Albert Kesselring (30 novembre 1885 - 16 juillet 1960) est un Generalfeldmarschall allemand de la Luftwaffe pendant la Seconde Guerre mondiale. Durant sa carrière militaire qui s'étendit sur les deux guerres mondiales, Kesselring devint l'un des commandants les plus décorés du Troisième Reich, étant l'un des 27 soldats ayant reçu la croix de chevalier de la croix de fer avec feuilles de chêne, glaives et brillants. Surnommé « Albert le souriant » par les Alliés et « oncle Albert » par ses hommes, il est l'un des généraux allemands les plus populaires de la Seconde Guerre mondiale.
Kesselring rejoint l'armée bavaroise en tant qu'aspirant en 1904 et sert dans l'artillerie. Il termine son apprentissage comme observateur embarqué en ballon en 1912. Durant la Première Guerre mondiale, il combat sur les fronts de l'Ouest et de l'Est et entre à l'état-major, quoiqu'il ne soit pas diplômé de l'académie de guerre de Bavière. Kesselring reste dans l'armée après la guerre mais est libéré en 1933 pour devenir directeur du département administratif du ministère de l'Aviation du Reich où il participa à la reconstruction de l'industrie aéronautique et à la recréation de la Luftwaffe dont il est le chef d'état-major entre 1936 et 1938.
Au début la Seconde Guerre mondiale, il commande les forces aériennes allemandes lors de l'invasion de la Pologne et de la France, dans la bataille d'Angleterre et dans l'opération Barbarossa. En décembre 1941, il prend le commandement de toutes les armées allemandes pour l'Europe du Sud et participe aux combats du théâtre Méditerranée, où il oppose une résistance tenace aux Alliés, lors de la campagne d'Italie, jusqu'à ce qu'il soit blessé dans un accident en octobre 1944. À la fin de la guerre, il commande les forces allemandes sur le front de l'Ouest. Il gagne le respect de ses adversaires pour ses actions militaires mais sa carrière est entachée par les massacres commis par les troupes sous son commandement en Italie.
Après la guerre, Kesselring est jugé pour crimes de guerre et condamné à mort mais sa peine est commuée en emprisonnement à perpétuité. Une campagne médiatique entraîne sa libération en 1952 pour raisons de santé. Il est l'un des trois seuls Generalfeldmarschall à avoir publié ses mémoires, intitulés Soldat bis zum letzten Tag (« Soldat jusqu'au dernier jour »).
Albert Kesselring est né à Marktsteft en Bavière le 30 novembre 1885. Il était le fils de Carl Adolf Kesselring, instituteur et conseiller municipal, et de son épouse Rosina, cousine germaine de Carl. Albert passa son enfance à Marktsteft où sa famille possédait une brasserie depuis 1688.
Diplômé du lycée Christian-Ernest (de) de Bayreuth en 1904, Kesselring rejoignit l'armée allemande en tant que Fahnenjunker (aspirant) dans le 2e régiment d'artillerie à pied royal bavarois. Le régiment était stationné à Metz et était responsable de l'entretien des fortifications. Il resta dans le régiment jusqu'en 1915 sauf durant son passage à l'académie militaire de 1905 à 1906 dont il sortit avec le grade de Leutnant (« lieutenant ») et à l'école d'artillerie et d'ingénierie de Munich de 1909 à 1910.
Kesselring épousa Luise Anna Pauline (Liny) Keyssler (1887-1957), la fille d'un apothicaire de Bayreuth, en 1910. Le couple passa sa lune de miel en Italie. Ils n'eurent pas d'enfants mais en 1913, ils adoptèrent Rainer, le fils de Kurt Kesselring, un cousin germain d'Albert. En 1912, Kesselring termina son apprentissage en tant qu'observateur dans une section de ballons d'observation, un premier signe de son intérêt pour l'aviation. Les supérieurs de Kesselring envisagèrent d'en faire un instructeur à l'école d'artillerie et d'ingénierie du fait de son expertise dans « les relations entre tactiques et technologies ».
Durant la Première Guerre mondiale, Kesselring servit avec son régiment en Lorraine jusqu'à la fin de l'année 1914 avant d'être transféré dans le 1er régiment d'artillerie de Bavière. Le 19 mai 1916, il fut promu Hauptmann (« capitaine ») et la même année, il fut à nouveau transféré dans le 3e régiment d'artillerie de Bavière. Il se distingua lors de la bataille d'Arras en 1917 en repoussant une attaque britannique. Pour son service sur le front de l'Ouest, il reçut la croix de fer de 1re et 2e classe.
En 1917, détaché à l'état-major, il servit sur le front de l'Est dans l'état-major de la 1re division bavaroise avant de retourner sur le front de l'Ouest en 1918 en tant qu'officier d'état-major des IIe et IIIe corps bavarois.
À la fin de la guerre, Kesselring participa à la démobilisation, imposée par le traité de Versailles, du IIIe corps bavarois se trouvant dans la région de Nuremberg. Une dispute avec le chef du Freikorps local entraîna l'émission d'un mandat d'arrêt pour son implication présumée dans un putsch contre le commandant du IIIe corps bavarois et Kesselring fut emprisonné. Il fut rapidement libéré mais son supérieur, le major Hans Seyler, le condamna pour « ne pas avoir montré la discrétion demandée ».
De 1919 à 1922, Kesselring fut commandant d'une batterie d'artillerie dans le 24e régiment d'artillerie. Il rejoignit la Reichswehr le 1er octobre 1922 et fut affecté au département d'entraînement du ministère de la Défense à Berlin. Il resta à ce poste jusqu'en 1929 avant de retourner en Bavière en tant que commandant du district militaire VII à Munich. Au sein du ministère de la Défense, Kesselring fut impliqué dans l'organisation de l'armée dont il réduisit les effectifs pour former la meilleure armée possible avec les ressources limitées disponibles. Il réforma le département du matériel militaire et posa les bases des efforts de recherche et développement pour produire de nouvelles armes et tactiques. Il participa aux manœuvres militaires secrètes en Union soviétique en 1924 et dans le prétendu « Grand Plan » visant à créer une armée de 102 divisions qui fut préparé en 1923 et 1924. En 1930, Kesselring fut promu oberstleutnant (« lieutenant-colonel ») et passa deux ans à Dresde avec le 4e régiment d'artillerie.
Contre sa volonté, Kesselring fut renvoyé de l'armée le 1er octobre 1933 et fut nommé directeur du département administratif du commissariat à l'Aviation du Reich (Reichskommissariat für die Luftfahrt), l'ancêtre du ministère de l'Aviation du Reich (Reichsluftfahrtministerium), avec le grade d'oberst (« colonel »). Comme le traité de Versailles interdisait à l'Allemagne d'avoir une force aérienne, le commissariat était une agence civile et la Luftwaffe ne fut formellement établie qu'en 1935. En tant que chef de l'administration, il fut impliqué dans la recréation de l'industrie aéronautique, la construction d'usines secrètes, la formation d'alliances avec les industriels et les ingénieurs aéronautiques. Il fut promu generalmajor (« major-général ») en 1934 et generalleutnant (« lieutenant-général ») en 1936. Comme les autres généraux du Troisième Reich, il recevait des paiements personnels d'Adolf Hitler ; 6 000 RM dans le cas de Kesselring, une somme considérable pour l'époque.
Il apprit à voler à 48 ans car il considérait qu'une connaissance personnelle de tous les aspects de l'aviation était cruciale pour pouvoir commander des aviateurs même s'il était conscient que les retardataires comme lui n'impressionnaient pas les vieux pionniers ou les jeunes pilotes. Il s'exerça sur divers appareils monomoteurs ou multimoteurs et continua de voler trois ou quatre jours par semaine jusqu'en mars 1945. Ses vols l'emmenaient parfois au-dessus des camps de concentration d'Oranienburg, de Dachau et de Buchenwald.
Après la mort du lieutenant-général Walther Wever dans un accident aérien, Kesselring devint le chef d'état-major de la Luftwaffe le 3 juin 1936. À ce poste, il supervisa l'expansion de la Luftwaffe, l'acquisition de nouveaux appareils comme le Messerschmitt Bf 109 et le Junkers Ju 87 et le développement des troupes aéroportées. Comme de nombreux autres anciens officiers de l'armée, il tendait à considérer que la puissance aérienne se trouvait dans le rôle tactique de l'aviation et son soutien aux opérations terrestres. Kesselring et Hans-Jürgen Stumpff, sont généralement accusés d'avoir délaissé le bombardement stratégique en faveur de l'appui aérien rapproché avec l'armée. Il semble cependant que les deux plus grands défenseurs du bombardement tactique étaient en réalité Hugo Sperrle et Hans Jeschonnek. Ces hommes étaient des aviateurs professionnels impliqués dans les services aériens allemands dès le début de leurs carrières. Le rôle tactique de la Luftwaffe ne fut pas imposé par les pressions de l'armée ou par d'anciens membres de l'armée comme Kesselring mais plutôt parce qu'il convenait à l'approche existante de la Luftwaffe en faveur d'opérations interarmes. De plus, de nombreux commandants de la Luftwaffe pensaient que les bombardiers moyens étaient suffisamment puissants pour mener des opérations de bombardement stratégique contre les ennemis les plus probables de l'Allemagne : le Royaume-Uni et la France.