Alfred Schmidt (né le 19 mai 1931 à Berlin et mort le 28 août 2012 à Francfort-sur-le-Main) est un philosophe et sociologue allemand.
Alfred Schmidt a étudié l'histoire, l'anglais et la philologie à l'Université Goethe de Francfort. Sur le tard, il vient à la philosophie et la sociologie. Il est un élève de Max Horkheimer et Theodor W. Adorno et a passé un doctorat 1960 avec un travail sur la notion de Nature chez Karl Marx. En 1972, Alfred Schmidt devient professeur de philosophie et de sociologie à l'université de Francfort, en 1999, professeur émérite.
Les secteurs de recherche d'Alfred Schmidt sont la théorie critique de l'École de Francfort, philosophie de la religion et Schopenhauer.
Alfred Schmidt est membre du PEN club et membre honoraire celui du Schopenhauer-Gesellschaft.
Alfred Schmidt est le grand-père de Johan, ingénieur et professeur en Suisse, né de l’union de son fils Marcel Schmidt Fontannaz décédé le 14 février 1992 et de Rose.
Le concept de nature chez Marx (1962)
Le concept de nature chez Marx (Der Begriff der Natur in der Lehre von Marx) est sa thèse de doctorat, rédigée sous la direction de Max Horkheimer et Theodor W. Adorno à l'Institut de recherche sociale de Francfort entre 1957 et 1960, et publiée en 1962. L'ouvrage propose une reconstruction philologique et philosophique du concept de nature chez Marx, à travers l'ensemble de son œuvre: des Manuscrits de 1844 et de L'Idéologie allemande jusqu'aux Grundrisse et au Capital.
Thèse centrale : un matérialisme non ontologique
Schmidt soutient que le matérialisme de Marx n'est ni une métaphysique de la matière ni une ontologie générale de la nature, mais une théorie de la praxis historiquement médiatisée. Pour Marx, la nature n'existe philosophiquement parlant que comme « nature de l'homme » c'est-à-dire médiatisée par le travail social. Inversement, la société elle-même reste toujours une partie de la nature. Cette double médiation, que Schmidt désigne comme l'aspect « spéculatif latent » de la pensée de Marx sur la nature, s'articule autour du concept d'« échange organique » (Stoffwechsel) entre l'homme et la nature, hérité en partie des Manuscrits parisiens (la nature comme « corps inorganique de l'homme »).
Critique de la dialectique de la nature chez Engels
Une part importante de l'ouvrage est consacrée à une critique de Friedrich Engels, accusé d'avoir dérivé vers une « dialectique de la nature » de type métaphysique, en étendant la méthode dialectique (pensée par Marx comme méthode historico-sociale) au monde naturel prééxistant à l'homme et indépendant de toute praxis. Schmidt s'appuie ici sur des analyses antérieures de Georg Lukács (Histoire et conscience de classe, 1923) pour soutenir que les catégories dialectiques (contradiction, médiation, unité sujet-objet) supposent l'intervention du sujet et n'ont donc pas de sens appliquées à une nature purement objective. Il retrace ensuite comment cette dérive engelsienne a servi de fondement au « matérialisme dialectique » soviétique (Diamat), notamment sous Staline et Mao Zedong, transformant une théorie originellement critique et historique en un système ontologique dogmatique.
L'utopie et la nature dans le communisme
Un chapitre est consacré à la dimension utopique (au sens où l'entend Ernst Bloch) de la pensée de Marx : loin de préconiser un retour romantique à une prétendue immédiateté naturelle originelle (dont Marx, comme Hegel, conteste jusqu'à l'existence historique), Marx envisage le communisme comme une organisation consciente et rationnelle de l'échange métabolique entre l'humanité et la nature, et non comme un triomphe définitif de l'homme sur celle-ci.
L'édition italienne de l'ouvrage (1969), préfacée par Lucio Colletti, inclut un essai complémentaire, « Histoire et nature dans le matérialisme dialectique » (1965), issu d'un débat tenu à la Mutualité de Paris le 7 décembre 1961 entre Jean-Paul Sartre et Jean Hyppolite d'une part, Roger Garaudy, Jean-Pierre Vigier et Jean Orcel d'autre part. Schmidt s'y range du côté des critiques de Sartre et Hyppolite contre une conception purement objective de la dialectique de la nature.
L'ouvrage est salué par Colletti comme l'une des premières tentatives rigoureuses d'utiliser les écrits économiques de la maturité de Marx (plutôt que les seuls Manuscrits de 1844) pour reconstruire sa philosophie, et le considère comme une contribution majeure au débat sur les rapports entre marxisme, nature et écologie.
Le concept de nature chez Marx. Paris 1994. (ISBN 2-13-046128-X)
Der Begriff der Natur in der Lehre von Karl Marx, Frankfurt 1962
Emanzipatorische Sinnlichkeit. Ludwig Feuerbachs anthropologischer Materialismus, München 1973 (ISBN 3-446-11652-4)