Alexandre de Rhodes, né le 15 mars 1591 à Avignon, qui constituait alors avec le Comtat Venaissin les deux États pontificaux enclavés dans le royaume de France, et mort à Ispahan (Perse) le 5 novembre 1660, est un prêtre jésuite comtadin, missionnaire en Cochinchine et au Tonkin (Vietnam) et linguiste.
Polyglotte, il parle, lit ou écrit au moins douze langues, dont le portugais, l'hébreu, l'annamite (vietnamien), le chinois, le japonais et le persan.
Il fut un des premiers Européens à parcourir la Cochinchine et le Tonkin. Il se distingua par ses qualités de polyglotte et est surtout connu pour avoir mis au point la première transcription phonétique et romanisée de la langue vietnamienne, le Quốc ngữ (écriture nationale).
Il est l'auteur du Dictionarium Annamiticum Lusitanum et Latinum, dictionnaire trilingue vietnamien-portugais-latin édité à Rome en 1651 par la Congrégation pour l'évangélisation des peuples.
D'origine aragonaise (village de Calatayud) et marrane, sa famille - des négociants en soie - avait fui l'inquisition et s'était réfugiée en Avignon depuis le XVe siècle, alors terre papale et cité accueillante pour les juifs. Comme beaucoup de familles juives d'alors, converties au catholicisme, le père d'Alexandre décide de modifier son patronyme de Rueda en Rode, puis de Rode et finalement en de Rhodes. Le nom d'Alexandre n'a ainsi aucun rapport avec celui de l'île grecque de Rhodes.
Arrivé à 18 ans à Rome, Alexandre entre dans la Compagnie de Jésus le 14 avril 1612. Il a le ferme désir de rejoindre les Missions extrême-orientales. Il perfectionne sa connaissance des langues anciennes (latin, grec et hébreu), de l'italien et des mathématiques.
Ayant obtenu la bénédiction de Paul V (1552-1621) sur ce projet, il quitte Rome en octobre 1618 pour Lisbonne, alors port d'embarquement obligé depuis l'Europe pour les Indes orientales. Il y étudie le portugais en attendant le grand départ, le 4 avril 1619, sur le "Sainte Thérèse", à destination de Goa. Quatre cents personnes embarquent sur ce « monastère flottant », où la messe est dite quotidiennement ; d'autres prêtres jésuites l'accompagnent, parmi eux Jérôme Maiotica, qui œuvrera 35 ans dans le Tonkin et la Cochinchine et Diego Mursius, qui deviendra directeur du noviciat de Goa.
Missionnaire en Extrême-Orient
En route vers Macao (1619-1624)
Le navire passe le cap de Bonne-Espérance le 20 juillet 1619, manque de s'échouer sur les hauts fonds sablonneux du Canal du Mozambique et atteint Goa le 9 octobre de la même année.
Il est accueilli par les jésuites présents à Goa depuis l'arrivée de François Xavier en 1542. Les nouvelles venant du Japon ne sont pas bonnes. L'édit Tokugawa de janvier 1614 ordonne l'expulsion des missionnaires européens. Alexandre va séjourner deux ans et demi à Goa et à Salsette, lorsqu'il tombera gravement malade. Il y rencontre un jésuite français Étienne de la Croix avec lequel il perfectionne sa connaissance de la langue locale: le canarin.
Le 12 avril 1622, il reprend le cours de son périple vers le Japon. Il s'embarque alors pour Malacca sur un navire portugais, en compagnie du futur commandant de la citadelle. Le voyage est long: Cochin, Tuticorin (Thoothukudi), Ceylan, Negapatan puis Malacca le 28 juillet 1622, où il doit patienter près de neuf mois avant de pouvoir reprendre la mer.
À peine arrivé à Macao, le 29 mai 1623, il se met à l'étude du japonais. Mais, en raison de l'intensification de la persécution des chrétiens au Japon et de la fermeture progressive du pays entamée dès 1612, ses supérieurs décident de l'orienter vers une autre destination : le Đại Việt où les pères Francesco Buzomi (1576-1639) et Diogo Carvalho avaient établi une mission depuis 1615 à Tourane (aujourd'hui Đà Nẵng).
Dès 1535, des missionnaires franciscains et dominicains, espagnols et portugais, avaient posé le pied à Faifo (aujourd'hui Hội An), sans toutefois s'implanter durablement.
Restaurée après la défaite des Mạc, la dynastie Lê installée à Thang Long (aujourd'hui Hà Nội) règne de façon emblématique sur le Đại Việt. Un conflit entre deux familles de seigneurs (appelés chúa) avait, dans les faits, coupé le pays en deux. Au nord, au Tonkin, les Trinh avaient pris le pouvoir et, au sud, en Cochinchine, avec Ke-Huế (aujourd'hui Hué) comme capitale, la dynastie Nguyễn dominait.
Première mission en Cochinchine (1624-1627)
En décembre 1624, après dix-huit mois passés entre Macao et Canton, de Rhodes s'embarque avec cinq autres jésuites, dont Gabriel de Matos (1572-1633) à destination de Faifo (aujourd'hui Hội An), un des principaux ports et centre économique de la Cochinchine, au sud de Tourane (aujourd'hui Đà Nẵng). Il est envoyé dans une des missions fondées en 1615 par François Buzomi et Diogo Carvalho.
Le napolitain Buzomi et le portugais Carvalho avaient noué de bons contacts avec le gouverneur de la Province. Le roi, Sai Vuong (ou Nguyễn Phúc Nguyên) (1563-1635), préoccupé de la prospérité de son pays alors en guerre avec ses voisins du nord, voyait d'un bon œil les apports du commerce avec les Portugais.