Ce Jour-là

Alexandre Kerenski

Personnalité politique russe

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Alexandre Fiodorovitch Kerenski (en russe : Александр Фёдорович Керенский), né le 22 avril 1881 (4 mai dans le calendrier grégorien) à Simbirsk et mort le 11 juin 1970 à New York, aux États-Unis, est un avocat et homme politique russe, membre du Parti socialiste révolutionnaire. Après la révolution de Février, il occupa différents postes ministériels dans les deux premiers gouvernements du prince Gueorgui Lvov, puis prit lui-même la tête du Gouvernement provisoire, avant d'être chassé du pouvoir par les bolcheviks lors de la révolution d'Octobre.

Origines et débuts en politique

Alexandre Fiodorovitch Kerenski est né à Simbirsk (rebaptisée Oulianovsk en 1924), ville où est également né Lénine onze ans avant lui, première rencontre indirecte avec le futur dirigeant bolchévique. Les sources indiquent que le proviseur Kerenski rédigea une note de soutien au futur adversaire de son fils pour qu'il puisse, après l'exécution de son frère aîné, entrer à l'université de Kazan, ce qui fut fait. Lénine parlait toujours avec beaucoup de considération de Feodor Kerenski.[réf. nécessaire]

Petit-fils d'un prêtre orthodoxe, Kerenski doit à son père Feodor une éducation soignée. En effet, décidant de rompre avec la tradition familiale, celui-ci entre à l'université de Kazan, ce qui lui permet de devenir instituteur puis inspecteur et enfin proviseur de deux écoles – filles et garçons – à Simbirsk. Par ailleurs, élément qui appuie son ascension sociale, Feodor (1845-1912) réussit à épouser Nadezhda Adler, la fille d'Alexander Adler, chef du bureau topographique du district militaire de Kazan et de Nadezhda Adlerova (née Kalmykova), fille d'un ancien serf qui racheta sa liberté avant l'abolition du servage en 1861, ce qui lui permit de devenir un riche marchand moscovite. Le père d'Alexandre obtient une nouvelle promotion en 1890. Il devient inspecteur dans une nouvelle région conquise par l'Empire russe, le Turkestan. C’est ainsi que le futur révolutionnaire passe la plus grande partie de sa jeunesse à Tachkent.

En 1899, Kerenski entre à l'université de Saint-Pétersbourg pour étudier la philologie classique et l'histoire. Il visait, probablement influencé par ses racines familiales, une carrière universitaire, mais les conditions particulières du lieu, notamment l'effervescence révolutionnaire croissante des universités, en décident autrement. Après quelques péripéties liées à son engagement politique et aux critiques qu'il exprime contre le pouvoir en place (il raconte lui-même qu'il découvrit la force de ses qualités oratoires lorsqu'il prit la parole, en 1902, devant une assemblée d'étudiants, et que cette découverte décida de son destin politique.[réf. nécessaire] En fait, par la suite, ses talents d'orateur se révèlent médiocres[Qui ?]), passant de l'histoire au droit, Kerenski termine des études juridiques en 1904. Cette réussite lui permet ensuite de s'inscrire au barreau de la capitale.

L'année suivante, les événements politiques de l'empire le mettent au premier rang de la résistance légale au pouvoir impérial. Avocat engagé, il porte assistance à de nombreux militants victimes de la répression policière, notamment aux victimes du « Dimanche rouge », ce qui lui vaut d'être arrêté, puis exilé à Tachkent en décembre 1905 pour possession de littérature illégale. Libéré en avril 1906, les années qui suivent le voient s'engager de plus en plus dans la défense des prisonniers politiques, y compris ses futurs adversaires de la fraction bolchevique du POSDR (il est ainsi avocat d'Evgueni Preobrajenski qui refuse la défense de son conseil trop modérée à son goût[réf. nécessaire]). Il préside la commission d’enquête de la Douma sur le massacre de la Léna, survenu en avril 1912. Ses conclusions en faveur des mineurs massacrés ont fait beaucoup pour sa popularité. Ses succès de prétoire favorisent, en 1912, son entrée à la IVe Douma comme député, sous l'étiquette travailliste. Avec cette position, sa défense des droits civiques prend de l'ampleur. Il est aussi, à cette époque, un des dirigeants francs-maçons les plus en vue de Saint-Pétersbourg, ayant été initié à l’automne 1912 dans la loge Petite ourse, appartenant au Grand Orient des Peuples de Russie, et fut élu au convent de 1916 Secrétaire général du Conseil suprême de cette organisation.

Orateur brillant selon certains, Kerenski rejoint plus tard le groupe parlementaire du Parti socialiste révolutionnaire, considérant avec sympathie sa stratégie d'appui aux populations des campagnes qui est selon lui plus respectueuse de la réalité sociale du pays, le monde ouvrier n'étant encore, à l'époque, qu'embryonnaire dans l’empire. Cette position minoritaire n'empêche pas Kerenski de porter tous ses efforts pour radicaliser la chambre basse, tout en se préparant à son futur rôle révolutionnaire. Il est aussi un militant confirmé, véritable conspirateur professionnel pour lequel le repérage des espions, le contournement des filatures, la maîtrise des correspondances secrètes, sont devenus peu à peu une seconde nature.

Au début de la guerre, en 1914, Kerenski fait peu parler de lui au sein de la Douma. Comme beaucoup d'hommes politiques russes, il est toutefois persuadé que le conflit va conduire à l'effondrement du régime tsariste. Il se construit un profil politique d'opposant absolu à l'autocratie tout en refusant les mots d'ordre marxistes.

Ascension au pouvoir (février-mai)

Quand éclate la révolution de Février (dite « bourgeoise » dans l'historiographie soviétique) en février 1917, Kerenski est l'un des chefs de l'opposition. Ce statut lui vaut de gravir les échelons politiques au fur et à mesure de la radicalisation des forces qui se disputent le pouvoir.

Le 27 février, avec la chute de Nicolas II, se met en place dans le pays une double autorité : le comité provisoire de la Douma, formé de députés du centre de la gauche modérée d'un côté, et de l'autre le soviet des députés ouvriers de Petrograd que rejoindront ensuite les délégués des soldats. Installé au palais de Tauride, le soviet est alors présidé par le menchevik Nicolas Tcheidze, assisté par Kerenski, en tant que vice-président.

Une semaine plus tard, un gouvernement provisoire succède au comité de la Douma. Kerenski, dans ce gouvernement dirigé par le prince Georgy Lvov, accède au portefeuille de ministre de la Justice, compte tenu de sa connaissance du droit liée à son passé d’avocat. Le nouveau pouvoir proclame toute une série de réformes qui font entrer la Russie dans la démocratie moderne, notamment la libération des prisonniers politiques, l’instauration du suffrage universel et la suppression de la peine de mort.

Le 20 mars 1917 à minuit, le décret signé par Alexandre Kerenski stipule qu’il se « base sur la conviction que dans un pays libre, tous les citoyens sont égaux devant la loi, et sur la conscience que personne ne peut accepter qu’une discrimination contre un autre citoyen soit basée sur sa religion et son origine ethnique », ce qui signifie que le gouvernement russe abolit dès lors toutes les discriminations liées aux déplacements et le lieu de résidence des individus, devenus tous les mêmes citoyens égaux en droit en ce qui concerne l’achat de biens immobiliers et la propriété, la participation dans le commerce et les affaires mais aussi dans les services militaires et civils, la participation aux élections, et l’accès aux institutions éducatives. Ce décret met fin notamment à la discrimination que subissaient les populations de confession juive dans l'ancien empire russe. Dans le même temps ce même gouvernement reconnaît les droits de la Finlande et de la Pologne à l'autodétermination et abolit la peine de mort.

Alors que le mouvement bolchevik prend de l'ampleur avec le retour des exilés — dont Lénine — un second gouvernement provisoire est formé au mois de mai, une nouvelle fois sous la présidence du prince Lvov. Cette fois-ci, Kerenski s’impose aux yeux de ses collègues en prenant le ministère de la Guerre. Il croit que la chute du tsarisme permettra de transformer la guerre impérialiste en guerre des démocraties (dont les États-Unis) contre les empires centraux autoritaires. Il prépare l’offensive Kerenski menée en Galicie en juillet et qui, croit-il, permettra d'aboutir à une paix fondée sur la liberté des peuples.

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