Alice Gillig, née Daul le 19 juillet 1916 à Strasbourg, et morte le 10 novembre 2011 dans la même ville, est une ancienne cheftaine des Guides de France. Figure féminine de la résistance française, elle participe pendant la Seconde Guerre mondiale à l’Équipe Pur Sang, un réseau de passeurs. Elle est militante de La Vie Nouvelle et de l'Union féminine civique et sociale (UFCS).
Une famille francophile et patriote
Alice, Jeanne, Joséphine Marie Daul est née allemande le 19 juillet 1916 à Strasbourg pendant l'annexion de l'Alsace de 1871-1918. Comme beaucoup d'Alsaciens, elle changera trois fois de nationalité au gré des événements historiques de sa région (née allemande, 1918 Française, 1940 Allemande, 1945 Française). Elle a été élevée dans une famille profondément francophile et patriote.
Son grand-père, François-Xavier Daul (1855-1911) est le cofondateur de la Distillerie Strasbourgeoise « Pfister et Daul : Dolfi ». Sa grand-mère n'a jamais accepté l'annexion de l'Alsace en 1870 par les Prussiens. Elle ne s'exprime qu'en français et envoie ses enfants étudier à Nancy (Meurthe et Moselle) pour qu'ils maîtrisent parfaitement la langue française.
Son père, Charles Daul (1887-1963) succède à son propre père à la direction de la distillerie. Sa mère Adèle Bich (1891-1976) l'assistait dans la gestion du personnel.
Comme la majorité des Alsaciens (français avant 1870), la famille est réintégrée en 1919.
Alice fréquente pendant toute sa scolarité l'institution Notre-Dame de Sion où elle obtient son baccalauréat en 1936. Elle s'investit dans le scoutisme.
Elle entre au sein des Guides de France. Elle choisit Bayard comme totem et prononce sa promesse en 1930.
Elle s'inscrit à l'académie de médecine de Strasbourg pour devenir infirmière et signe un engagement comme infirmière militaire en cas de guerre.
En 1938, elle s'inscrit avec sa sœur Marie-Louise à l'Institut d'Enseignement Commercial Supérieur de Strasbourg (IECS).
Son action pendant la Seconde Guerre mondiale
En septembre 1939, la guerre interrompt ses études d''infirmière et elle est mobilisée comme infirmière militaire au mont Sainte-Odile puis à Neufchâteau (Vosges). En octobre 1940, elle est démobilisée à Pau (Pyrénées-Atlantiques).
Elle rentre à Strasbourg et travaille comme secrétaire-comptable dans la distillerie familiale « La Cigogne de Strasbourg ». Elle rejoint Lucienne Welschinger qui est responsable des Guides de France pour Strasbourg et qui crée le réseau Équipe Pur Sang auquel elle adhère avec sa sœur Marie-Louise.
Au début, il ne s'agit d'adoucir le sort des prisonniers de guerre très nombreux à Strasbourg en leur faisant parvenir du linge, de la nourriture des cigarettes et de faire passer le courrier.
En octobre 1940, Lucienne et Lucie Welker font passer deux officiers polonais évadés à travers les Vosges. C'est le premier succès à l'origine de la filière d'évasion de l'Équipe Pur Sang au sein de laquelle Alice s'engage entièrement.
Avec Lucie Welker, elle trouve un passage derrière le cimetière d'Hégenheim permettant de passer en Suisse. Ce passage n'est utilisé que six mois car trop dangereux. Avec sa sœur Marie-Louise, elle recherche un nouveau passage dans la vallée de Munster. Elle en trouve un au rocher du Tanet situé à 1 100 mètres d'altitude, entre le col de la Schlucht et le lac Blanc. Les rondes des douaniers sont réglées à la minute près, les moments propices sont faciles à déterminer. Le site est également très fréquenté pour des excursions ce qui permet de faire passer les évadés pour des randonneurs surtout le week-end. Après le passage de la frontière, les fugitifs sont accueillis par les Sœurs de Notre-Dame de Sion à Gérardmer (Vosges) puis grâce à des cheminots résistants ils sont acheminés sur Lyon. L'hiver 1941- 1942 interdit l'accès au massif du Tanet. Le 31 janvier 1942 à 6 h 30, Alice et sa sœur prennent en charge à la gare de Strasbourg Marcel Rudloff, le futur maire de Strasbourg, ainsi que d'autres évadés. Le groupe se retrouve pris dans une tempête de neige. L’expédition, manquant de tourner au drame, dure près de 8h. Ce passage est abandonné peu après du fait des conditions trop dangereuses. Il faut trouver un passage moins élevé. Il est trouvé à Landange.
D'octobre 1940 à mars 1942, 350 prisonniers ou réfractaires passent la frontière grâce au réseau de l'Équipe Pur Sang. Les six jeunes cheftaines Scouts préparaient et guidaient les fuyards. Elles avaient établi des réseaux d'entraide pour trouver des lieux d'hébergements, des vêtements, de la nourriture, de l'argent et des faux papiers. Leur connaissance de la région, leur entraînement à la marche, leur pratique des cartes et de la boussole dus au scoutisme étaient d'un précieux secours. Durant ces années, Alice Daul est notamment chargée du ravitaillement, elle récolte des vivres gratuitement auprès de commerçants sympathisants. À cela s’ajoute la fabrication de faux papiers. De fausses pièces d'identité sont fournis par Paul Widmann, alors agent de police. Charles Latzarus fournit les photos. Alice Gillig s’occupe quant à elle de remplir les fausses cartes et de les signer.
Le 28 février 1942, de retour d'un passage en France de l'intérieur, Lucie Welker est arrêtée à la gare d'Avricourt par la police allemande. La Gestapo trouve la liste des membres du groupe dans son logement. Alice est arrêtée le 21 mars 1942 sur son lieu de travail à Strasbourg. Avec elle presque toutes les membres du réseau sont arrêtées et enfermées à la prison de Kehl. Ces anciennes guides enfermées dans des cellules individuelles utilisent alors le morse pour communiquer entre elles et répondre de manière cohérente aux interrogatoires. Après plusieurs semaines d'interrogatoire elles sont transférées au camp de redressement de Schirmeck le 30 avril 1942. Alice Daul continue de narguer les autorités nazies, dans le camp elle confectionne des coussins à épingles aux couleurs tricolores, assortis de breloques telles que la croix de Lorraine, les armoiries de Strasbourg ou la croix scoute. Un coussin est conservé dans la collection du musée historique de Strasbourg.