Alain Delon est un acteur, réalisateur, chanteur et producteur franco-suisse, né le 8 novembre 1935 à Sceaux (Seine) et mort le 18 août 2024 à Douchy-Montcorbon (Loiret).
Figure emblématique et icône du cinéma européen, il est l'un des acteurs français les plus célèbres, représentatifs et influents, tant en France qu'à l'étranger.
Révélé par Plein Soleil (1960) de René Clément, qui le propulse au rang de sex-symbol, Alain Delon enchaîne avec Rocco et ses frères (1960) et Le Guépard (1963). Ces deux chefs-d'œuvre de Luchino Visconti consacrent la renommée internationale de l'acteur français. Devenu une star mondiale, Delon est courtisé par Hollywood, mais ses expériences américaines, peu concluantes, le poussent à renoncer à une carrière outre-Atlantique. Il incarne ensuite l'archétype du polar français, interprétant des personnages froids et énigmatiques dans des films tels que Mélodie en sous-sol, Le Samouraï, Le Clan des Siciliens, Le Cercle rouge, ou Un flic. Son jeu intense et épuré, marqué par une sobriété captée et sublimée par Jean-Pierre Melville, influence plusieurs générations de cinéastes.
Son éclectisme l'amène à explorer des genres variés : le mélodrame avec La Piscine, le drame avec L'Éclipse, le film historique avec Monsieur Klein, le film d'aventures avec Les Aventuriers, le film politique avec Deux Hommes dans la ville, le western avec Soleil rouge et Zorro, ou encore le thriller psychologique avec Le Professeur. Dans les années 1980, Delon poursuit sa carrière au cinéma tout en se tournant davantage vers la réalisation et la production. À partir des années 1990, il fait des apparitions ponctuelles, comme dans Une chance sur deux, où il retrouve Jean-Paul Belmondo, son rival et complice à l'écran depuis Borsalino, ou encore dans Les Acteurs (2000), où il est invité par Bertrand Blier à jouer son propre rôle d'acteur mélancolique. Son apparition dans Astérix aux Jeux olympiques (2008) marque l'un de ses derniers rôles au cinéma, où il joue avec autodérision sur sa propre image.
Delon mène aussi une carrière à la télévision, avec des séries et téléfilms à forte audience (Fabio Montale et Frank Riva).
Alain Delon connaît ses plus grands succès au box-office français entre le début des années 1960 et le milieu des années 1970. Sur la période 1956-1990, il cumule 55,8 millions d'entrées, se classant 6ᵉ parmi les acteurs français derrière Louis de Funès, Bourvil, Belmondo, Jean Gabin et Fernandel. Les films auxquels il participe attirent plus de 136 millions de spectateurs en France, auxquels s'ajoutent plusieurs dizaines de millions d'entrées à l'étranger. Plusieurs de ses œuvres comptent parmi les plus grands succès du cinéma français et italien, tant sur le plan critique que commercial, et Delon demeure l'un des acteurs français les plus reconnus à l'international. Quatre films dans lesquels il tient un rôle principal figurent dans l'ouvrage de référence 1001 films à voir avant de mourir : Rocco et ses frères, L'Éclipse, Le Guépard et Le Samouraï.
Nommé en 1963 au Golden Globe de la révélation masculine pour Le Guépard, il reçoit en 1972 un David di Donatello spécial pour l'ensemble de sa carrière, ainsi qu'un Ours d'or d'honneur au Festival de Berlin. Il obtient également des prix d'honneur dans plusieurs festivals internationaux et la Palme d'honneur au Festival de Cannes en 2019. Monsieur Klein, qu'il coproduit, obtient le César du meilleur film et lui vaut une nomination au César du meilleur acteur. Il est également nommé pour Mort d'un pourri, avant de remporter cette distinction pour Notre histoire.
Origines, enfance et adolescence (1935-1953)
Alain Fabien Maurice Marcel Delon naît le 8 novembre 1935, à 3h25, à Sceaux, dans l'ancienne Seine (aujourd'hui Hauts-de-Seine). Il est le fils de Fabien Delon (1904-1977), projectionniste au cinéma Le Régina Palace de Bourg-la-Reine, et d'Édith Arnold (1911-1995), employée à la pharmacie Martin-Lavigne dans la même ville. Sa famille appartient à la petite bourgeoisie.
Les Delon sont originaires de Saint-Vincent-Lespinasse, dans le Tarn-et-Garonne, et leur lignée remonte à Jean Delon, né au XVe siècle. L'arrière-grand-père paternel d'Alain, Fabien Delon (Saint-Vincent-Lespinasse, 28 décembre 1829 - Figeac (Lot), 12 décembre 1909), ingénieur des ponts et chaussées, fut fait chevalier de la Légion d'honneur le 8 août 1892. Sa grand-mère paternelle, Marie-Antoinette Evangelista (née en 1867 à Prunelli-di-Fiumorbo), d'origine corse, épouse le 3 décembre 1888 Jean-Marcel Delon, percepteur dans la même commune. Selon Jean-Louis Beaucarnot, une légende familiale évoque un lien de parenté entre les Evangelista et les Bonaparte. Mais les jeunes mariés doivent quitter la Corse. Au fil des mutations, ils s'installent à Craponne-sur-Arzon (Haute-Loire), où naissent deux enfants : François Fabien — qui utilisera son second prénom — et Jeanne Lucidor..
Cette branche des Delon manifeste un goût marqué pour le mouvement. Fabien (le petit-fils) n'y échappe pas : il quitte l'Auvergne pour s'installer près de Paris, où il devient directeur de cinéma, alors en plein essor. Passionné par le cinématographe, il débute dans la production avant de se tourner vers l'exploitation. En novembre 1929, il participe comme administrateur au tournage du court-métrage Sans histoire, chargé de la gestion financière. Dépassé par les exigences techniques du cinéma parlant, il abandonne la production pour se concentrer à la diffusion. Le 17 juin 1935, au Plessis-Robinson, il épouse Édith Arnold, 24 ans, fille d'un cavalier de manège et d'une couturière. Le couple s'installe dans une modeste maison au 5 avenue Jules Gravereaux, à L'Haÿ-les-Roses, en proche banlieue parisienne.
Divorce, famille d'accueil, retour au foyer
Les parents d'Alain Delon divorcent en décembre 1940 (il a alors quatre ans). Ni l'un ni l'autre ne se sent en mesure de l'élever : le père est mobilisé et change souvent d'affectation, la mère reprend son emploi de préparatrice en pharmacie. L'enfant est confié à la famille Nérot, rue de la Terrasse près de la prison de Fresnes. Le père Nérot, ancien gardien, entretient des liens avec le personnel pénitentiaire. Alain grandit dans un milieu modeste mais affectueux, jouant parfois dans les cours de la prison.
Sous l'Occupation allemande, la prison accueille des résistants et futurs déportés ; tortures et exécutions se multiplient, interdisant aux enfants tout jeu libre dans l'enceinte. Delon est particulièrement marqué par l'exécution de Pierre Laval, fusillé à proximité. Les Nérot veillent à son éducation catholique (il fait ses deux communions). Interrogé sur son avenir, il répond vouloir devenir motard. M. Nérot meurt en 1946, suivi peu après de son épouse. Alain est repris par sa mère, remariée depuis 1941 à Paul Boulogne et mère d'une fille, Paule-Édith (née en 1943). Son père, revenu à Bourg-la-Reine, s'est également remarié et a eu d'autres enfants. Dans ces familles recomposées, Alain se sent étranger et développe un sentiment de rejet.
Delon est placé en pension dans plusieurs établissements religieux (collèges Saint-Nicolas d'Issy-les-Moulineaux, de Buzenval à Rueil-Malmaison, Saint-Gabriel à Bagneux, puis Saint-Nicolas d'Igny). Indiscipliné et provocateur, il est renvoyé à six reprises. Il garde un souvenir très négatif de ces années, marquées par la solitude, les changements fréquents d'établissement et les punitions. Hors du cadre scolaire, il s'épanouit grâce au cinéma : son père l'emmène au Cinéac-Montparnasse où il découvre Les Justiciers du Far-West, Michèle Morgan, Ava Gardner (Les Tueurs), Madeleine Lebeau, et lit des revues spécialisées. À 14 ans, il fugue avec un camarade, dans l'espoir de rejoindre Chicago où un oncle supposé possède une usine. Interceptés par un maraîcher et remis à la gendarmerie de Châtellerault, ils sont ramenés au pensionnat et sanctionnés.
À 14 ans, Alain Delon tourne son premier rôle (un voyou) dans le court-métrage muet Le Rapt (22 secondes) d'Olivier Bourguignon.
Les études terminées, il n'a ni goût ni aptitude pour une scolarité classique. Sa mère, remariée au charcutier Paul Boulogne à Bourg-la-Reine, lui trouve une place dans la boutique familiale. Il obtient un certificat d'aptitude professionnelle de charcutier-traiteur et travaille également chez d'autres charcutiers (L'Haÿ-les-Roses et rue Saint-Charles à Paris). Il pratique intensivement le cyclisme et participe à des compétitions au Vélodrome d'Hiver, où il rencontre André Pousse, futur acteur et ami.