Alfred Sisley, né le 30 octobre 1839 à Paris et mort le 29 janvier 1899 à Moret-sur-Loing (Seine-et-Marne), est un artiste peintre et graveur franco-britannique, rattaché au mouvement impressionniste et vivant et travaillant en France.
Il effectue une première démarche pour obtenir la naturalisation française en 1888 qui n'aboutit pas, puis à nouveau en 1898, interrompue par sa mort due à un cancer de la gorge. Le succès, qu'il n'a pas connu de son vivant, va alors survenir.
Il est considéré comme de nationalité française selon la loi du 26 juin 1889, comme cela a été rappelé lors de l'affaire de la succession de Pierre Sisley en 1937.
Jeunesse et formation (1839-1871)
Sisley naît à Paris au 19, rue des Trois-Bornes, dans l'ancien 4e arrondissement (actuel 11e arrondissement) le 30 octobre 1839 de parents marchands anglais, établis dans la capitale française pour affaires. Son père, William Sisley (1799-1879), d'origine anglaise mais né en France, dirige une affaire d'importation liée à l'entreprise familiale basée à Londres. Sa mère, Felicia Sell (1808-1866), Anglaise, est plutôt attirée par la musique et la vie de société.
Il est baptisé le 31 octobre 1840 par le pasteur Athanase Coquerel en l'Église réformée de Paris vraisemblablement au temple protestant de l'Oratoire du Louvre.
En 1857, ses parents l'envoient à Londres pour le destiner à une carrière commerciale. Pendant ces années d'apprentissage (1857-1860), il passe plus de temps à visiter les musées qu'à sa formation commerciale, et admire particulièrement les œuvres de Constable et Turner et s'enthousiasme pour Shakespeare. De retour en France en 1860, il obtient de ses parents l'autorisation d'abandonner les affaires et peut alors se consacrer à l’art.
Durant sa jeunesse, il assista aux concerts Pasdeloup qui débutèrent en octobre 1861. Il confia à Arsène Alexandre que le trio du scherzo du septuor de Beethoven (op. 20 en mi bémol majeur) l'avait durablement ravi : « Cette phrase si gaie, si chantante, si entraînante, me disait-il, il me semble que, depuis la première fois que je l'ai entendue, elle fait partie de moi-même, tant elle répond à tout ce que j'ai toujours été au fond. Je la chante sans cesse. Je me la fredonne en travaillant. Elle ne m'a jamais abandonné… »
En octobre 1862, il entre à l’atelier de Charles Gleyre, enseignant de l'École des beaux-arts de Paris. Il s'initie à la pratique du dessin et fait la connaissance de Renoir, Monet et Bazille. Très vite, ils se lient d'amitié. La conception du paysage de Gleyre diffère trop de la perception qu'il en a et les quatre amis quittent l’atelier du maître, dès mars 1863, pour travailler en plein air et planter leur chevalet dans la forêt de Fontainebleau, à Chailly-en-Bière, Barbizon, ou encore Marlotte, ce qui le rapproche du groupe de Marlotte. Cette première expérience de travail de groupe, renouvelée notamment en juillet 1865, soude les quatre artistes, les stimule et annonce, l’année même où s’ouvre le premier Salon des refusés, leur combat prochain pour la nouvelle peinture impressionniste. Sa peinture de paysages délicats est influencée par Jean-Baptiste Camille Corot et Charles-François Daubigny.
En février 1865, il partage un atelier avec Renoir et ils commencent à peindre dans les environs de Paris. Au mois de juillet 1866 les deux amis séjournent ensemble chez leur ami Jules Le Cœur, dans le village de Marlotte. Alfred Sisley y peint deux tableaux du village. Il va peindre les allées de châtaigniers à La Celle-Saint-Cloud avec Bazille, réalisant ses premières toiles sur le motif dans les bois de La Celle-Saint-Cloud. Frédéric Bazille fait son portrait lors de l'hiver 1867-1868.
Il fait la connaissance de Marie-Louise Adélaïde-Eugénie Lescouezec, jeune Parisienne originaire de Toul, dans la Meurthe, qu'il rencontre en 1866. Cette union mécontente son père qui le déshérite. Renoir peignit en 1869 Les Fiancés - Le Ménage Sisley, supposé représenter Sisley et sa femme (Wallraf Richartz Museum, Cologne). Entre 1867 et 1873, il loge au no 27 de la Cité des Fleurs aux Batignolles où habitait sa compagne. C'est là que son fils Pierre et sa fille Jeanne voient le jour respectivement le 17 juin 1867 et le 29 janvier 1869. Il les peint en 1871, dans un salon, réalisant peut-être son seul portrait.
Installé à Paris, il partage son temps entre le travail à l’atelier, les réunions informelles au café Guerbois, présidées par Édouard Manet, chef de file de la jeune génération de peintres, où se retrouvent des critiques ou des journalistes comme Louis Edmond Duranty, ou encore Émile Zola. Mais cette vie parisienne palpitante et source d’émulation, que Zola décrira très bien dans son roman L'Œuvre, inspirée volontairement de la vie des impressionnistes, est ponctuée pour Sisley inévitablement de séjours à la campagne, prétexte pour une peinture en plein air, dans les environs proches de Paris.
À la fin des années 1860, il s'installe avec sa famille à Bougival, mais jusqu'en 1870, il peint dans son atelier à Paris, puisant des sujets dans la capitale et ses environs. Il présente deux paysages du canal Saint-Martin au Salon de 1870 à Paris.
Il peint dans cette période un petit nombre de tableaux dans une gamme sombre faite de bruns et de verts profonds. D’un aspect sévère, Sisley révèle son admiration pour Camille Corot ou Gustave Courbet, ses premiers maîtres, en affirmant un goût pour les valeurs et l’espace.
Au début de l'occupation prussienne, il réussit à fuir Bougival pour Paris après la déclaration de guerre le 19 juillet 1870, avant de venir s'installer en mars 1871 dans le hameau de Voisins à Louveciennes. Comme il l'évoque plus tard dans une lettre à Adolphe Tavernier, il découvre que son atelier à Bougival a été dévasté par les Prussiens, ce qui explique le faible nombre de toiles antérieures à 1871 qui nous sont parvenues.
C’est à partir de 1870 que sa palette s’éclaircit notamment dans ses paysages nombreux représentant les rives de la Seine et les canaux parisiens. Ce motif des bords de l’eau sera un des sujets favoris de Sisley jusqu'à la fin de sa vie. Il loue une petite maison au no 2 de la rue de la Princesse, non loin de celle habitée par Renoir et son frère Edmond. Avec Renoir, ils vont peindre dans la forêt de Marly-le-Roi, près de l'aqueduc. Alors que l'Ouest parisien vers Versailles est le siège d'opérations militaires prussiennes et versaillaises, Sisley réalise un grand nombre de paysages de Louveciennes, Marly-le-Roi et Bougival où ne figure aucune trace de guerre.
Après que son père l'a déshérité, il doit subvenir aux besoins de sa famille par les seuls moyens de son art. Il peint notamment Premières neiges à Louveciennes, représentant la rue de Voisins dans le hameau où il réside. Il réalise également une série de toiles du haut de la côte du Cœur-Volant.
Au début de 1872, alors qu'il séjourne chez Monet, installé après la guerre dans le village riverain d'Argenteuil, il peint un petit groupe de paysages à Villeneuve-la-Garenne. En janvier 1872, par l'intermédiaire de Monet et Pissarro qui le connaissaient depuis leur séjour à Londres durant la guerre, il rencontre Paul Durand-Ruel. Entre 1872 et 1873, le marchand d'art lui achète cinquante-neuf tableaux, soit la quasi-totalité de sa production et il acquerra près de 400 œuvres de Sisley pendant les 25 années suivantes.