Albrecht Dürer, né le 21 mai 1471 à Nuremberg (Saint-Empire romain germanique), où il est mort le 6 avril 1528, est un dessinateur, graveur et peintre allemand de la Renaissance, également connu comme théoricien de la géométrie et de la perspective linéaire. Prenant racine en sa ville natale, Dürer établit sa réputation et son influence à travers l'Europe dans sa vingtaine grâce à ses gravures sur bois de haute qualité. Il est en contact avec les grands artistes italiens de son temps, dont Raphaël, Giovanni Bellini et Léonard de Vinci et, à partir de 1512, il est patronné par l'empereur Maximilien Ier.
Le vaste corpus d'œuvres de Dürer comprend des gravures, sa technique préférée, des retables, des portraits et des autoportraits, des aquarelles et des livres ; la série de gravures sur bois est plus gothique que le reste de son œuvre. Ses gravures bien connues incluent les trois Meisterstiche (estampes maîtresses) Le Chevalier, la Mort et le Diable (1513), Saint Jérôme dans sa cellule (1514) et Melencolia I (1514). Ses aquarelles font de lui l'un des premiers paysagistes européens, tandis que ses gravures sur bois ont révolutionné le potentiel de ce médium.
Albrecht Dürer est un artiste ayant beaucoup voyagé, qui a connu un grand succès et réellement pensé l'art. Héritier d'une tradition nordique, il a pleinement intégré les avancées italiennes de son temps pour devenir un artiste réputé et célébré de son vivant : l'introduction par Dürer de motifs classiques dans l'art du Nord, grâce à sa connaissance des artistes de la Renaissance italienne et des humanistes allemands, lui a valu la réputation d'être l'une des figures les plus importantes de la Renaissance nordique, et plus particulièrement de la Renaissance allemande. Ceci est renforcé par ses traités théoriques, qui impliquent des principes de mathématiques, de perspective et de proportions idéales.
Il signe « Albertus Dürer Noricus », « Dürer Alemanus » ou encore le plus souvent de son monogramme. Quand il est nécessaire de le différencier de son père Albrecht Dürer l'Ancien, beaucoup moins célèbre, on dit « Albrecht Dürer le Jeune » (en allemand : « Albrecht Dürer der Jüngere »).
Son père, Albrecht Dürer l'Ancien, originaire du village d' Ajtós près de la ville de Gyula en Hongrie, est connu sous ce nom (Ajtósi Dürer Albrecht) en Hongrie. Le nom allemand « Dürer » est une traduction du hongrois « Ajtósi ». En Allemagne, il s'est d'abord appelé Thürer (fabricant de portes), ajtós en hongrois, de ajtó, signifiant porte. Une porte figure dans les armoiries acquises par la famille.
Albrecht Dürer le Jeune change ensuite « Türer » en « Dürer », pour s'adapter à la prononciation franconienne des consonnes dures usuelles à Nuremberg, et, avec la conversion en Dürer, créé la condition préalable à son monogramme, le A majuscule avec le D en dessous.
Dürer est le premier artiste important après Martin Schongauer à marquer systématiquement ses estampes d'un monogramme. Cette attribution devient bientôt un sceau d'approbation qui est également imité.
Albrecht Dürer nait le 21 mai 1471, troisième enfant et deuxième fils d'Albrecht Dürer l'Ancien et de Barbara Holper, fille de son maître l'orfèvre nurembergeois Hieronymus Holper, qui se sont mariés en 1467 et ont eu dix-huit enfants ensemble. Il naît dans une ville à l'économie prospère, qui est aussi l'un des principaux centres européens de production du livre imprimé illustré. Sur les dix-huit enfants du couple, il est l'un des trois à atteindre l'âge adulte, avec ses frères cadets, l'orfèvre Endres Dürer, né en 1484, et le graveur Hans Dürer, né en 1490, peintre à la cour de Sigismond Ier.
Albrecht Dürer l'Ancien (à l'origine Albrecht Ajtósi) est un orfèvre prospère qui, en 1455, a déménagé à Nuremberg depuis Ajtós près de Gyula en Hongrie. Il a épousé la fille de son maître, Barbara Holper, lorsqu'il a lui-même été qualifié de maître. L'un des frères d'Albrecht, Hans Dürer, est également peintre et s'est formé auprès de lui. Un autre des frères d'Albrecht, Endres Dürer, reprend l'entreprise de leur père et est un maître orfèvre.
À partir de 1475, la famille Dürer vit dans sa propre maison en contrebas du château (Burgstrasse 27, dans la maison d'angle de la rue en contrebas des Vesten, aujourd'hui Obere Schmiedgasse). Albrecht Durer décrit sa mère comme une pratiquante diligente qui punit « diligemment » et souvent ses enfants et qui, probablement affaiblie par les nombreuses grossesses, était souvent malade.
Son parrain est Anton Koberger, orfèvre devenu l'imprimeur le plus influent de la ville et l'éditeur le plus prospère d'Allemagne, possédant finalement vingt-quatre presses à imprimer et un certain nombre de bureaux en Allemagne et à l'étranger. En 1493, il édite La Chronique de Nuremberg, à laquelle il est possible que Dürer ait participé car le travail sur le projet a commencé alors qu'il était avec Wolgemut.
Selon la tradition familiale, Albrecht est lui aussi destiné au métier d'orfèvre. À 13 ans, il commence son apprentissage de trois ans et apprend à se servir du burin et de la pointe avec son père. Ce dernier est un artisan pétri du mode de pensée médiéval. Dans son travail, il reproduit des œuvres de commande où la principale recherche est l'habileté technique, la solution à un problème physique. Le jeune Dürer y développe aussi son goût pour le dessin et pour la ligne, compétences requises pour le métier d'orfèvre. Ayant lui-même effectué un voyage d'apprentissage en Flandres, son père est sans doute le tout premier à lui donner l'accès à la production des peintres flamands Jan van Eyck et Rogier van der Weyden. Il peut avoir bénéficié des réseaux de son père qui travaille aussi bien pour le Conseil de la ville que pour Frédéric III (empereur du Saint-Empire).
Un autoportrait, un dessin à la pointe d'argent, est daté de 1484 (Albertina, Vienne) « quand j'étais enfant », comme le dit son inscription ultérieure. Le dessin est l'un des premiers dessins d'enfants de toutes sortes et, en tant qu'Opus premier de Dürer, a contribué à définir son œuvre comme dérivant de lui-même et toujours liée à lui-même.
Voyant les dons de son fils pour le dessin, son père lui permet d'entrer dans l'atelier d'un peintre : le 30 novembre 1486, il devient l'apprenti de Michael Wolgemut, le peintre le plus en vue de la cité, avec un grand atelier produisant une variété d'œuvres d'art, en particulier des gravures sur bois pour des livres, avec qui il apprend à manier la plume et le pinceau, à copier et dessiner d'après nature, à peindre des paysages à l'eau et à l'huile. Il se familiarise également avec la technique de gravure sur bois. Il y reste trois ans.
Nuremberg est alors une ville importante et prospère, un centre d'édition et de nombreux métiers de luxe. Elle a des liens étroits avec l'Italie, en particulier Venise, relativement à proximité à travers les Alpes.
Dürer découvre les modèles italiens chez Wolgemut qui travaille à partir de 1493 à l'illustration de l'Archetypus Triumphantis Romae, un ambitieux projet qui ne voit pas le jour, mais pour lequel 316 bois sont gravés, qui documentent la réception précoce des modèles italiens à Nuremberg, quatre parmi les trente-six xylographies conservées étant des copies d'après Les Triomphes de Pétrarque édités à Venise par Piero de Piasi en 1492. Dix-sept autres sont des copies d'après les Tarots de Mantegna, qui attestent de la présence des originaux au sein de l'atelier de Wolgemut, auxquels Dürer a accès, comme les copies qu'il dessine en témoignent.
Premiers voyages et mariage (1490–1494)
Comme le veut la coutume allemande commune de prendre des Wanderjahre — une parenthèse utile — au cours desquelles l'apprenti acquiert des compétences d'artistes dans d'autres domaines, à l'instigation de son père, Dürer prend la route dès qu'il a terminé son apprentissage, le 11 avril 1490, après Pâques. Dürer devait passer environ quatre ans à l'extérieur. Il doit, semble-t-il, gagner Colmar pour y travailler auprès de Martin Schongauer, le plus grand graveur de l'époque. Il ne s'y rend pas directement, mais, on n'a pu qu'émettre des hypothèses sur son voyage. D'après certains indices on le suppose en Hollande et à Francfort, d'où il aurait remonté le cours du Rhin pour arriver à Colmar en 1492. Il y arrive trop tard : Schongauer est mort le 2 février 1491. Dürer est accueilli par les frères de Schongauer, les orfèvres Caspar et Paul et le peintre Ludwig. En 1493, Dürer se rend à Strasbourg, où il aurait fait l'expérience de la sculpture auprès de Nicolas Gerhaert de Leyde. Il peint son premier autoportrait (maintenant au musée du Louvre) à cette époque, probablement pour être envoyé à sa fiancée à Nuremberg.