Ce Jour-là

Alexandra David-Néel

Exploratrice, écrivaine et anarchiste française (1868-1969)

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Louise Eugénie Alexandrine Marie David, plus connue sous le nom d’Alexandra David-Néel, née le 24 octobre 1868 à Saint-Mandé et morte le 8 septembre 1969 à Digne-les-Bains, est une orientaliste, tibétologue, chanteuse d'opéra, journaliste, écrivaine et exploratrice, féministe, anarchiste, franc-maçonne et bouddhiste française.

Elle est, en 1924, la première femme occidentale à atteindre Lhassa, capitale du Tibet, exploit dont les journaux se font l'écho un an plus tard et qui contribue fortement à sa renommée, en plus de ses qualités personnelles et de son érudition.

1868-1895 : une jeunesse en Belgique

Alexandra naît le 24 octobre 1868, fille unique de Louis David, originaire de Tours, franc-maçon issu d'une famille huguenote, instituteur (qui fut militant républicain lors de la révolution de 1848, et ami du géographe anarchiste Élisée Reclus), et d'Alexandrine Borgmans, une Belge catholique ayant des origines scandinaves et sibériennes.

Louis et Alexandrine s'étaient rencontrés en Belgique, où le maître d'école, également éditeur d'une revue républicaine, avait dû s'exiler en 1851, à la suite du coup d'État de Louis Napoléon Bonaparte. En 1859, bénéficiant de l'amnistie de Bonaparte (devenu Napoléon III), le proscrit était rentré à Paris avec Alexandrine, épousée quelques années plus tôt sur les conseils de son ami Sincère Lauly, ancien maire de Tours, franc-maçon et notaire qu'il connaissait depuis l'époque tourangelle. En Belgique, Louis et Alexandrine David avaient d'ailleurs vécu, après leur mariage, dans la même maison que la famille Lauly, de 1856 à 1859 environ.

Entre l'époux désargenté et l'épouse qui n'héritera de son père que bien plus tard, la naissance d'Alexandra, en octobre 1868, ne fait qu'augmenter les motifs de tension. Ainsi, alors que sa mère veut qu'elle reçoive une éducation catholique, son père la fait secrètement baptiser dans la foi protestante.

En 1871, révolté par l'exécution des derniers communards devant le mur des Fédérés au cimetière du Père-Lachaise à Paris, Louis David y emmène sa fille alors âgée de deux ans, Eugénie, future Alexandra, pour qu'elle voie et n'oublie jamais la férocité des hommes.

En 1873, les David s'expatrient à nouveau en Belgique. Ils s'installent en 1874 à Bruxelles, dans la commune d'Ixelles, 17 rue de Dublin puis 105 rue Faider. En dehors des cours de piano et de chant, la fillette de six ans s'absorbe dans la lecture des récits de voyage de Jules Verne et rêve de pays lointains en feuilletant l'atlas que son père lui a offert. Pour que la jeune fille reçoive une éducation rigoureuse, son père l’envoie dans un pensionnat calviniste. Vers sa dixième année, elle est victime d'une crise d'anémie, ce qui amène ses parents à l'inscrire dans un pensionnat catholique, au couvent du Bois fleuri.

Avant même l'âge de 15 ans, Alexandra s'inflige un nombre d'austérités extravagantes : jeûnes, tortures corporelles, recettes puisées dans des biographies de saints ascètes trouvées dans la bibliothèque de l'une de ses parentes, qu'elle relate dans Sous des nuées d'orage paru en 1940.

À 15 ans, en vacances avec ses parents à Ostende, elle fugue et gagne le port de Flessingue aux Pays-Bas pour essayer d'embarquer vers l'Angleterre. Le manque d'argent l'oblige à renoncer.

Durant toute son enfance et son adolescence, elle côtoie Élisée Reclus, qui l'amène à s'intéresser aux idées anarchistes de l'époque (Max Stirner, Mikhaïl Bakounine, etc.) et aux féministes qui lui inspireront la publication de Pour la vie en 1898. Elle devient d'ailleurs une libre collaboratrice de La Fronde, journal féministe créé par Marguerite Durand et géré comme une coopérative par des femmes ; elle participe également à diverses réunions du Conseil national des femmes françaises ou italiennes. Mais elle rejette en revanche certaines des positions prônées lors de ces réunions (par exemple le droit de vote pour les femmes), préférant la lutte pour l'émancipation économique. Alexandra s'éloignera d'ailleurs de ces « oiseaux aimables, au précieux plumage », ces féministes venant pour la plupart de la haute société et oubliant selon elle les dures conditions de vie auxquelles la plupart des femmes sont astreintes.

Parallèlement, à la fin du XIXe siècle, elle est initiée à la franc-maçonnerie mixte, fréquente le Droit humain de Paris et atteindra le 30e degré selon Marie-Madeleine Peyronnet.

Pour son biographe Jean Chalon, c'est au musée Guimet que naît la vocation d'orientaliste et de bouddhiste d'Alexandra David-Néel. Son intérêt pour ce musée remonte à l'inauguration de celui-ci le 20 novembre 1889. En 1889, à sa majorité (21 ans), elle se convertit au bouddhisme, notant cet événement dans son journal intime (paru en 1986 sous le titre de La Lampe de sagesse). La même année, pour se perfectionner en anglais, langue dont la maîtrise est indispensable à une carrière d'orientaliste, elle part à Londres, où elle fréquente la bibliothèque du British Museum et fait la connaissance de divers membres de la Société théosophique, dont elle devient membre, son diplôme étant daté du 7 juin 1892.

L'année suivante, elle va à Paris pour s'initier au sanskrit et au tibétain et suit les cours d'Édouard Foucaux, d'Hervey de Saint-Denis et de son successeur Édouard Chavannes, ainsi que ceux de Sylvain Lévi au Collège de France. Elle s'inscrit comme auditrice libre le 15 avril 1893 à l'École pratique des hautes études.

À l'incitation de son père, Alexandra David-Néel entre au Conservatoire royal de Bruxelles, où elle étudie le piano et le chant. Elle reçoit un premier prix de chant. Pour aider ses parents qui connaissent des revers de fortune, elle occupe, sous le pseudonyme d'Alexandra Myrial, inspiré du nom de Myriel, un personnage des Misérables de Victor Hugo, l'emploi de première chanteuse à l'opéra d'Hanoï (Indochine), durant les saisons 1895-1896 et 1896-1897. Elle y interprète le rôle de Violetta dans La traviata (de Verdi), puis chante dans Les Noces de Jeannette (de Victor Massé), Faust et Mireille (de Gounod), Lakmé (de Léo Delibes), Carmen (de Bizet), Thaïs (de Massenet). Elle entretient à cette époque des rapports épistolaires avec Frédéric Mistral et Jules Massenet.

De 1897 à 1900, elle partage au 3, rue Nicolo à Paris la vie du pianiste Jean Hautstont (nl) avec qui elle écrit Lidia, drame lyrique en un acte dont Hautstont compose la musique et Alexandra le livret.

Le 27 juin 1898, au musée Guimet, elle assiste à une cérémonie bouddhique conduite, en présence de Georges Clemenceau, par un lama mongol proche du 13e dalaï-lama, Agvan Dorjiev assisté de Buda Rabdanov (ru). Il donne également un exposé sur le bouddhisme en mongol traduit en russe par Rabdanov, puis du russe en français par Joseph Deniker. Alexandra David-Néel pose timidement quelques questions.

De 1893 à 1899, Alexandra David-Néel, qui ne fait pas mystère de ses idées féministes et anarchistes, écrit, sous le pseudonyme de Mitra (un gardien de l'ordre divin dans la littérature védique), des articles pour des revues, notamment Le Lotus bleu, la revue française de la société théosophique, et l’Étoile socialiste, revue populaire hebdomadaire du socialisme international.

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