Albert Sarraut, né le 28 juillet 1872 à Bordeaux (Gironde) et mort le 26 novembre 1962 à Paris (Seine), est un homme d'État français.
Fils d'Omer Sarraut, maire de Carcassonne en 1887, diplômé en droit, il devient député radical-socialiste et s'implique particulièrement dans la gestion des colonies françaises. Gouverneur général de l'Indochine à deux reprises, puis ministre des Colonies, il est l'un des principaux inspirateurs de la politique coloniale de l'entre-deux-guerres. Il dirige en outre deux éphémères gouvernements de la IIIe République. Ministre de l'intérieur à plusieurs reprises, il dissout l'Action française, instaure au sein du gouvernement Daladier la politique de « discrimination » des « indésirables » et ouvre les camps d'internement, où passeront plusieurs dizaines de milliers de républicains réfugiés de la guerre d'Espagne et des « Juifs » fuyant l'Allemagne nazie. Il vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain en juillet 1940.
Frère de Maurice Sarraut, le directeur de La Dépêche de Toulouse assassiné par la Milice en 1943, il est déporté à son tour au début de l'année 1944 mais survit. Membre de l'Académie des beaux-arts de 1953 à 1962, il préside sous la IVe République l'Assemblée de l'Union française de 1951 à 1958.
Né le 28 juillet 1872 à Bordeaux (Gironde) et mort le 26 novembre 1962 à Paris (Seine), Albert Sarraut est élu député de l'Aude, le Midi rouge, en avril 1902 sur un programme anticlérical qui permet aux radicaux d'obtenir le soutien des socialistes, « [...] arracher le chiendent clérical et l'ortie césarienne. » Il sera réélu jusqu'en 1924.
En février 1905, il devient l'un des douze secrétaires du comité exécutif du Parti républicain, radical et radical-socialiste. Le 3 juillet, il vote la loi de séparation de l'Église et de l'État, qui sera promulguée le 9 décembre 1905.
À la séance du 13 juillet 1906 à la Chambre des députés votant le projet de loi réintégrant dans l'armée avec avancement le capitaine Dreyfus et le colonel Picquart, il est question de poursuites judiciaires à l'encontre du général Mercier et ses complices. Le député nationaliste de Paris Paul Pugliesi-Conti hurle au « gouvernement de misérables ». Au cours d'une échauffourée générale, il reçoit du sous secrétaire Sarraut une gifle et demande réparation. Le duel a lieu deux heures plus tard à Ville-d'Avray. Clemenceau est directeur du combat et Sarraut s'enferre d'emblée sur l'épée de son adversaire. Grièvement blessé au poumon, il reste alité six semaines.
Sur le plan international, il est de 1911 à 1914 et de 1917 à 1919 gouverneur général de l'Indochine et travaille à cette occasion avec Albert Lebrun, ministre des Colonies de 1911 à 1913. Ses deux mandats à la tête de l'Indochine française sont marqués par une volonté d'introduire davantage d'éléments de démocratie dans le système colonial, notamment en donnant davantage de place aux élites indigènes. Il réforme l'administration, développe le système éducatif en Indochine et donne davantage de possibilités aux Indochinois d'intégrer la fonction publique.
La doctrine Sarraut pour les colonies
Au début des années 1920, Sarraut, alors ministre des Colonies, conçoit un plan de mise en valeur des colonies qui, s'il ne fut pas mis en pratique, marque l'intérêt renouvelé des autorités pour le développement des colonies. Le plan à proprement parler est déposé à la Chambre en 1921.
Sarraut justifie le fait colonial dans son ouvrage La mise en valeur des colonies françaises. Pour lui, la mise en valeur économique est le prolongement de la mission civilisatrice du colonisateur. Ce discours reflète la bonne conscience républicaine. Sarraut a pour ambition de créer dans chaque colonie des « pôles de développement » et prévoit de larges programmes d'investissement. Il préconise en conséquence un programme d'investissement sanitaire et social. Mais ni l'un ni l'autre de ces deux projets ne sera mené, faute de budget.
Le 16 avril 1922, jour de Pâques, il inaugure l'Exposition coloniale de Marseille.
De 1925 à 1926, il est nommé ambassadeur de France en Turquie.
En 1914, il est ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts dans le cabinet de René Viviani. En octobre 1915, à la chute de celui-ci, il s'engage et il est envoyé au front sur sa demande, comme sous-lieutenant d'infanterie dans le 367e régiment d'infanterie. Il tient, de décembre 1915 à juillet 1916, les tranchées au Bois-le-Prêtre. De son passage dans ce bois, reste un ensemble de photographies.
Une longue carrière ministérielle dans l'entre-deux-guerres
Sur le plan national, Sarraut exerce une longue carrière ministérielle, qui l'amène par deux fois à occuper la présidence du Conseil :
du 26 octobre 1933 au 24 novembre 1933 : voir gouvernement Sarraut Isuccédant à Édouard Daladier (1er gouvernement), étant à son tour remplacé par Camille Chautemps (2e gouvernement) ;
du 24 janvier 1936 au 4 juin 1936 : voir gouvernement Sarraut IIsuccédant à Pierre Laval (4e gouvernement), et étant à son tour remplacé par Léon Blum (1er gouvernement).
Le 7 mars 1936, Hitler dénonce les accords de Locarno et décide, en violation flagrante du traité de Versailles, de faire occuper la Rhénanie par la Wehrmacht, alors que ce territoire devait rester démilitarisé. L'ambassadeur de France à Berlin, André François-Poncet, prévient Paris du coup de force en préparation. Sarraut déclare qu'il n'est pas « disposé à laisser Strasbourg sous les canons allemands » et souhaite répondre par la force à l'agression de Hitler. Toutefois, se heurtant au refus du Royaume-Uni de se joindre à la France et devant l'événement capital du premier tour des élections législatives prévu le 26 avril suivant, Sarraut en reste là. Les conséquences de cet abandon seront désastreuses, aussi bien pour la France que pour la paix du monde.