Alexandre III de Russie (Alexandre Alexandrovitch Romanov, en cyrillique Алекса́ндр Алекса́ндрович Рома́нов), né le 26 février 1845 (10 mars dans le calendrier grégorien) et mort le 20 octobre 1894 (1er novembre dans le calendrier grégorien), est empereur de Russie, du 2 mars 1881 (14 mars dans le calendrier grégorien) jusqu'à sa mort. Il est le dernier empereur de Russie mort sur le trône.
Alexandre est le deuxième fils d'Alexandre II. Très tôt, sa personnalité tranche sur celle de son père, réputé libéral (il a notamment supprimé le servage en Russie).
Tandis que son frère aîné, Nicolas Alexandrovitch, reçoit une éducation soignée, Alexandre « s'ennuie à périr aux leçons de ses gouverneurs ». En vain ses professeurs Grott et Soloviov tentent-ils de l'intéresser à l'histoire de son pays, le civiliste Contantin Pobiédonostsev aux théories du droit et le général Dragomirov à la stratégie. Adolescent, il témoigne d'une force musculaire peu commune : « C'était l'Hercule de la famille. »
Par ailleurs, Alexandre désapprouve la liaison de son père avec Catherine Dolgorouki.
Sur son lit de mort, son frère aîné aurait émis le souhait que sa fiancée, la princesse Dagmar de Danemark (1847-1928), fille de Christian IX de Danemark et de Louise de Hesse, épouse son successeur.
Mais Alexandre aime une autre femme, la princesse Mechtcherski (1844-1868) et a l'intention de renoncer au trône pour l'épouser. Alexandre II après avoir tancé son fils l'envoie au Danemark au printemps 1866 demander la main de la princesse Dagmar. Le vœu de Nicolas est donc réalisé le 9 novembre 1866, date de la cérémonie de mariage.
Alexandre et Dagmar ont eu six enfants :
Nicolas II (1868-1918), officiellement dernier empereur de Russie ;
Alexandre Alexandrovitch (1869-1870) ;
Georges Alexandrovitch (1871-1899) ;
Xénia Alexandrovna (1875-1960), mariée en 1894 avec Alexandre Mikhaïlovitch (dit Sandro), grand-duc de Russie ;
Michel Alexandrovitch (1878-1918), épouse morganatiquement en 1912 Natalia Cheremetievskaïa, titrée par la suite princesse Romanovskaïa-Brassova. Empereur Michel II pendant une journée en mars 1917, à la suite de l'abdication de son frère, il est assassiné en 1918 ;
Olga Alexandrovna (1882-1960), mariée en 1901 avec Pierre, duc d'Oldenbourg (divorcés en 1916), remariée en 1916 avec Nicolas Koulikovski.
De 1865 à 1881, Alexandre n'a pas de rôle important dans les affaires publiques, bien qu'il soit désormais héritier du trône de Russie. Depuis son mariage, il mène une vie retirée au palais Anitchkov. Toutefois, il manifeste à de nombreuses reprises son désaccord sur la politique menée par son père, l'empereur Alexandre II. Conscient de son manque de préparation, il se tourne vers son ancien précepteur Constantin Pobiédonostsev, juriste de l'université de Moscou connu pour son extrême conservatisme, et qui devient plus tard procureur général du Saint-Synode. Celui-ci répétait souvent : « Le salut de la Russie ne peut venir que de la Russie elle-même. »
Problème de l'influence étrangère
Alexandre désapprouve ce qu'il considère comme une « influence étrangère excessive », tout particulièrement en ce qui concerne l'influence allemande. Il souhaite que des principes exclusivement nationaux soient adoptés dans les sphères de l'État, afin que la mosaïque d'ethnies différentes qui compose son pays devienne un État homogène, tant dans le domaine religieux que linguistique ou administratif.
Son père Alexandre II ne cache pas de fortes sympathies allemandes, et utilise fréquemment l'allemand pour s'entretenir en privé. Il fonde ainsi sa politique étrangère sur une alliance avec la Prusse, première puissance allemande. Il ridiculise parfois les exagérations et les excentricités des Slaves.
La première manifestation publique de cet antagonisme est la guerre franco-prussienne de 1870. Le tsar soutient à cette occasion la Prusse, quand le tsarévitch montre quelques sympathies vis-à-vis de la France. En réaction à la défaite de Sedan, il note dans son journal : « Quelle effroyable nouvelle ! Mac Mahon détruit ! L'armée en déroute ! »