Ce Jour-là

Alice Guy

Cinéaste française (1873-1968)

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Alice Guy (ou Alice Guy-Blaché à partir de son mariage en 1907) est une réalisatrice, scénariste et productrice française, née le 1er juillet 1873 à Saint-Mandé (Val-de-Marne) et morte le 24 mars 1968 à Wayne (New Jersey).

Elle est la première réalisatrice de l'histoire du cinéma. Elle a travaillé en France et aux États-Unis.

Elle réalise l'un des tout premiers films de fiction, La Fée aux choux, en 1896. À partir des années 1920, elle sombre très vite dans l'oubli, ce qui est considéré a posteriori par certains comme un effacement subi de son vivant, contre lequel elle tente de lutter, en parallèle de sa reconversion dans l'écriture de contes pour enfants. En 1955, elle est décorée de la Légion d'honneur, prémisse d'un début de réhabilitation. Plusieurs de ses films sont perdus.

Première réalisatrice de films

Pionnière du cinéma, Alice Guy propose à Gaumont, chez qui elle est initialement secrétaire, de tourner de courtes fictions pour soutenir la vente des caméras et projecteurs. Avec La Fée aux choux, qu'elle tourne en 1896, elle est la première réalisatrice de l'histoire du cinéma. À la fin des années 2010, cette œuvre est considérée par certains médias comme la première fiction de l'histoire du cinéma, cette primauté est historiquement attribuée à Louis Lumière pour L'Arroseur arrosé, tourné un an plus tôt. Georges Méliès avait également commencé à faire des films depuis le début de cette année, et en grand nombre. Les films de Méliès ont en fait été projetés le 5 avril 1896 tandis que le film d'Alice Guy aurait été tourné en août-septembre de cette année, selon Victor Bachy. Les fictions en dessin animé, réalisées par Émile Reynaud selon la technique de l'animation sans caméra sur une bande de 70 mm spéciale, datent, quant à elles, de 1892, et précèdent ainsi ces deux fictions aux formats argentiques 35 mm à perforations Edison ou Lumière.

Alice Guy est aussi l'autrice de La Vie du Christ, souvent considéré comme le premier péplum de l'histoire du cinéma mondial, qui propose les premières représentations filmiques de la vie de Jésus-Christ, en plusieurs épisodes, qui ont ensuite été une source d'inspiration pour beaucoup d'autres cinéastes, français ou américains.

Elle est également la première à avoir l'idée de faire un making-of à l'occasion du tournage de l'une de ses phonoscènes.

À la suite du succès de La Fée aux choux en 1896, Léon Gaumont décide de lui confier la direction d'un service spécialisé dans les vues animées de fiction de son groupe. Alice Guy devient alors la femme la plus influente du cinéma, la société Gaumont étant à l'époque la deuxième plus importante production au monde, juste derrière le groupe Pathé.

En 1910, elle quitte la Gaumont et devient la première femme à créer une société de production de films, la Solax Film Co, durant sa période américaine, avant la naissance d'Hollywood.

« On m’a souvent demandé pourquoi j’avais choisi une carrière si peu féminine. Or, je n’ai pas choisi cette carrière, ma destinée était tracée. »

Elle réussit dans ce milieu d'hommes parce qu'au début, on ne prête guère attention aux films de fiction, ce qui lui permet de montrer ses qualités dans les multiples tâches que demandent la production et la réalisation d'un film, puis de conserver son poste quand la maison Gaumont grandit avec le cinéma industrialisé et se tourne vers la distraction populaire.

En 1863, Émile Guy, propriétaire d’une chaîne de librairies au Chili en collaboration avec Charles Bouret, à Valparaíso et Santiago, épouse à Paris, Marie Clotilde Franceline Aubert dite « Mariette », sans profession. Quelques jours après le mariage, Mariette et Émile se rendent à Santiago du Chili. Mariette revient dix ans plus tard à Paris pour y accoucher de son cinquième enfant. Alice Ida Antoinette Guy voit le jour le 1er juillet 1873 à Saint-Mandé, aux portes de Paris. Sa mère repart au Chili, Alice est confiée à ses grands-parents à Carouge, en Suisse, jusqu’à l’âge de trois ans, puis rejoint ses parents au Chili. Elle apprend l’espagnol avec ses nourrices chiliennes. À six ans, elle rentre en France et rejoint ses grandes sœurs en pension. Au Chili, la famille Guy fait faillite. Le frère d’Alice meurt à 17 ans d’une maladie cardiaque, suivi de près par son père. Alice vit alors avec sa mère à Paris et fait des études de sténodactylographie, une profession rare à l’époque. Elle doit travailler jeune à cause d’un revers de fortune familiale. La chance veut qu'elle soit présente à la naissance du monde moderne et qu’elle fréquente les Lumière, Gaumont, Marey et Demenÿ.

Alice Guy entre à 21 ans comme secrétaire de direction au Comptoir général de la photographie, dont Léon Gaumont est employé. Mais la société, mal gérée, est forcée de déposer son bilan. Avec deux associés, Léon Gaumont la rachète, gardant le personnel, dont Alice.

Alice Guy s'intéresse de près aux bouleversements techniques de la photographie. Elle suit des cours avec Frédéric Dillaye, un photographe avant-gardiste qui lui apprend le développement des plaques photographiques, l'utilisation des différents matériels de laboratoire et le trucage photographique. Elle suit également les expériences de Wilhelm Röntgen concernant les photographies par rayon X.

En mars 1895, Alice Guy assiste avec son employeur, Léon Gaumont, à une projection privée des frères Lumière, organisée dans les locaux de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, au no 44 de la rue de Rennes à Paris (actuellement 4 place Saint-Germain-des-Prés). Léon Gaumont envisage de suivre l'exemple de Louis Lumière et de démarcher sa clientèle aisée afin de lui vendre des appareils de projection de vues animées. Seule la vente des machines l'intéresse, « il avait considéré longtemps la vente des appareils comme sa principale industrie et le commerce des films comme un accessoire. ». Fin 1895, Léon Gaumont rachète les brevets d'un système peu performant, le Phonoscope, à son inventeur, Georges Demenÿ (ancien bras droit d'Étienne-Jules Marey), dont la société vient d'être liquidée. Léon rebaptise la caméra de prises de vues le « Biographe », et l'appareil de projection le « Bioscope ». « Mais l'exploitation fin 1895 du Phonoscope, de même que la caméra à came battante et à film non perforé, sera un désastre commercial pour Gaumont. »

Alice Guy essaye bien de convaincre son employeur de compenser les défauts du procédé en faisant cadeau aux acheteurs des appareils, de quelques « vues comiques » dans l'esprit de L'Arroseur arrosé. Léon Gaumont, réticent, finit par l’autoriser à tenter un essai « à condition que ce soit en dehors de ses heures de travail ». En 1896, Alice Guy, alors âgée de 23 ans, réalise La Fée aux choux. Elle-même se désigne comme « "directrice de prises de vues" […] le personnage est une fée qui extrait d'un potager de choux un nouveau-né qu'elle montre, ravie, à la caméra. Bien que le tournage soit effectué dans un véritable jardin, tous les végétaux sont reconstitués en bois et plâtre peints. » Une seconde version est réalisée en 1900.

Le succès de cette bande décide Léon Gaumont à lui confier la direction d'un service spécialisé dans les vues animées de fiction, ce qu’elle fait de 1896 à 1907, tournant elle-même les premières bobines, et choisissant ensuite ses collaborateurs. C’est ainsi qu’en 1904, Alice Guy embauche Ferdinand Zecca qui réalise Les Méfaits d’une tête de veau. Elle fait aussi débuter dans la profession comme réalisateur Louis Feuillade, qui va devenir le préféré de Léon Gaumont, et comme décorateur Henri Ménessier. Le film lisse de 58 mm de large employé au moment de ces débuts, trop cher et peu fiable, sera remplacé par du film à perforations Edison, de 35 mm de large, auquel on adaptera la caméra et le projecteur Gaumont. Les procédés Demenÿ, archaïques, seront aussitôt définitivement abandonnés.

En 1898-1899, Alice Guy innove dans le choix des sujets en tournant plusieurs scènes de la vie et de la Passion de Jésus-Christ. L'ensemble a une durée exceptionnelle de 35 minutes, mais les bobines sont vendues séparément, comme autant d'épisodes. « Alice Guy signe ainsi le premier péplum de l'histoire du cinéma. ». Le succès commercial inspire d’autres productions sur le même sujet (Lumière, Pathé…). En 1906, elle complète ces différents épisodes par une production à gros budget pour l'époque, avec 300 figurants et 25 tableaux, soit plus de 600 m de film (environ 1/2 heure). Elle reçoit pour celle-ci les félicitations de Louis Gaumont, et la médaille de la ville de Milan.

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