Alexandre Bourmeyster, né le 6 mars 1930 à Vaulx-en-Velin et mort le 4 janvier 2024 à Grenoble, est professeur émérite d'Études Slaves de l’Université Stendhal Grenoble 3. Il a rédigé de nombreux ouvrages et publications sur l’analyse du discours politique soviétique, sur l'hégélianisme en Russie, sur la Révolution des Lumières et la contre-révolution bolchevique.
Fils d’émigrés russes, Alexandre (Sacha) Bourmeyster est né le 6 mars 1930 dans la banlieue de Lyon, à Vaulx-en-Velin, une cité ouvrière, auprès d’une usine de textiles artificiels où travaillait son père, réfugié en France après la révolution russe de 1917. Du côté paternel, il appartient à la lignée des von Buhrmeister, des Allemands de la Baltique, des militaires haut gradés, au service des tsars après l’annexion des Pays baltes par Pierre le Grand. Du côté maternel, son grand-père Alexandre Evreinov était gouverneur de la province de Penza au moment de la révolution. Sacha (Alexandre) est bilingue, russe et français. Il a acquis une double identité, une double culture par les traditions familiales russes, d’une part, et l’éducation française, de l’école primaire à l’Université, d’autre part.
Enfant de la guerre, il contracte la tuberculose et effectue deux séjours en sanatorium, en 1946-47 et en 1952-53. C’est au cours de ce deuxième séjour, au sana des étudiants de Saint-Hilaire-du-Touvet, qu’il fait la connaissance de Georges Yatridès, logé dans la chambre voisine. Une amitié fondée sur les mêmes intérêts et les mêmes goûts s’établit vite entre le Russe et le Grec, coulés dans la même civilisation en France. Sacha a un talent inné de dessinateur, il a même hésité étant jeune entre les bandes dessinées et les études universitaires; aussi est-il subjugué par les ambitions picturales de Georges Yatridès qui s’affirme d’emblée comme un novateur désireux de reconquérir un espace figuratif anéanti par les audaces d’une avant-garde nihiliste. Coloriste et graphiste, sur les traces laissées par Van Gogh, Gauguin, Les Fauves, il s’emploie à révéler l’inexprimable, ce que la représentation classique n’avait su réaliser. Les discussions passionnées qui portaient sur des ébauches, des esquisses ou des œuvres déjà achevées, se prolongent bien au-delà du séjour à Saint-Hilaire et renforcent les liens d’amitié.
Entre Grenoble et Lyon, les relations d’amitié entre Georges Yatridès le peintre et Sacha Bourmeyster l’universitaire se sont prolongées et concrétisées dans de nombreuses rencontres privées, des manifestations publiques, des publications, des préfaces à des catalogues d’exposition, des articles consacrés à l’œuvre même de Yatridès, publiés dans des revues d’Art, des catalogues, dont Yatridès, Rétrospectives 1945-1978, des essais dont Yatridès, monolithes 1957 - Kubrick 1968, les Icônes interstellaires ou Yatridès et la Bible. Dans Yatridès, monolithes 1957 - Kubrick 1968, les Icônes interstellaires, Bourmeyster démontre l'antériorité sur le fond et la forme de la Plaque de Yatridès par rapport à celle utilisée dans l'œuvre de Kubrick, 2001 l'Odyssée de l'espace.
En 2012, Bourmeyster modifie et radicalise sa vision sur l'antériorité de la Plaque de Yatridès utilisée dans l'œuvre de Kubrick, 2001 l'Odyssée de l'espace. Il affine et oppose plus nettement l'inspiration de Yatridès à celle de Clarke-Kubrick. Il décrit son opinion dans un ouvrage intitulé Yatridès, la Plaque, la Bible et la Sphère.
Mais l’ouvrage fondamental reste le livre Georges Yatridès et son siècle, l’anti-Picasso, ISBN n° 2-9507049-1-3, Dépôt légal Mars 1994 ; il est paru en 1994, mais a mûri au cours des années 1980. Les deux amis se connaissaient trop, étaient trop imprégnés par leurs échanges, pour pouvoir aborder spontanément en profondeur et en toute objectivité l’œuvre d’un Maître; ils tournaient en rond, incapables de s’arracher à une attraction mutuelle. Il a fallu ruser. Sacha proposa cette tâche à deux étudiantes en fin d’études, « informatique et communication ». Bien que décevant, leur travail permit aux deux « complices » de prendre leur distance à l’égard de Yatridès, l’ « objet » de leur recherche, et à Sacha de rédiger en toute indépendance un essai dans lequel le peintre se reconnaissait pleinement.
En décembre 2012, fidèle à une promesse faite à Yatridès, Bourmeyster lui offre une "métaphore" de sa destinée de peintre, Le Troisième Faust, une tragédie en 8 actes et 27 scènes. Cet ouvrage attend encore un éditeur ou un metteur en scène.
Pendant que Georges Yatridès compose et crée à Grenoble, sa ville natale, ou voyage à travers le monde, Bourmeyster poursuit ses études universitaires à Lyon, puis à Paris et s’engage dans une thèse de doctorat d’État sur « l’hégélianisme en Russie ». Ce sujet lui permet d’appréhender une troisième culture, la pensée germanique, nourrie de philosophie et de littérature, puis d’éclairer une problématique russe, une quête d’identité que motivent les profonds bouleversements causés par la « révolution par le haut », l’européanisation de la Russie, entreprise depuis Pierre le Grand.
En mars 1972, il soutient à la Sorbonne sa thèse de doctorat d’État « Stankevitch et l’idéalisme humanitaire des années 1830 ». (voir service de reproduction, 1974)
Entretemps, il a passé l’agrégation de russe, a enseigné le russe dans le secondaire à Grenoble, à Lille et à Lyon, puis la littérature comparée à l’Université de Lyon, au temps de la révolution étudiante de 1968 : le romantisme allemand était son domaine privilégié.
À la rentrée de 1973, il devient professeur de russe, directeur du Département de langues slaves à l’Université Stendhal de Grenoble.
En 1974, il publie 35 articulets sur des écrivains russes du XIXe et XXe siècles dans Encyclopædia Universalis.
En décembre 1975, il est l’organisateur d’un colloque international sur le 150e anniversaire du soulèvement des décembristes, à l’Institut d’études slaves à Paris, Recueil Origine et héritage du mouvement des Décembristes, Paris 1980, avec sa propre communication : « Le 1er décembre 1825, Réalité et fabulations ».
Puis nombreuses publications consacrées au XIXe siècle
1977 - « Le jeune Bakounine, premiers combats », Colloque international sur Bakounine, Institut d’études slaves à Paris.
1978 - « Les hommes de trop, les types littéraires », Canadian-American Slavic Studies, vol.14, no 2, summer 1980
1981 - « Rousseau et Dostoïevski, Confession et anti-confession », Actes du Colloque international de Nice: Rousseau et Voltaire en 1978 Editions Slatkine, Genève-Paris, 1981
1979 - « Critique littéraire et critique sociologique, la place d’Apollon Grigoriev », Séminaire de Bergamo, Méthodologie littéraire.