Alexis Carrel, né le 28 juin 1873 à Sainte-Foy-lès-Lyon et mort le 5 novembre 1944 à Paris, est un chirurgien, biologiste, écrivain scientifique et eugéniste français.
Pionnier de la chirurgie vasculaire, lauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine en 1912, il fut renommé pour son expérience du cœur de poulet battant in vitro pendant un temps très supérieur à la vie d'un poulet - expérience invalidée par la suite. Il effectua la plupart des recherches après 1917 au sein de l'Institut Rockefeller, à New York.
Avec sa technique de la culture tissulaire, Alexis Carrel est le premier scientifique qui ait réussi, en 1926, à faire se multiplier un virus, en principe incapable de se reproduire ailleurs que dans des cellules vivantes. Il a ouvert la voie pour développer le vaccin dans l'optique de lutter contre le virus.
Raciste et eugéniste, il a été, jusqu'à la Libération, le régent de la Fondation française pour l'étude des problèmes humains, un organisme de recherche sur les races et la pureté raciale soutenu par le gouvernement de Vichy.
Il naît à Sainte-Foy-lès-Lyon, commune natale de sa mère, le 28 juin 1873 ; il est l'aîné de trois enfants. À sa naissance, il reçoit le prénom de Marie-Joseph-Auguste. Puis sa mère donne naissance à son frère Joseph et à sa sœur cadette Marguerite.
Fils d'Alexis Carrel-Billiard, fabricant de textile, il devient orphelin à l'âge de cinq ans. Sa mère, Anne-Marie Ricard († 1905), l'éleva. À la suite de la mort de son père, le garçon adopte le prénom de celui-ci, s'appelant désormais Alexis Carrel-Billiard, tout comme son père mort en 1904.
La famille est issue de la bourgeoisie catholique. Parmi les membres de sa famille, Alexis compte plusieurs religieux et religieuses dont Pierre-Marie Belmont, évêque de Clermont. D'autres, sont issus de grandes maisons de la soierie à Lyon, raison pour laquelle la famille habitait près de la Croix-Rousse, quartier prospère. La mort du père obligea cette famille à vivre plus modestement.
Après avoir reçu le prix Nobel, il épouse, le 26 décembre 1913 à Paris, Anne Gourlez de La Motte (1877-1967), veuve du marquis Henri Jarret de La Mairie et petite-fille du général Auguste-Étienne-Marc Gourlez de La Motte. Elle est infirmière et le seconde durant ses recherches à New York. De cette union, il n'aura aucune descendance ; sa femme avait un fils d'une première union.
Il est élève du collège jésuite Saint-Joseph de Lyon. Sa formation auprès des Jésuites, représentée par le mot eloquentia perfecta (en), aura une influence sur sa pensée et ses écritures. Aussi Alexis Carrel-Billiard s'intéresse-t-il aux sciences naturelles.
Le jeune Alexis songe d'abord au service médical des armées, comme son oncle Joseph Ricard. Or, après avoir obtenu le baccalauréat littéraire en 1889, il commence à étudier la médecine à l'université de Lyon en octobre 1891 et obtient en 1893 son diplôme de médecine, qui lui ouvre l’externat. Il a comme professeurs Joseph Teissier, Mathieu Jaboulay, Antonin Poncet et Léon Bérard. Par autorisation spéciale, il peut se rendre à toute heure au laboratoire du docteur Marcel Soulier pour ses expériences.
Puis, il travaille entre 1893 et 1898, dans plusieurs hôpitaux de Lyon ainsi que pour les chasseurs alpins. Chez ces derniers, il est mobilisé en novembre 1894 et pour une année, au service militaire obligatoire en qualité de médecin auxiliaire au col du Fréjus. En 1896, il est nommé interne, après un premier échec. Pendant ces années, il s'oriente vers la recherche en chirurgie, s'intéressant à la compatibilité des tissus ainsi qu'aux sutures. La constatation de l'impuissance des chirurgiens à sauver le président Sadi Carnot victime d'une attaque au couteau en 1894 à Lyon participe à cette motivation.
Devenu interne, Carrel commence à écrire régulièrement des articles, à partir de 1896. Le bulletin Lyon Médical en compte quatre en 1897 et cinq en 1898. Dès 1899, ce jeune docteur envoie ses écrits à Paris. Cette année même, il publie neuf articles au total. D'après Ugo Filippo Tesler (2020), en chirurgie cardiaque, les études de Carrel qui furent effectuées à cette période possédaient déjà un niveau supérieur à celles d'autres chercheurs. Il maîtrise des sujets difficiles, sur lesquels d'autres avaient échoué. Il se distingue par son attention méticuleuse et par ses facultés d'apprentissage. Chaque soir, chez Marie-Anne Leroudier à Lyon, il effectue son exercice pour améliorer et pour raffiner sa technique. Puis il invente des instruments plus sophistiqués. Sa technique aseptique est pratiquée strictement. Il met ainsi au point, par exemple, une méthode adéquate pour relier deux vaisseaux sanguins déchirés.
En février 1899, Alexis Carrel est accueilli, d'abord adjoint puis prosecteur (anatomique), auprès du laboratoire de Jean-Léo Testut à Lyon. Sous la direction de ce grand médecin-anatomiste, Carrel obtient en 1900 son doctorat. Cette thèse en 303 pages sur l'opération du cancer de la thyroïde, appréciée, est publiée à Lyon en 1900 et à Paris en 1901 (Alexis Carrel-Billard, Le goitre cancéreux).
Dans cette année 1900, il obtient une part d'héritage du grand-père maternel, ce qui lui permit d'étudier en toute liberté.
Puis, il publie son premier article sur les sutures vasculaires en 1902 ; les méthodes qui y sont développées (comme la triangulation qui est l'anastomose de vaisseaux de calibres différents en plaçant au préalable trois fils d'appui sur la circonférence vasculaire) sont encore en usage un siècle plus tard. L'article est publié dans le bulletin Lyon Médical.
Tout en opérant aux Hospices civils de Lyon, il donne des cours d'anatomie et de chirurgie aux internes de l'Université de Lyon (Faculté de Médecine). Parmi ses étudiants, il compte René Leriche.
Si Alexis Carrel parvient à établir sa réputation à Lyon, il lui faut trouver un poste en qualité de chirurgien dans un hôpital. Le 9 décembre 1901, la ville de Lyon ouvre un concours pour un poste vacant. Carrel échoue, Léon Bérard est sélectionné. Cet échec et l'affaire de Lourdes (v. infra) causent finalement son départ.
En mai 1902, en remplaçant un de ses collègues incapable d'effectuer sa mission[réf. souhaitée], il part pour le sanctuaire de Lourdes. Une jeune fille qu'il avait examinée dans son train de pèlerinage, atteinte de méningite tuberculeuse, obtient sa guérison totale le 28 mai. En tant que médecin d'accompagnement, il note en détail son état grave, puis cet événement inattendu et inexplicable. Le rétablissement de cette patiente, du nom de Marie Bailly, qu'il rapporte dans un bulletin paroissial, provoque des réactions très hostiles de la part des médecins lyonnais. Ainsi tous les concours disponibles à Lyon refusent-ils Carrel. En outre, les communautés chrétiennes aussi le critiquent, le considérant par trop sceptique.