L'Albanie, en forme longue la république d'Albanie (en albanais : Shqipëria et Republika e Shqipërisë /ɾɛpuˈblika ɛ ʃcipəˈɾiːsə/, en traduction littérale le « pays des aigles »), est une république située en Europe du Sud, dans la partie occidentale de la péninsule des Balkans. Elle possède une façade maritime à l'ouest, donnant sur la mer Adriatique et la mer Ionienne ; l'Italie est distante de quatre-vingts kilomètres via le canal d'Otrante. L'Albanie possède également des frontières communes avec le Monténégro au nord-ouest, avec le Kosovo au nord-est, avec la Macédoine du Nord à l'est, et avec la Grèce au sud-est.
Constitutionnellement, le pays a un régime politique de type démocratie parlementaire. Sa capitale, Tirana, est aussi sa plus grande ville (558 000 habitants en 2018). En 2009, l'Albanie adhère à l'OTAN et pose officiellement sa candidature à l'Union européenne, candidature reconnue par le Conseil européen le 27 juin 2014.
Sa langue officielle est l'albanais. De nombreux albanophones vivent aussi dans le Kosovo voisin (où ils sont majoritaires), dans l’Ouest de la Macédoine du Nord, au Monténégro (Ulcinj), dans le Sud de la Serbie centrale (vallée de Preševo, Medveđa), en Grèce (Chameria) et en Italie du Sud (Arberèches). La langue albanaise compte sept millions de locuteurs alors que le pays n'a que trois millions d'habitants ; d'autres communautés issues d'une émigration récente existent en Europe occidentale et aux États-Unis.
C'est au cours du Néolithique que l'on relève les premiers signes de peuplement sédentaire de l'Albanie. Dans l'Antiquité, le pays était peuplé d'Illyriens, hellénisés sur la côte et dans le Sud au VIIe siècle av. J.-C. Au IIIe siècle av. J.-C., l'actuelle Albanie fait partie de la Macédoine, puis, au IIe siècle av. J.-C., de l'Empire romain, devenu byzantin en se christianisant. Au Moyen Âge, l'actuelle Albanie est la principale composante du despotat d'Épire avant de s'émanciper au XVe siècle sous la bannière de Skanderbeg. Devenue pour quatre siècles une province ottomane, mais subissant l'influence vénitienne sur la côte, l'Albanie se partage alors entre le christianisme (catholique sur la côte, orthodoxe dans le Sud) et l'islam (hanafite qui devient majoritaire, ou bektachi). Sous l'égide de l'Autriche-Hongrie et de son envoyé l'albanologue Franz Nopcsa, le pays proclame son indépendance en 1912. Ses frontières actuelles ont été fixées en 1919, à la suite du traité de Versailles. Le pays est occupé par l'Italie fasciste entre 1939 et 1944 avant de faire partie intégrante du bloc de l'Est en devenant la République populaire socialiste d'Albanie jusqu'en 1991.
Préhistoire, protohistoire et Antiquité
Les nombreux sites archéologiques témoignent d'une population sédentaire en Albanie depuis le néolithique. Les origines des Albanais sont clairement indo-européennes mais les détails de leur ethnogenèse sont discutés : la thèse officielle de l'historiographie albanaise en fait des autochtones plus ou moins exclusivement issus des peuples que l'historien grec Hérodote appelait au milieu du Ve siècle av. J.-C. « Pélasges », et plus précisément des Illyriens, mais d'autres thèses, se basant sur les éléments linguistiques, y adjoignent aussi des influences thraco-daces, avec des apports carpiens, romans, slaves et turcs. Beaucoup de chercheurs albanais affirment que le peuple albanais descend directement d'une tribu illyrienne : les « Albani » ou « Albanët », vivant déjà dans l'Albanie d'aujourd'hui et issus des Pélasges, qui auraient vécu là depuis des milliers d'années avant Jésus Christ.
Quoi qu'il en soit, dans l'Antiquité, le territoire de l'Albanie actuelle était habité par des peuples indo-européens en majorité illyriens, mais pour partie hellénisés : Ardiéens, Bryges, Chaoniens, Enchéléiens, Parthénies et Taulantiens. Vers le VIIe siècle av. J.-C. sont fondées d'importantes colonies grecques sur la côte, comme Orikos, Aulon (aujourd'hui Vlorë), Apollonie, Epidamnos (aujourd'hui Durrës), et Lissos (aujourd'hui Lezhë).
Les royaumes illyriens sont unifiés en 385 av. J.-C. par Bardylis Ier, roi des Enchéléiens. L'État qui résulte de cette unification atteint l'apogée de sa puissance sous les règnes du roi Agron puis de sa femme, la régente Teuta. La capitale de ce royaume était la ville de Scutari (située au nord de l'Albanie actuelle) au milieu du IIIe siècle av. J.-C. Il s'étendait de la côte dalmate jusqu'à l'Albanie centrale en passant par les territoires actuels de l'Herzégovine, du Monténégro, de la Serbie méridionale et du Kosovo. Pline l'Ancien emploie l'expression « Illyrii proprie dicti » (Illyriens proprement dits) pour désigner les populations qui y vivaient. Ce royaume arma des navires corsaires, mettant ainsi en danger le commerce de la République romaine qui réagit : en 168 av. J.-C., Rome conquiert l’Illyrie, qui reste sous son autorité pendant plus de cinq siècles, devenant un carrefour routier et maritime reliant Rome et Constantinople par la via Egnatia. Pendant cette période, les ports de Dyrrachium (Durrës), Apollonie ou Oricum se transforment en d’importantes places commerciales.
La division de l'Empire romain en 395 partage l’Illyrie entre l’Empire romain d'Occident (à l’ouest d’une ligne suivant la Drina et allant des sources de celle-ci aux bouches de Kotor) et l’Empire romain d’Orient (à l’est de cette ligne). Les provinces illyriennes sont dévastées par les tribus nomades des Goths au IVe siècle et des Huns au Ve siècle. Au VIIe siècle arrivent les Slaves méridionaux (futurs Croates, Serbes et Bulgares) qui absorbent en partie les populations illyriennes, mentionnées pour la dernière fois sous cette dénomination dans Miracula Sancti Dimitrii au VIIe siècle.
Les Albanais modernes sont mentionnés pour la première fois au XIe siècle par l'historien byzantin Michaelis Attaleiates dans son Histoire qui cite des Albanoï ayant participé à un soulèvement contre Constantinople en 1043, et des Arbanitai qui étaient des habitants du duché de Dyrrachion (Durrës), la nouvelle Épire. Vers 1081, un autre historien, Ioannis Scylitzes, évoque des Arvanites (dénomination grecque des Albanais orthodoxes) qui constituent une partie des troupes réunies par le duc de Durrës, Nicéphorus Basilacius, en rébellion contre Constantinople. Mention des Albanais est faite aussi au XIe siècle dans la chronique d'Anne Comnène, la fille de l'empereur byzantin Alexis Ier Comnène. Ce dernier est alors confronté à l'invasion normande conduite par Robert Guiscard. Ce conquérant sera battu à Shën Koll (Saint-Nicolas), près de Durrës, et selon la chronique il aurait pu vaincre « s'il avait attendu les Arvanites ». Replié ensuite vers Ohrid, il aurait donné le commandement de la place de Durrës au komiskort (seigneur) de l'Arbanon.
De 1272 aux années 1280, la région se trouve sous le contrôle de Charles d'Anjou (frère de Saint Louis, installé d'abord en Sicile), qui se proclame rex Albaniæ. Le territoire de ce royaume a la forme d'un rectangle dont les sommets sont aujourd'hui à Bar (Monténégro) (anciennement Tivar), Prizren (Dardanie), Ohrid et Vlora (Sud de l'Albanie actuelle). Cela ne correspond qu'à une partie seulement du territoire sur lequel vivaient les tribus identifiées comme illyriennes dans l'Antiquité.
Les Normands, qui gouvernaient le Sud de l'Italie, conquirent Durrës en 1081. Les Byzantins reconquirent l'Albanie en 1083. Des Normands y retournèrent en 1107 et encore en 1185 mais furent rapidement expulsés. En 1190, le prince albanais Progon (en) réussit à instaurer un État indépendant qui se maintient jusqu’au milieu du XIIIe siècle. Le Second Empire bulgare, qui atteint son apogée sous le règne d'Ivan Assen II (1218-1241), chutera à la mort de celui-ci. Un siècle plus tard, un empire serbe atteint son apogée au milieu du XIVe siècle, sous le règne d'Étienne IV Douchan (1331 à 1355), période pendant laquelle une partie du Nord de l'Albanie (jusqu'à Durrës où commençaient les territoires appartenant à la république de Venise) est sous sa domination (treize ans).