Alexandre Farnèse, en italien Alessandro Farnese, né le 27 août 1545 à Rome et mort le 3 décembre 1592 à l'abbaye Saint-Vaast à Arras est un noble italien de la Renaissance. Troisième duc de Parme et Plaisance, quatrième duc de Castro, et gouverneur des Pays-Bas espagnols, il est l'un des plus grands chefs militaires du XVIe siècle : ses victoires ont contribué à former la configuration géopolitique de la Belgique et des Pays-Bas.
Origines familiales et formation
Alexandre Farnèse est le fils d'Octave Farnèse (1524-1586), duc de Camerino, Parme, Plaisance, Castro et Ronciglione, préfet de Rome, et de Marguerite de Parme (1522-1586). Il est l'arrière petit-fils du pape Paul III (1468-1549) du côté paternel, et il est également le petit-fils de l'empereur Charles Quint (1500-1558), via sa mère, fille naturelle légitimée de l'empereur. Il a un frère jumeau, Carlo, qui meurt jeune.
Tous deux sont baptisés dans l'église Sant'Eustachio en présence de 19 cardinaux et de Paul III. Alexandre a pour parrain Charles Quint et pour marraine Éléonore de Habsbourg, sœur de l'empereur et reine de France en tant qu'épouse de François Ier.
Alexandre passe ses premières années à Parme. De 1551 à 1552, le duché de Parme est l'enjeu d'une guerre qui oppose l'armée française, alliée au duché, et celle de Charles Quint, allié avec le pape Jules III, successeur de Paul III en 1549. Durant cette guerre de Parme, il a l'occasion d'admirer la ténacité et l'habileté militaire de son père et de voir à l'œuvre Francesco De Marchi (1504-1576), commissaire à la guerre et à l'artillerie du duché et expert reconnu en fortifications et technologies militaires.
Il reçoit une bonne éducation : ses précepteurs sont Giuliano Ardinghelli, Francesco Paciotto et Francesco Salomone, qui lui enseignent les matières scientifiques pendant que Francesco Luisino d'Udine lui enseigne les lettres. C'est un élève précoce : à l'âge de 10 ans, il écrit une lettre en latin à son oncle le cardinal Alexandre Farnèse (1520-1589).
À la cour de Bruxelles (1556-1559)
Après la guerre de Parme, Octave Farnèse renonce à l'alliance avec la France, au profit de celle avec Charles Quint. En conséquence du traité de Gand signé le 15 septembre 1556 par Philippe II (1527-1598) et Octave, Alexandre doit partir comme otage à Bruxelles, capitale des Pays-Bas des Habsbourg, où réside alors Philippe II, en raison du conflit en cours avec la France (onzième guerre d'Italie). Alexandre quitte Parme en décembre accompagné de sa mère, demi-sœur de Philippe. Son oncle l'accueille chaleureusement et Alexandre en acquiert vite l'estime. Son portrait par Girolamo Mazzola Bedoli date probablement de l'époque de son départ.
Charles Quint ayant abdiqué au profit de Philippe ses couronnes des Pays-Bas en octobre 1555 et ses couronnes d'Espagne en janvier 1556, Philippe est à la fois souverain des Pays-Bas (en tant qu'héritier de Marie de Bourgogne) et roi d'Espagne (en tant qu'héritier des Rois catholiques). La guerre avec la France s'achevant en avril 1559 (traité du Cateau-Cambrésis), Philippe ne veut pas rester aux Pays-Bas. Durant l'été 1559, il nomme Marguerite de Parme gouverneur général (« gouvernante et régente ») des Dix-Sept Provinces, et quitte les Pays-Bas au mois d'août, emmenant Alexandre avec lui.
À la cour de Madrid (1559-1565)
Alexandre Farnèse reste en Espagne pendant presque six ans.
À Madrid, Alexandre Farnèse fait la connaissance d'un autre enfant naturel légitimé de Charles Quint, beaucoup plus jeune que Marguerite, don Juan d'Autriche (1545-1578). Alexandre Farnèse a donc le même âge que cet oncle, et ils se lient par une forte amitié qui dure jusqu'à la mort de Juan (1578).
Alexandre Farnèse suit des cours de philosophie et de sciences à l'université de Alcalá de Henares. À la cour, il est initié aux sciences politiques et est éduqué à respecter l'autorité légitime et la religion.
Mariage (1565) et retour à Parme (1567-1571)
Durant cette période, son père envisage de le marier à une Médicis ou à une Este, mais Philippe II est opposé à un mariage avec une princesse italienne. Il décide donc de le marier à une de ses filles, mais c'est alors Marguerite de Parme qui s'y oppose.
Le choix se porte finalement sur une princesse portugaise, Marie de Portugal (1541-1577), fille aînée de l'infant don Eduardo d'Avis (en), duc de Guimarães, et petite-fille du roi Manuel Ier (roi de Portugal). Leur mariage est célébré à Bruxelles le 11 novembre 1565.
En 1567, les époux s'installent à Parme. Leur fille Marguerite naît en 1567, et deux ans plus tard, Ranuce, héritier présomptif du trône ducal. Alexandre supporte mal la vie oisive à laquelle il est contraint[réf. nécessaire] ; pour occuper son temps, il fait de l'équitation, de l'escrime et étudie l'art militaire.
Le danger ottoman se fait alors très pressant. En juillet 1570, les Ottomans envahissent Chypre, dépendance de la république de Venise, ce qui déclenche la quatrième Guerre vénéto-ottomane. Ils conquièrent rapidement Nicosie avant de se heurter à la forteresse vénitienne de Famagouste. Atteint par ces événements, le pape Pie V (1566-1572) en appelle à la chrétienté entière pour la création d'une Sainte-Ligue destinée à combattre la flotte ottomane qui devenait peu à peu maîtresse de la Méditerranée.