Ce Jour-là

Aimé Laussedat

Scientifique pluridisciplinaire français

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Aimé Laussedat, né le 19 avril 1819 à Moulins et mort le 19 mars 1907 à Paris, est un scientifique français, à la fois astronome spécialiste de l'instrumentation et la géodésie, géomètre, photographe, topographe, arpenteur et cartographe. Cet ingénieur polytechnicien, chercheur et professeur à l'École polytechnique, puis responsable éminent au Conservatoire national des arts et métiers est aussi un ingénieur militaire au début de sa carrière jusqu'en 1851, commandant du Génie de Paris rive gauche pendant la guerre de 1870 à 1871, puis à nouveau officier du génie chargé des nouvelles frontières de 1871 à 1881. En effet, malgré sa démission de professeur à l'École polytechnique et sa demande de retraite de l'armée au début 1871, il est choisi par son ami d'adolescence, le général Louis Doutrelaine, pour le seconder à la commission de la délimitation de la frontière franco-allemande à Bruxelles.

Ce fils d'une bonne famille républicaine bourbonnaise, attachée à Yzeure, officier du Génie, polytechnicien de la promotion 1838, ce chercheur et inventeur, devient professeur à l'École polytechnique, puis directeur au Conservatoire national des arts et métiers. Il est un des pionniers français de l'iconométrie photographique et de la photogrammétrie, applications de la photographie respectivement à la mesure et au lever des plans ou à la reconnaissance de formes. Il contribue patiemment à développer cette dernière mise au point en 1851 qu'il dénomme métrophotographie par des applications pratiques dès 1861 lorsque la technique permet des mesures métriques précises, aussi bien en topographie qu'en architecture. Le colonel Laussedat est mort à Paris, au terme d'une carrière scientifique auréolée d'une reconnaissance académique.

Des années d'études et de recherche

Jeune militaire du Génie issu de la promotion X 1838, Aimé Laussedat applique la chambre claire au levé des plans. Les chercheurs qui maitrisent les fondements de la géométrie dans l'espace accueillent avec enthousiasme l'art photographique qui commence à faciliter l'observation scientifique et technique au cours des années 1840. En particulier, Laussedat déjà pionnier de l'iconométrie photographique effectue le premier relevé photogrammétrique en 1849 sur la façade de l'Hôtel des Invalides à Paris intra-muros. En 1850, il cartographie les détails du château de Vincennes. En 1861, à partir de quatre clichés terrestres, le capitaine Laussedat réalise une carte précise du village du Buc, près de Versailles. Ensuite, ces réflexions portent sur la cartographie de régions plus vastes ou montueuses. Il utilise quelques années des ballons gonflables auxquels il suspend une caméra lourde. Au sol, l'usage du tripode avec des repères de visées en triangulation sur des points hauts ou remarquables détermine les coordonnées. La comparaison des images, puis l'application des techniques de géométrie à trois dimensions permettent le relevé cartographique, et en particulier l'ombrage des reliefs. En 1862, les méthodes d'arpentage à partir de relevés photographiques proposées par le capitaine Laussedat sont officiellement acceptées par l'académie des sciences de Madrid. Une fructueuse collaboration de recherche s'engage.

La base de la technique photogrammétrique est inventée parallèlement dans les années 1860 par un architecte allemand, Albrecht Meydenbauer (1834-1921). Le jeune homme, facilement effrayé par l'escalade, est chargé de mesurer et de relever plans et façades de bâtiments publics et religieux pour le service d'inventaire du patrimoine de Prusse. En 1867, alors qu'il a conçu ses propres instruments de mesure et s'en sert pour ses relevés architecturaux, il s'aperçoit que cette technique peut servir en topographie. Il consulte les revues savantes de référence en ce domaine et découvre les travaux pionniers et les instruments de mesure de Laussedat, en particulier le premier photothéodolite et son plan de Paris dérivé de sa couverture photographique présentés à l'exposition universelle de Paris. Il publie en hâte fin décembre un article sur sa technique de mesure nommée photométrographie.

Le capitaine du Génie Laussedat, homme de terrain au service de l'armée puisque dès 1846 chargé de la cartographie pyrénéenne, forme des militaires intéressés par les techniques topographiques, en particulier un jeune officier de marine, Édouard-Gaston Deville qui quitte l'armée française à la suite de la guerre de 1870-1871 et émigre au Québec en 1874. Deville, devenu arpenteur en chef du Canada, met au point en 1896 le premier restituteur stéréoscopique. La photogrammétrie, dénommée seulement depuis 1893 par l'allemand Albrecht Meydenbauer, peut alors prendre un essor international, entre Amérique et Autriche, et a aujourd'hui des applications principalement tournées vers la cartographie.

L'homme Laussedat est un infatigable chercheur de terrain. Il n'hésite pas à se déplacer sur place pour mieux connaitre les sujets qui lui tiennent à cœur. En juillet 1870, pressentant l'imminence de la déclaration de guerre par la presse française qui rend compte des discours à l'assemblée, il interrompt à Londres une visite programmée auprès des principaux observatoires anglais d'astronomie. Rentré à Paris, il offre ses services au ministère qui le réintègre dans ses anciennes fonctions militaires.

Un photographe spécialiste de géodésie

Laussedat perfectionne et invente aussi des instruments d'astronomie, permettant l'observation des formes par la photographie. Appelé par la recherche et l'enseignement dès 1851, il quitte la carrière militaire, nommé répétiteur d'astronomie et de géodésie à l'École Polytechnique, il n'est que le suppléant du professeur Hervé Faye dans son cours d'astronomie et de géodésie. Après le départ de ce dernier au rectorat de Nancy, il reprend sa fonction et est nommé professeur titulaire d'astronomie à l'École polytechnique de 1856 à 1871, ses dix-huit derniers mois virtuellement à titre statutaire du fait de la guerre franco-allemande où il est appelé à servir.

Le 18 juillet 1860, Aimé Laussedat et Amédée Mannheim, jeune géomètre polytechnicien observe à Batna en Algérie française une éclipse totale de soleil, en particulier décrivent avec minutie les franges mobiles qui apparaissent juste avant la disparition et après la réapparition de la lumière solaire, aux moments précis encadrant la durée de l'éclipse solaire totale.

En 1865, il traduit l'ouvrage intitulé « Base centrale de la triangulation géodésique d'Espagne » et rédigé collectivement en espagnol sous l'autorité de Carlos Ibáñez e Ibáñez de Ibero.

Le professeur Laussedat, obnubilé par sa recherche, proposait un cours précis, mais ponctué de leitmotivs, irritant les élèves goguenards et prompts à la moquerie. Ainsi, comme le racontent Martin Lemoine et Guy Perrin dans un article sur les polytechniciens astronomes, il est bien involontairement à l'origine d'une tradition de l'École.

Le successeur de Faye en tant que professeur d'astronomie et de géodésie à l'École polytechnique, Aimé Laussédat (X 1838), est officier du génie. Il invente la photogrammétrie et contribue à l'application de la photographie en astronomie. Mais, surtout, il est involontairement à l'origine d'un tournant majeur dans la vie des polytechniciens. Son élève Émile Lemoine (X 1860) inventa la célébration du point gamma à l'École, en réaction aux cours d'astronomie du Capitaine Laussédat qui « ne passait pour ainsi dire pas de leçon sans nous parler du point gamma par où passe la Terre à l'équinoxe de printemps... pour nous dédommager de l'ennui que nous causait le point gamma, je m'étais dit : célébrons aussi ce passage ». Cette année-là, l'ouverture de la fête du point gamma est sonnée à la trompette par Alfred Cornu (X 1860) qui par la suite deviendra un grand astronome !

Un militaire scientifique au service du gouvernement républicain

La famille Laussedat dont les ancêtres au siècle des Lumières sont des modestes artisans vivant à Riom affirme une fidèle foi républicaine. L'ainé Louis, docteur en médecine, élu du peuple en 1848, sert avec force la Seconde République. Le cadet Aimé, polytechnicien et capitaine, désemparé avec son frère après le coup d'État du 2 décembre 1851 ne veut plus servir le régime autoritaire. Il présente sa démission au général Vaillant qui la refuse et lui demande de continuer ses recherches pour son pays tout en s'engageant à protéger les nombreux notables républicains compromis de l'Allier

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