Alphonse Gabriel Capone (en italien : Alfonso Capone), dit Al Capone, né à Brooklyn (New York) le 17 janvier 1899 et mort à Miami Beach (Floride) le 25 janvier 1947, est un des plus célèbres gangsters américains du XXe siècle. Surnommé « Scarface » (« Balafré »), il fait fortune dans le trafic d'alcool de contrebande durant la prohibition dans les années 1920.
D'origine italienne et parrain de l'Outfit de Chicago de 1925 à 1931, Al Capone contribue fortement à l'émergence du système de mafia, usant de la corruption des policiers, de la justice, des figures politiques, ainsi que des menaces physiques pour éviter les témoins à charge, et n'hésitant pas à avoir recours à l'assassinat. Ses activités criminelles sont prises pour cible par le gouvernement fédéral après le massacre de la Saint-Valentin, une tuerie visant ses principaux rivaux de Chicago. Ses affaires sont malmenées par l'intervention des Incorruptibles, groupe de policiers sous la direction de l'agent du Trésor Eliot Ness. Ayant toutefois échappé à un procès jusqu'alors, grâce à la mainmise de son organisation sur les forces de l'ordre, il est enfin arrêté grâce à l'enquête de l'agent spécial du service d'enquête de l'Internal Revenue Service Frank J. Wilson. Le juge James Herbert Wilkerson le condamne le 24 octobre 1931 à 17 années de prison dont 11 ans ferme.
Personnage emblématique de l’essor du crime organisé dans les États-Unis de la prohibition, il contribue à donner au Chicago des années 1920 et 1930 sa réputation de ville sans foi ni loi. Al Capone est devenu l'archétype du gangster. Son mythe se développe avec Scarface de Howard Hawks dès 1932, ce qui lui vaut une réputation quelque peu surfaite, la légende dépassant parfois la réalité.
Ses parents sont originaires de Naples. Fuyant la misère de leur pays natal, ils vont comme beaucoup de leurs compatriotes tenter leur chance en espérant réaliser le rêve américain. Son père Gabriele (né le 12 décembre 1864 et mort le 14 novembre 1920), est barbier dans la ville italienne de Castellammare di Stabia. Il devient d'abord caissier dans une épicerie puis réussit à ouvrir un salon de coiffure qui fait aussi office de barbier. Sa mère, Teresa Capone (née Bandiera le 28 décembre 1867 et morte le 29 novembre 1952), d'origine Zingari (Sinti), catholique et très croyante, passa son enfance dans la ville d'Angri dans la province de Salerne puis devint couturière. Ils arrivent à New York en 1893 avec deux enfants en bas âge et un troisième à venir (Vincenzo, rebaptisé James ; Raffaele, rebaptisé Ralph ; Salvatore, rebaptisé Frank). Al est le quatrième d'une fratrie qui compte finalement en tout neuf frères et sœurs (ses cadets étant Amadeo rebaptisé John, Umberto rebaptisé Albert, Matthew, Rose et Mafalda) qui le suivent presque tous dans ses activités criminelles.
La famille de Capone émigre brièvement au Canada, avant de revenir s'installer à New York en 1894 dans un appartement vétuste du quartier de Brooklyn au 95 Navy Street, près du chantier naval de New York Navy Yard. Alphonse Capone déménage plusieurs fois avec sa famille au cours de son enfance, restant néanmoins toujours à New York. Gabriele Capone est naturalisé américain en 1906. Malgré de bons débuts scolaires, dans des écoles paroissiales catholiques pour immigrés à la discipline stricte, Alphonse est expulsé de l’école à 14 ans après avoir frappé un professeur. Sa famille ayant déménagé au 21 Garfield Place, un de ses voisins, Johnny Torrio, un patron de la pègre, no 2 du Five Points Gang qui contrôle la loterie du quartier italien ainsi que plusieurs bordels et tripots, et pour qui le jeune Al a déjà accompli de petites « missions », devient son mentor.
Adolescent, il effectue de petits boulots (cireur de chaussures, commis dans une confiserie ou coupeur de papier) et rejoint des petites bandes du quartier qui se livrent au vol à la tire, au racket, aux paris clandestins et petites escroqueries : les Brooklyn Rippers (« les éventreurs de Brooklyn »), les Forty Thieves Juniors (« les 40 voleurs juniors »), les Bowery Boys (« les garçons de la rue Bowery ») puis, évidemment, le célèbre Five Points (« Gang des cinq points »). Torrio part à Chicago en 1909, allant aider son oncle par alliance Big Jim Colosimo à développer son gang à Chicago. Il laisse le Five Points dans les mains de Frankie Yale, qui engage Capone comme barman et videur dans son bar le Harvard Inn (de) qu’il dirige sur Coney Island. Al Capone a alors 18 ans.
Au cours d'une dispute avec un client, Franck Gallaccio, un mafieux local, dont il avait par inadvertance insulté la sœur à la porte d'une discothèque dont il est l'un des videurs, il se fait entailler au couteau la joue gauche, ses trois cicatrices lui valent dès lors son surnom de Scarface (« Balafré » en français). Lorsqu'il est par la suite photographié, Capone cache le côté gauche de son visage et prétend que ses cicatrices sont des blessures de guerre. Capone s'excuse auprès de Gallaccio à la demande de Yale ; plus tard, il en fait son garde du corps.
Le 30 décembre 1918, il épouse une femme d'origine irlandaise du nom de Mae Coughlin (née en 1897 et morte en 1986) qui devient la « mère » du fils qu'il vient d'avoir. D'après le livre de Deirdre Capone, nièce du mafieux, Mae Coughlin ne serait pas la mère biologique d'Albert Francis Capone, dit « Sonny Capone ». En réalité, la mère biologique de Sonny serait morte en couches, et la mère d'Al Capone, grand-mère aimante, voulait pour son petit-fils une mère présente et dévouée.
Même si le XXe siècle était en voie de modernisation, le fait d'organiser des mariages arrangés était encore très courant. La famille Capone alla donc chercher une jeune femme irlandaise et catholique de vingt ans. Tout était pour le mieux, car Mary « Mae » était stérile de naissance. Elle promit à la mère de son mari qu'elle s'occuperait bien de son futur fils. Ils se marièrent : Alfonse Capone était âgé de 19 ans.
Mae fit tout ce qu'elle put pour empêcher Sonny de tomber dans le crime.
Son fils, Albert Francis Capone (en) naît en 1918 ; le parrain de ce dernier est Johnny Torrio. Voulant un emploi respectable pour sa famille, Al Capone déménage pour Baltimore où il trouve un emploi de comptable pour la firme de construction de Peter Aiello.
Le père d'Al Capone meurt le 14 novembre 1920 d'une maladie cardiaque à l'âge de cinquante-cinq ans. Selon Laurence Bergreen, la mort de son père met aussi fin aux activités légales d'Al Capone. La disparition soudaine de l'autorité parentale coïncide en tout cas avec l'abandon de sa carrière de comptable. Torrio le contacte, lui indiquant que Chicago est un terrain quasiment libre (il vient de prendre le contrôle de l'organisation de son oncle, après l'avoir fait assassiner), et il l’invite à le rejoindre sur place. C’est à Chicago que Capone, collaborant avec Torrio, commence son ascension vers les plus hautes sphères du crime organisé.
À l'arrivée d'Al Capone, l’organisation de Torrio est déjà une affaire très rentable, rapportant 10 millions de dollars par an grâce à la bière, au jeu et à la prostitution. Le gang compte entre 700 et 800 hommes. Al Capone commence en bas de l’échelle comme rabatteur à l’entrée d’une maison close. C’est probablement là qu’il rencontre Jake Guzik, membre d’une famille juive s'occupant de proxénétisme. Ils se lient rapidement, et Guzik devint le « trésorier » de l’organisation. En 1922, Capone, ayant ainsi montré ses bonnes dispositions, devient le bras droit de Torrio. Il est rejoint par son frère Ralph. Al Capone devient patron du « Quatre-Deux », et associé de Torrio. Il reçoit un salaire de 25 000 dollars par an. En 1923, poussés par l'élection de William Emmett Dever, maire peu coopératif qui avait fait fermer 7 000 bars clandestins, Torrio et Capone déplacent leur quartier général du Quatre-Deux jusqu’à l'Hawthorne Inn, à Cicero, dans la banlieue de Chicago, et donc hors de la juridiction du maire de Chicago.
Le secteur était dominé par la centrale Western Electric, qui employait 40 000 personnes et payait bien. La population avait donc beaucoup d’argent à dépenser dans les officines de paris et les bars d'Al Capone. Mais Cicero abrite aussi une importante communauté tchèque, habituée à la bière bohémienne fournie par les O’Donnell du quartier Ouest. Les O’Donnell n'ont pas rejoint l'organisation de Torrio, et considèrent Cicero comme faisant partie de leur territoire. Sans les en informer, ce que la plus élémentaire « courtoisie » professionnelle aurait dicté, Torrio teste l’étendue de leur pouvoir en installant une maison de passe sur Roosevelt Road. La police locale, à la demande des O’Donnell, la fait promptement fermer, les O’Donnell désapprouvant la prostitution. Ils autorisent le jeu, mais uniquement sous la forme de machines à sous, contrôlées par un élu local nommé Eddie Vogel. Torrio, pour se venger de la fermeture de son bordel, envoie le shérif du comté de Cook confisquer les machines à sous de Vogel. Torrio organise ensuite une rencontre avec Vogel et les O’Donnell et négocie une trêve.