Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, né le 26 août 1819 au château de Rosenau près de Cobourg et mort le 14 décembre 1861 au château de Windsor, est prince consort du Royaume-Uni en tant qu'époux de la reine Victoria à partir de leur mariage le 10 février 1840 jusqu'à sa mort en 1861.
Né dans le duché allemand de Saxe-Cobourg-Saalfeld dans une maison souveraine apparentée à plusieurs maisons régnantes européennes, il épouse à l'âge de 20 ans sa cousine germaine, la reine Victoria du Royaume-Uni, avec laquelle il a neuf enfants. S'il doit attendre quinze ans avant d'être officiellement prince consort, ce qui n'apporte pas de pouvoir particulier, il soutient rapidement plusieurs causes telles que la réforme de l'éducation ou l'abolition de l'esclavage et prend la responsabilité de la gestion des propriétés de la reine. Il est également très investi dans l'organisation de l'Exposition universelle de 1851 qui a lieu au Royaume-Uni.
Victoria dépend de plus en plus du soutien et des conseils d'Albert. Il contribue ainsi au développement de la monarchie constitutionnelle britannique en persuadant sa femme d'être moins partisane dans ses relations avec le Parlement, bien qu'il soit activement en désaccord avec la politique étrangère interventionniste menée pendant le mandat de Lord Palmerston en tant que ministre des Affaires étrangères.
La mort du prince consort en 1861, à l'âge de 42 ans, affecte profondément la reine qui sombre dans un état de deuil profond et porte du noir pour le reste de sa vie. Trente-neuf ans plus tard, en 1901, la mort de la reine porte sur le trône leur fils aîné qui prend le nom d'Édouard VII, devenant le premier monarque du Royaume-Uni issu de la maison de Saxe-Cobourg et Gotha.
Le prince Albert naît le 26 août 1819 au château de Rosenau, près de Cobourg, dans le duché de Saxe-Cobourg-Saalfeld. Il est le second fils du duc Ernest III de Saxe-Cobourg-Saalfeld et de sa première épouse, la princesse Louise de Saxe-Gotha-Altenbourg. La future épouse d'Albert, Alexandrina Victoria, est née quelques mois plus tôt la même année, grâce à l'assistance de la même sage-femme, Charlotte von Siebold. Albert est baptisé au sein de l'Église protestante luthérienne le 19 septembre 1819 au château de Rosenau avec de l'eau prélevée dans la rivière Itz. Ses parrains et marraine sont sa grand-mère paternelle, la duchesse douairière de Saxe-Cobourg-Saalfeld, son grand-père maternel, le duc de Saxe-Gotha-Altenbourg, l'empereur d'Autriche François Ier, le duc Albert de Saxe-Teschen et son oncle le comte Emmanuel de Mensdorff-Pouilly.
En 1825, la mort de son grand-oncle Frédéric IV de Saxe-Gotha-Altenbourg entraîne une réorganisation des duchés saxons. L'année suivante le père d'Albert devient premier duc de Saxe-Cobourg et Gotha.
Albert et son frère aîné Ernest sont très proches pendant leur enfance, cependant leur relation est gâchée par le mariage tumultueux de leurs parents qui s'achève par une séparation et un divorce. En 1824, alors qu'il a à peine 5 ans, sa mère est exilée de la cour puis épouse son amant, Alexander von Hanstein. Elle ne reverra plus ses enfants et meurt d'un cancer à l'âge de 30 ans en 1831. L'année suivante, son père se remarie avec sa propre nièce, la duchesse Marie de Wurtemberg. Elle ne prend néanmoins pas part à l'éducation de ses beaux-fils.
Les deux frères reçoivent une éducation soignée, d'abord à domicile par Johann Christoph Florschütz, puis, en 1836, durant dix mois, à Bruxelles, où le mathématicien Adolphe Quetelet, l'un de leurs tuteurs, est chargé d'enseigner aux jeunes gens les statistiques et l'application de la loi des probabilités aux phénomènes sociaux et politiques. Les princes sont également instruits à l'art militaire, à la littérature anglaise et à la langue française. Comme beaucoup d'autres princes allemands, Albert intègre en avril 1837 l'université de Bonn où il étudie entre autres les sciences politiques, la philosophie, l'histoire et l'économie. Il fait de la musique et pratique des sports comme l'escrime et l'équitation. Les professeurs d'Albert à Bonn, où il demeure jusqu'à la fin de l'année 1838, sont notamment le philosophe Immanuel Hermann von Fichte et le poète Auguste Schlegel.
Premières évocations d'un mariage
L'idée d'un mariage entre le prince Albert et sa cousine germaine, la princesse Alexandrina Victoria de Kent, est pour la première fois évoquée dans une lettre de 1821 de sa grand-mère paternelle, la duchesse douairière de Saxe-Cobourg-Saalfeld, dans laquelle elle le qualifie de « prétendant de la belle cousine ». En 1836, l'idée émerge dans l'esprit de leur ambitieux oncle Léopold Ier, roi des Belges depuis 1831. À ce moment-là, Victoria est l'héritière du trône britannique. Son père, le prince Édouard-Auguste de Kent, le quatrième fils du roi George III, est mort lorsqu'elle était enfant, et son oncle, le roi Guillaume IV n'a pas d'enfants légitimes survivants. Sa mère, la duchesse de Kent, est à la fois la sœur du père d'Albert, le duc de Saxe-Cobourg-Gotha, et du roi Léopold. Pour le roi des Belges, un mariage entre son neveu et sa nièce signifierait la présence d'un Cobourg à Londres et renforcerait les bonnes relations entre la Belgique, royaume récent, et la séculaire monarchie britannique.
Présentation de Victoria à Albert
En mai 1836, Léopold prend ses dispositions pour que sa sœur, la mère de Victoria, invite le duc de Saxe-Cobourg-Gotha et ses deux fils à lui rendre visite, dans le but de rencontrer Victoria. Si la duchesse de Kent est favorable au projet de mariage de sa fille avec un membre de sa maison, Guillaume IV est réticent vis-à-vis d'une union avec les Cobourg, une famille qu'il déteste, et préfère le parti d'Alexandre des Pays-Bas, le second fils du prince d'Orange. Victoria est consciente des divers projets matrimoniaux la concernant, et elle évalue de manière critique les différents candidats. Selon son journal, elle apprécie la compagnie d'Albert dès leur première rencontre. Après sa visite, elle écrit : « [Albert] est extrêmement beau ; ses cheveux sont de même couleur que les miens ; ses yeux sont grands et bleus et il a un beau nez et une bouche très douce avec de belles dents ; mais le charme de sa contenance est son atout le plus délicieux. » À l'inverse, le prince Alexandre est jugé « très quelconque ».
Victoria écrit alors à son oncle Léopold, qu'elle considère comme son « meilleur et plus gentil conseiller », pour le remercier « de la perspective de l'immense bonheur que vous avez contribué à me donner en la personne de ce cher Albert… Il possède toutes les qualités qui pourraient être désirées pour me rendre parfaitement heureuse. Il est si raisonnable, si gentil et si bon et si aimable aussi. Il a en plus l'apparence et l'extérieur les plus plaisants et les plus délicieux qu'il vous est possible de voir ». À 17 ans, Victoria, bien qu'intéressée par Albert, n'est cependant pas prête à se marier. Les deux parties ne s'accordent pas sur un engagement formel mais supposent que l'union se ferait en temps et en heure.
Dès le début de leur relation, Albert et Victoria se découvrent une passion commune pour le patin à glace, le futur prince aimant jouer au hockey et conduire la future reine en traîneau : « Nous sommes descendus à Frogmore et Albert m'a poussée dans un fauteuil sur la glace, ce qui était délicieux et allait avec une telle rapidité. Ensuite, j'ai marché pendant qu'Albert et les autres faisaient du patin à glace, et je les ai regardés jouer au hockey ». Quelques années plus tard, en février 1841, cette passion a failli coûter la vie à Albert. Lors d'une promenade à patins sur le lac gelé du Buckingham Palace, la glace se fissure et Albert tombe dans l'eau gelée, mais Victoria parvient à le sauver : « Le lac se fissura et Albert était dans l'eau jusqu'à la tête, même pour un instant en dessous. […] Jamais je n'ai ressenti quelque chose d'aussi affreux que de voir mon bien-aimé dans l'eau, pensant, comme je le faisais, que je le perdrais devant mes yeux, incapable de le secourir ! »