Alain Decaux, né le 23 juillet 1925 à Lille et mort le 27 mars 2016 à Paris, est un journaliste, essayiste, biographe, scénariste, homme de radio et de télévision français.
Membre de l'Académie française, il a occupé le devant de la scène médiatique pendant près d'un demi-siècle avec ses émissions de vulgarisation historique et ses nombreuses publications. Il est considéré comme l'un des pionniers des programmes d'histoire dans les médias.
Originaire du Nord de la France, Alain Decaux est le fils de Francis Decaux (1888-1958), avocat, et de Louise Tiprez (1896-1983). Son grand-père, Henri Decaux, instituteur, donnera à Alain Decaux sa vision de l'Histoire de France comme celle de la construction d'un « roman national » qui mythifie le passé.
Enfant, il va à l'école à Wattignies ; ensuite, il étudie à Lille au lycée Faidherbe, puis à Paris au lycée Janson-de-Sailly et à la faculté de droit. Influencé par les romans d'Alexandre Dumas qu'il a dévorés et la Petite histoire de G. Lenotre, il s'intéresse dès l'adolescence à l'histoire. Par la suite, il entame des études de droit puis s'oriente vers le journalisme de presse écrite. Il suit quelques cours d'histoire en auditeur libre à la Sorbonne après la Libération, notamment sur la Révolution française.
Dès l'âge de 13 ans, il voue une grande admiration à Sacha Guitry et fait sa connaissance après lui avoir demandé l'autorisation de jouer une de ses pièces de théâtre avec ses camarades. En 1944, alors qu'il est mobilisé comme secouriste aux Équipes nationales, Alain Decaux apprend l'arrestation du « maître » et s'arrange pour faire partie des militaires chargés de garder la maison de ce dernier, située au 18, avenue Élisée-Reclus à Paris. En souvenir de ce geste, Guitry invita Decaux à revenir régulièrement, ce que Decaux fit quotidiennement durant plusieurs années, jusqu'au moment de la rencontre de Guitry avec Lana Marconi. Celle-ci lui offrit l'émeraude que le maître portait et qui orna par la suite la poignée de son épée d'académicien.
Journaliste en 1944, il publie ses premiers articles en 1946. Passionné d’énigmes historiques non résolues, il publie son premier ouvrage d'histoire à 22 ans. Son premier livre édité en 1947, Louis XVII retrouvé, soutient la thèse survivantiste — ou naundorffiste —, qui perd par la suite tout crédit chez les historiens. Il rencontre à cette occasion André Castelot qui vient d'écrire un livre sur le même sujet. Son deuxième livre Letizia : Napoléon et sa mère est récompensé par le prix d'histoire de l'Académie française.
Le 18 octobre 1951, il crée pour la radio Paris-Inter La Tribune de l'Histoire, avec André Castelot et Jean-Claude Colin-Simard, remplacé en 1963 par Jean-François Chiappe. Le programme est diffusé jusqu'en juin 1997 sur France Inter. C'est un grand succès populaire qui dure 46 ans sur les ondes de la radio. Avant 1951, la voix et le visage d'Alain Decaux sont inconnus du grand public, il a su s'imposer rapidement grâce à son charisme et son talent de conteur. Il souhaite rendre l'histoire accessible au plus grand nombre et communiquer sa passion de l'histoire par le biais de la radio, un média moderne et très populaire au milieu du vingtième siècle.
En 1957, pour la télévision, avec Stellio Lorenzi et André Castelot, il crée la série historique La caméra explore le temps, pour RTF Télévision, devenue la première chaîne de l'ORTF. Les 39 épisodes de la série sont diffusés du 14 septembre 1957 au 29 mars 1966.
Il fonde en 1960 la revue L'Histoire pour tous et devient directeur d'Historia-Magazine de 1969 à 1971. Il collabore aussi à Miroir de l'histoire, Les Nouvelles littéraires.
En 1966, il coécrit avec Bernard Borderie et Francis Cosne (en) le scénario du film Angélique et le Roy réalisé par Bernard Borderie et adapté du roman d'Anne et Serge Golon.
En 1968, convaincu à tort de l'innocence des Rosenberg, en faveur desquels il avait signé un appel demandant au président Eisenhower leur grâce, il écrit une pièce de théâtre intitulée Les Rosenberg ne doivent pas mourir. La pièce est créée par les Tréteaux de France le 3 mai 1968 à Fresnes, puis reprise le 15 janvier 1969 au théâtre de la Porte-Saint-Martin.
Connu pour ses talents de conteur et d'« historien populaire », il crée en 1969, pour l'Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF), l'émission Alain Decaux raconte, diffusée sur la deuxième chaîne de l'ORTF puis sur Antenne 2. Chaque mois, entre le 10 juillet 1969 et le 13 juillet 1987 (durant quinze minutes, puis trente minutes en 1970 et enfin pendant quarante-cinq minutes à partir de 1971) il traite en direct d’un personnage ou d’un événement de l’Histoire. Cette émission forge le style Decaux : avec ses lunettes d'écaille carrées et ses costumes sobres, il « parle assis, se lève pour présenter des cartes, des photos, des croquis ». Son travail de vulgarisateur permet « à une génération entière de se réapproprier des personnages et des événements, pas toujours faciles, grâce à sa faconde et à son sens de la dramaturgie. De façon simpliste et biaisée pour certains, qui lui ont reproché de donner dans la facilité, parfois, l'inexactitude en mettant plus en avant le roman national et ses grands hommes que l'exégèse du métier ».
En 1974, il signe l'« appel de chrétiens pour la libération de tous les hommes », en faveur de la candidature de François Mitterrand à l'élection présidentielle.
Parallèlement, il poursuit l'écriture d'ouvrages historiques, de pièces de théâtre et de films. Il est élu à l'Académie française le 15 février 1979, le même jour qu'Henri Gouhier. Il succède à Jean Guéhenno au 9e fauteuil. Il est reçu sous la coupole en 1980 par André Roussin. Il reçoit Bertrand Poirot-Delpech en 1987 et Max Gallo en 2008.
Du 28 juin 1988 au 16 mai 1991, sous la présidence de François Mitterrand, il est ministre délégué, dans le deuxième gouvernement Rocard, auprès du ministre d'État et des Affaires étrangères, chargé de la Francophonie. Lorsqu'il présente sa démission au président, celui-ci s'en émeut : « - C'est politique ? -Non Monsieur le Président, c'est parce que je ne peux pas me passer d'écrire. -Bon, mais vous restez de gauche ? - Oui, monsieur le Président. - Bien, quel courant ? -La gauche hugolienne ».
De 1998 à 2009, il présidera le collège des conservateurs du domaine de Chantilly.
En 1999, la fondation de Lille crée le prix Alain-Decaux de la francophonie qui se déroule tous les deux ans et récompense des nouvelles d'écrivains francophones. Alain Decaux en est le parrain à partir de 2003.
En 2005, il est avec Frédéric Beigbeder, Mohamed Kacimi, Richard Millet, Daniel Rondeau et Jean-Pierre Thiollet, l'un des participants du Salon du livre de Beyrouth et contribue au renouveau de cette manifestation.