Alexandre Grigorievitch Loukachenko (prononcé en français : /lu.ka.ʃɛn.ko/ ; en biélorusse : Аляксaндр Рыгoравіч Лукашэнка /alʲaˈksand(a)r rɨˈɣɔravʲitʂ lukaˈʂɛnka/, en russe : Александр Григорьевич Лукашенко /ɐlʲɪˈksandr ɡrʲɪˈɡorʲjɪvʲɪtɕ ɫʊkɐˈʂɛnkə/), né le 30 août 1954 à Kopys (RSS de Biélorussie), est un homme d'État biélorusse, président de la République depuis 1994.
Agriculteur de profession, il appartient au Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS) avant d’être élu à la tête de la Biélorussie en 1994, puis réélu en 2001, 2006, 2010, 2015, 2020 et 2025.
Considéré comme un despote et un autocrate usant d'une police politique, il dirige un régime qualifié d'autoritaire voire de dictatorial en raison de la restriction des libertés publiques, de nombreuses atteintes aux droits de l'homme, de la tenue de scrutins et de référendum entachés d'irrégularités (coup de force en 1996, référendum de 2004 l'autorisant à briguer un troisième mandat, réélection contestée en 2020). La Biélorussie est par conséquent isolée au niveau international, notamment en Occident, où Loukachenko est souvent dépeint comme le « dernier dictateur d'Europe », et est interdit de séjour par l'Union européenne et les États-Unis. En 2026, Alexandre Loukachenko est président depuis 32 ans.
Loukachenko naît dans le village de Kopys (district d'Orcha, région de Vitebsk), dans ce qui est alors la république socialiste soviétique de Biélorussie. Son grand-père maternel, Trofym Ivanovytch Loukachenko, est originaire de la région de Soumy en Ukraine. Sa mère, Ekaterina Trofimovna Loukachenko, est originaire du village du district de Chklow (région de Moguilev) où elle vit jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, elle travaille dans l'usine de lin d'Orcha (région de Vitebsk). Après la naissance de son fils — Ekaterina n'étant pas mariée, le père de Loukachenko est inconnu — elle revient dans sa région natale où elle travaille en tant que laitière dans une ferme.
Études et carrière professionnelle
Loukachenko obtient un diplôme de la faculté d'histoire de l'Institut pédagogique de Moguilev en 1975. De 1975 à 1977, il sert dans l'armée comme garde-frontière, après quoi, il devient le secrétaire du comité du Komsomol de Moguilev. De 1980 à 1982, il est commissaire politique d'une division d'infanterie mécanisée stationnée à Minsk. En 1982, après avoir quitté l'armée, il devient vice-président d'un sovkhoze. En 1985, il obtient un diplôme de l'académie agricole de Biélorussie. De 1985 à 1987, il est secrétaire général d'un sovkhoze du district de Chklow, après quoi il est promu au poste de directeur de l'usine de matériaux de construction de fermes d'État de Haradziets dans le district de Chklow.
Député au Conseil suprême (1990-1993)
En 1990, Loukachenko est élu comme député au Conseil suprême de la République biélorusse, corps monocaméral succédant au Soviet suprême biélorusse de 1991 à 1994. Lors de ce premier mandat politique, il fonde un groupe politique nommé « Des communistes pour la démocratie », qui défend une Union soviétique démocratique reposant sur des principes communistes. Il prétend avoir été le seul député à voter contre la ratification de l'accord de décembre 1991 concernant la dissolution de l'Union des républiques socialistes soviétiques et la création de la Communauté des États indépendants (CEI). Au lendemain de la dissolution de l'URSS, Loukachenko retourne brièvement gérer une ferme d'État.
Président du comité anti-corruption (1993-1994)
Ayant acquis une réputation d'éloquent opposant à la corruption, Loukachenko est élu en 1993 pour servir comme président au comité anti-corruption au parlement biélorusse. Bien qu'il maintienne une étroite association avec les partis communistes, il tombe en disgrâce à la suite de ses critiques répétées contre la corruption et les privilèges de la nomenklatura. À la fin de l'année 1993, il accuse 70 hauts fonctionnaires, notamment Stanislaw Chouchkievitch, le président du Parlement, de corruption et de détournement de fonds à des buts personnels. Ces accusations conduisent à la tenue d'un vote de confiance que Stanislaw Chouchkievitch perd.
Parcours à la présidence de la Biélorussie
Premier mandat présidentiel (1994-2001)
Une nouvelle constitution est adoptée au début de l'année 1994. Conformément à celle-ci, une élection présidentielle se tient au début du mois de juillet de la même année. Six candidats sont en lice, dont Loukachenko, Chouchkievitch et Viatchaslaw Kiebitch. Ce dernier est le grand favori mais, à la surprise de la plupart des observateurs, Loukachenko, dont la campagne a pour thème « vaincre la mafia », est en tête lors du premier tour avec 45 % des voix. Le 10 juillet, Alexandre Loukachenko remporte le second tour avec plus de 80 % des suffrages et devient, à 40 ans, le premier président de la jeune République biélorusse.
Une fois élu à la tête de la Biélorussie, Loukachenko prend rapidement des mesures dans le but de « stabiliser l'économie ». Ainsi, il fait doubler le salaire minimum, il introduit un contrôle des prix et abroge les quelques réformes économiques qui avaient été menées. Il fait face à la difficile situation de ranimer une économie socialiste dans un pays de 10,4 millions d'habitants entourés par des pays capitalistes émergents. La Biélorussie est complètement dépendante du gaz et de l'électricité importés de Russie et payés à prix préférentiels. L'absence de moyens financiers pour payer les importations russes rend alors la coopération économique avec la Russie plus que nécessaire pour la Biélorussie.
Durant les deux premières années de son mandat présidentiel, Loukachenko fait face à une opposition virulente. En 1995, la Banque mondiale et le FMI suspendent les prêts financiers à la Biélorussie pour la sanctionner de son refus de réformes libérales.
Renforcement des pouvoirs présidentiels et dictature
Des manifestations éclatent au printemps 1996 en opposition aux référendum visant à accroître le pouvoir centralisé sur la personne du président. Elles resteront connues sous le nom de Printemps de Minsk et se poursuivront en 1997. Elles sont durement réprimées.
Lors de l'été 1996, 70 députés sur les 110 que compte le parlement biélorusse signent une pétition pour empêcher Loukachenko de violer la Constitution. Ce dernier invite des officiels russes de premier plan pour jouer les « médiateurs », tel Viktor Tchernomyrdine, et éviter que soit votée une motion de censure. Le Parlement tente par ailleurs d'organiser un référendum pour abolir le poste de président de la République et instituer un régime parlementaire. Peu de temps après, le 24 novembre 1996, Loukachenko fait organiser un référendum en vue d'étendre son mandat de cinq à sept ans et d'augmenter ses prérogatives, entre autres la possibilité de fermer le Parlement. Le 25 novembre, Loukachenko annonce que 70,5 % des votants ont voté « oui » avec une participation de 84 %. La manière dont la campagne a été menée est vivement condamnée. Le gouvernement a banni l'opposition de la télévision et de la radio, empêché toute parution de journaux de l'opposition et fait saisir son matériel publicitaire. Dans ces circonstances, les États-Unis et l'Union européenne refusent de reconnaître la légitimité du scrutin.