Ce Jour-là

Aliénor d'Aquitaine

Duchesse d'Aquitaine et comtesse de Poitiers ; reine des Francs, puis reine consort d'Angleterre (vers 1124-1204)

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Aliénor d'Aquitaine, aussi connue sous le nom d'Éléonore d'Aquitaine ou d'Éléonore de Guyenne, née vers 1124 et morte à Poitiers le 31 mars ou le 1er avril 1204, a été tour à tour reine de France, puis reine d'Angleterre.

Duchesse d'Aquitaine et comtesse de Poitiers à partir du 9 avril 1137, elle épouse le 25 juillet suivant à Bordeaux l'héritier du royaume de France, qui devient le roi Louis VII le 1er août 1137. Reine de France pendant quinze ans, elle joue un rôle politique notable, bien que de manière indirecte, et participe avec son époux à la deuxième croisade (1147-1149). Mais plusieurs différends et l'absence d'un héritier aboutissent à l'annulation de leur mariage en 1152.

Elle épouse la même année le duc Henri Plantagenêt, couronné roi d'Angleterre en 1154 sous le nom de Henri II, qui devient ainsi détenteur de deux fiefs français importants, en plus de ceux de la maison Plantagenêt et du duché de Normandie. Durant les trente-cinq années de règne elle exerce des fonctions de régente et représente le roi, en Angleterre et sur le continent, lors des absences d'Henri. Elle est retenue captive pendant quinze ans par son mari, après la révolte de 1173-1174.

Devenue veuve en 1189, elle déploie jusqu'à sa mort, à plus de quatre-vingts ans, une activité inlassable pour maintenir la cohésion de l'Empire Plantagenêt, pour ses fils Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre.

À la cour fastueuse qu'elle tient en Aquitaine, elle favorise l'expression poétique des troubadours en langue d'oc.

Naissance et origines familiales

L'année de naissance d'Aliénor (circa 1124) n'est pas connue avec certitude ; 1124 est cependant généralement retenu désormais par les médiévistes. Le Fragment généalogique des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre, rédigé vers 1300 au monastère Saint-Martial de Limoges, indique explicitement qu'elle a treize ans au moment du décès de son père, en 1137. Cet âge au moment de son mariage, la même année, respecte le droit canonique médiéval qui fixe à douze ans la majorité et l'âge légal du mariage pour les filles.

Son lieu de naissance a longtemps fait l'objet de spéculations : les historiens hésitaient entre le palais des ducs d'Aquitaine à Poitiers, le palais de l'Ombrière à Bordeaux ou encore le château de Belin (actuelle commune de Belin-Béliet, dans le sud de la Gironde). Toutefois, selon le médiéviste Martin Aurell, elle a vraisemblablement vu le jour à Poitiers, « son foyer natal ». Ce témoignage de Wace, qui a côtoyé la reine à la cour de Normandie, est considéré comme « explicite et solide », et relègue au rang de tradition locale les trois autres lieux communément avancés « sans fondement documentaire aucun », si l'on y ajoute l'abbaye Saint-Vincent de Nieul-sur-l'Autise.

Elle est la fille aînée de Guillaume X (1099-1137), duc d'Aquitaine et comte de Poitiers, fils de Guillaume IX d'Aquitaine (1071-1126) et de Philippa (Felipa) de Toulouse. Sa mère est Aénor de Châtellerault (vers 1103-1130), fille du vicomte Aimery Ier de Châtellerault, un des vassaux de Guillaume X, et de Dangereuse de L'Isle Bouchard, maîtresse en titre de Guillaume IX d'Aquitaine.

Selon la chronique de Geoffroy de Vigeois (mort en 1184), elle est appelée Aliénor, « pour ainsi dire une autre Aénor » (quasi alia Aenor). Aliénor porte le nom de sa mère, avec de nombreuses graphies et variantes (Alienordis, Alienors, Alyenor, Alienora et Alienor, principalement, mais aussi Aanor, Agenordis, Aienordis, Aenordis, Helienordis...), comme souvent au Moyen Âge, où l'orthographe des noms n'est pas fixée. C'est un nom de tradition onomastique dans leur lignée maternelle (maisons de l'Isle-Bouchard,Thouars et Châtellerault).

Elle devient héritière présomptive du duché d'Aquitaine à la mort de son frère Guillaume Aigret en 1130, année où elle perd également sa mère. Elle a aussi une sœur cadette, Pétronille (ou Alix).

S'exprimant naturellement en langue d'oc, elle comprend très certainement la langue d'oïl (c'est-à-dire l'ancien français), les deux langues étant parlées à la cour de Poitiers. Qui plus est sa langue maternelle est le poitevin-saintongeais, langue de transition entre l'oïl du nord de la Loire et l'oc du Massif central et du sud de la Garonne.

Elle reçoit l'éducation soignée d'une jeune fille noble de son époque à la cour d'Aquitaine, une des plus raffinées au XIIe siècle, lieu d'origine de l'amour courtois (la fin'amor) et centre de rayonnement de la langue d'oc, dans les différentes résidences ducales. Aliénor est peut-être aussi éduquée à l'abbaye de Fontevraud.

Elle apprend le latin, sous la houlette des chapelains de la maison ducale, la musique et la littérature, ainsi que l'équitation et la chasse. Matthieu Paris, au milieu du XIIIe siècle, nous éclaire sur l'éducation lettrée poussée qu'Aliénor reçoit en compagnie de jeunes garçons, futurs clercs ou fils de la haute noblesse. Elle aurait offert à l'un de ses camarades d'étude, Richard Animal, un anneau d'or orné d'un saphir. Le chroniqueur rapporte avoir vu cet anneau dans le trésor de son monastère de Saint-Albans.

Duchesse d'Aquitaine (avril 1137)

Le père d'Aliénor, Guillaume X d'Aquitaine, meurt à 38 ans, le 9 avril 1137 (un Vendredi saint), au cours d'un pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

Un second mariage ou de simples fiançailles de Guillaume avec Emma de Limoges, veuve de Bardon de Cognac, contractés en 1136, ne lui ont pas permis d'obtenir l'héritier mâle tant espéré. Emma est enlevée et épousée par Guillaume VI Taillefer, pendant l'absence du duc, parti en pèlerinage.

Avant de partir vers l'Espagne, Guillaume a confié la garde de ses filles à l'archevêque de Bordeaux, Geoffroi du Loroux (ou Geoffroy de Lauroux). Ce sont les émissaires de ce dernier qui apportent la nouvelle de la mort de Guillaume au roi de France, alors à Béthisy, vers la fin du mois de mai 1137, ainsi qu'une proposition de mariage avec la jeune duchesse. Il paraît très surprenant, aux yeux des médiévistes, qu'Aliénor, à treize ans, ne soit pas déjà « promise ». En effet, dans les familles princières et la haute aristocratie, les enfants, et particulièrement les filles, sont mariés ou tout du moins fiancés bien avant douze ans, et parfois même à un très jeune âge, afin de satisfaire à des desseins politiques. Or le duché fait face à un avenir incertain.

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