Alfredo Stroessner Matiauda (prononcé en espagnol : [alˈfɾeðo estɾosˈneɾ] ; né le 3 novembre 1912 à Encarnación, au Paraguay, et mort en exil le 16 août 2006 à Brasilia, au Brésil) est un militaire et un homme d'État paraguayen. Commandant en chef des forces armées et membre du Parti colorado, il dirige le Paraguay pendant près de trente-cinq ans, de 1954 à 1989, avant d'être renversé par un coup d'État. Sa dictature est l'une des plus violentes d'Amérique latine.
Alfredo Stroessner naît le 3 novembre 1912 à Encarnación dans le département d'Itapúa, à 350 km au sud-est Asunción. Il est le fils d’un expert-comptable et brasseur d’origine bavaroise (Hof-sur-Saale), Hugo Strößner, arrivé dans le pays en 1895, et d'une Paraguayenne d'ascendance créole, Heriberta Matiauda. Il parlait l'espagnol, le guarani et l'allemand.
Il entre à l'Académie militaire Francisco López (es) en 1929 et en sort trois ans plus tard avec le grade de sous-lieutenant.
Il participe comme officier d'artillerie à la guerre du Chaco. Il s'illustre durant la guerre, ce qui facilite son ascension dans l'armée. En 1940, il devient colonel et devient un intime du président Higinio Morínigo, qui mène le pays d'une main de fer jusqu'à ce que la guerre civile n'éclate en 1947. Stroessner organise alors la répression du régime. L'année suivante, il est mêlé à une tentative de coup d'État visant à renverser le nouveau président, Juan Natalicio González. Lorsque l'armée se divise en factions, il fait partie des militaires les plus à droite. Il favorise l'accession de Federico Chaves à la présidence, lequel fit de lui un général de brigade en 1950.
En 1951, il devient commandant en chef des forces armées. Le pays connaît une forte période d'instabilité avec une succession de gouvernements. Le 4 mai 1954, il prend la tête d'un coup d'État qui renverse le président Federico Chaves. Après une période de transition, il prend la tête du pays.
Commandant en chef des forces armées
Son rang de commandant en chef des forces armées lui fut attribué par le président Federico Chaves qu'il avait soutenu pour prendre la présidence en 1949. Il était déjà proche des milieux politiques depuis les années 1940. Il adhère au Parti colorado en 1951.
Lorsque Chaves tente de renforcer la militarisation du régime en voulant armer la police nationale, Stroessner fit partie des principaux organisateurs du coup d'État qui le renversa en 1954. De la fin de la guerre du Chaco à sa prise de pouvoir, le Paraguay aura connu 9 coups d'État.
Avec l'appui du Parti colorado, il organise des élections qui aboutissent à la rédaction d'une nouvelle constitution. Il est candidat unique lors de l'élection présidentielle organisée en août 1954 et qui le place à la tête du pays. C'est la première d'une longue série d'élections entachée de fraude électorale. Stroessner est officiellement investi le 15 août 1954. Il parvient à se maintenir au pouvoir pendant près de 35 ans, soutenu politiquement par les États-Unis et leur aide financière, par le Brésil des gouvernements militaires et par la mainmise du Parti colorado « strossniste » sur l'appareil d'État. Il arrive à la tête d'un pays dont 96 % de la population est catholique, une grande partie d'entre elle étant paysanne et analphabète.
Il fait modifier à plusieurs reprises la constitution et rétablit une opposition fantoche sans réelle marge de manœuvre. De 1954 à 1967, il organise méthodiquement la prise de contrôle successive de tous les centres de pouvoir : le Parti colorado lui-même, qu'il vide des « historiques » résistants, les remplaçant par ses affidés, détruit ce qui reste des autres partis, brise l'indépendance syndicale, met en place le contrôle des étudiants, négocie avec une faction libérale la création d'un mini parti qui accepte de participer aux premières élections « démocratiques » (1963), la loi électorale attribuant 3/4 des sièges au parti majoritaire des deux qui sont autorisés à concourir. Ce sera le Parti libéral dit « leviral », du nom des deux frères Levi Ruffinelli qui le dirigent. Bien que « caution » démocratique, très relative, ils publieront un journal, La Libertad, que tous les politiques liront, car parvenant à révéler de nombreux scandales entre les suspensions de publication. Les autres partis, à l'exception du récent Parti démocrate-chrétien, devront accepter de participer aux étapes suivantes[pas clair] étroitement contrôlées pour pouvoir survivre.
C'est de l'Église catholique que viendra la crise la plus sérieuse, en 1968 et 1969, qu'il aura du mal à conjurer, puis dans les années 1970 celle des Ligues agraires largement d'inspiration catholique qu'il parviendra à écraser. La majorité des libéraux négociera en 1967 son retour très encadré dans la vie politique sous le nom de Parti libéral radical, qui se scindera par la suite avec la formation du Parti libéral authentique, accompagné bientôt également du retour d'un autre parti « historique », le Parti révolutionnaire fébrériste. Si la constitution de 1967 à laquelle le PLR devait adhérer sans restriction établit un pouvoir exécutif puissant, elle renvoie à une loi électorale la composition des deux assemblées. Celle loi attribue les 2/3 des sièges au parti majoritaire, qui ne pouvait être que le parti colorado-strossniste. Le passage des 3/4 aux 2/3 ne doit pas faire illusion, l'acceptation de la participation de trois partis d'opposition diluant leur résultat sur le nombre de sièges par parti. Il est réélu tous les cinq ans jusqu'en 1988 et n'est réellement inquiété qu'en 1968-1969 par la crise avec l'Église paraguayenne. En 1977, une modification constitutionnelle lui permet légalement de devenir président à vie, bien que des élections entachées de fraude électorale soient organisées. Assez vite, il fait exiler son principal opposant, l'ancien président de la banque centrale du Paraguay Epifanio Méndez Fleitas, un des chefs de file des dissidents du MOPOCO, Movimiento Populaire Colorado et bête noire des colorados stroessnistas pendant une dizaine d'années. Il fait du Paraguay un État policier et fait réprimer violemment toute opposition au régime. Stroessner s'assure de la loyauté de l'armée et de ses proches en leur accordant tous les privilèges possibles, notamment la répartition d'une partie des activités de contrebande. C'est ainsi que divers trafics se développèrent, contribuant en partie au développement de l'économie du pays. Malgré son manque de charisme, Stroessner travaillait énormément.
Entre 1958 et 1960, une guérilla tente de renverser le régime, mais, mal conduite et infiltrée, elle est finalement écrasée par l'armée. Il est également victime de deux tentatives de coup d'État dans les années 1950. Il instaure l'état de siège en 1959. Levé quelques heures lors d'élections, il ne l'est vraiment qu'en 1987 à la suite des pressions exercées par les États-Unis. Il n'hésitait pas à outrepasser le texte constitutionnel pour prendre ses décisions. L'adhésion au Parti colorado devint obligatoire, si bien que 900 000 membres étaient référencés en 1986. Il organise régulièrement des purges au sein du parti pour éliminer les dirigeants les moins corrompus ou ses éventuels opposants en interne. La dernière purge, organisée en 1987 alors que des rumeurs sur sa santé commençaient à circuler, lui sera d'ailleurs fatale. Un véritable culte de la personnalité s'instaure autour de lui, si bien que le jour de son anniversaire devient le jour de la fête nationale.
Durant sa présidence, l'économie du pays connaît une forte stabilité, avec une croissance économique entre 3 et 4 % par an, excepté entre 1976 et 1981 où la croissance économique atteignait 10 % en moyenne.
Une véritable économie souterraine se développe durant sa présidence, tenue en grande partie par ses proches et l'armée. Le trafic de stupéfiants et d'alcool devient chose courante. Divers trafics internationaux furent largement aidés par le soutien des pays limitrophes du Paraguay. Le régime emploie amplement la corruption pour conserver la fidélité des forces armées. Entre 1954 et 1989, quelque 8 millions d'hectares (soit un tiers des terres agricoles du pays) ont été distribués à des proches du pouvoir, principalement des officiers, dont certains ont ainsi pu amasser des fortunes considérables, mais aussi des personnalités politiques et des hommes d'affaires. Sa politique économique fit du Paraguay l'un des pays les plus inégalitaires du monde avec le Brésil. Sa propre fortune personnelle est estimée à 3,9 milliards de dollars.