment par ses parents.