Ahmed Sékou Touré (), né le 9 janvier 1922 à Faranah (Guinée) et mort le 26 mars 1984 à Cleveland (États-Unis), est un panafricain et homme d'État guinéen.
Il est le premier président de la république de Guinée, assurant cette fonction de l'indépendance du pays, en octobre 1958, à sa mort.
Ahmed Sékou Touré est membre de l'aristocratie de l’ethnie malinké et a pour grand-mère maternelle Bagbè Ramata Touré, l'une des filles de l'Almamy Samory Touré (1830-1900). Ce dernier a résisté à la colonisation française en Afrique de l’Ouest, jusqu'à sa capture en 1898 à Guélémou dans la région de Biankouma dans l'ouest de l'actuelle Côte d'Ivoire. Ahmed Sékou Touré est le fils d'Alpha Touré, un boucher soninké d’origine soudanaise (Mali actuel) et d’Aminata Fadiga. De confession musulmane, il fréquente d'abord l'école coranique avant d'aller à l'école française. Il étudie au lycée technique Georges-Poiret de Conakry, d'où il est renvoyé à l'âge de 15 ans pour avoir mené une protestation contre la nourriture servie à l'école.
Durant sa jeunesse, Sékou Touré étudie les travaux des philosophes communistes, en particulier ceux de Karl Marx et de Lénine.
Avant l'indépendance, Sékou Touré travaille pour les services postaux (PTT) mais il est bloqué dans son ascension professionnelle et ne peut accéder aux postes de responsabilité auxquels il aspire. Il reste donc simple responsable des postes, mais s'investit dans le syndicalisme en devenant un des meneurs de la jeune génération guinéenne. En 1945, il devient le secrétaire général du syndicat des postiers, le premier syndicat fondé en Guinée (les syndicats étaient interdits dans les colonies françaises jusqu'en 1944), puis contribue à organiser l'Union des syndicats confédérés de Guinée (USCG), affilié à la CGT, dont il est élu secrétaire général. Il participe en 1947 à la fondation du Parti démocratique guinéen, antenne locale du Rassemblement démocratique africain (RDA), parti agissant pour la décolonisation de l'Afrique.
Il est l'un des dirigeants du RDA, travaillant étroitement avec son futur rival, l'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny, qui devint en 1960 le président de la Côte d'Ivoire. Il accepte en dépit de ses réticences la décision de Houphouët-Boigny de rompre avec les communistes et d'abandonner la lutte pour l'indépendance immédiate afin de se rapprocher du gouvernement français.
Il échoue à conquérir un siège à l'Assemblée nationale française lors des élections législatives de 1951 et 1954 (ce dernier scrutin, de l'aveu du ministre de la France d’outre-mer Robert Buron, a été « honteusement truqué pour provoquer l’élimination de Sékou Touré »). Il est élu maire de Conakry en 1955, puis député lors de sa troisième participation en 1956, sous la bannière du RDA, positions qu'il utilise pour lancer des critiques pointues au pouvoir colonial. Il siège cependant au sein du groupe parlementaire du RDA-UDSR et appartient ainsi de facto à la majorité gouvernementale. Il se lie d’amitié avec François Mitterrand, l'un des principaux dirigeants de l'UDSR et futur président de la République française. En 1957, il organise l'Union générale des travailleurs d'Afrique noire, une centrale syndicale commune pour l'Afrique-Occidentale française.
Après la Seconde Guerre mondiale, la France est en pleine discussion sur la décolonisation de ses colonies d'Afrique. Lors de la visite du 25 août 1958 effectuée à Conakry par le général de Gaulle pour défendre son projet de Communauté française, Sekou Touré défend une « entité multinationale composée d’États libres et égaux » et déclare qu'il votera « oui » au référendum seulement si le texte est amendé afin de reconnaître aux peuples le « droit à l'indépendance ». Cet incident lui vaut une solide rancune du général De Gaulle qui, mal informé de la situation en Guinée, ne s'attendait pas à être reçu avec un discours aussi offensif. En 1958, plus d'un million de Guinéens votent « Non » au référendum proposé par De Gaulle. Seuls 57 000 ont voté « Oui ». Avec cette décision, les Guinéens choisissent l'indépendance totale, qu'ils obtiennent le 2 octobre 1958, avec Sékou Touré à la tête du pays. La Guinée est la seule des colonies africaines de la France à voter pour l'indépendance immédiate tandis que le reste de l'Afrique francophone choisit l'indépendance deux ans plus tard, en 1960. Le président De Gaulle réagit en ordonnant aux fonctionnaires et techniciens français de quitter immédiatement la Guinée, ce qui suscite un certain nombre de difficultés pour le jeune État guinéen. Les colons français emportent avec eux tout leur matériel de valeur, rapatrient les archives souveraines françaises et, surtout, les liens économiques sont rompus. Malgré les difficultés, Sékou Touré affirme « préférer la liberté dans la pauvreté que la richesse dans l’esclavage ».
Premier président de la république de Guinée
Après l'indépendance de la Guinée obtenue le 2 octobre 1958, le président ghanéen Kwame Nkrumah délègue à Conakry le 7 octobre 1958 deux de ses proches collaborateurs, Quashigan et le docteur Saleh Sinar, pour présenter à Sékou Touré les vœux personnels du Ghana. S'ensuit le Liberia voisin qui félicite et reconnaît la Guinée, le 2 octobre, avant une officialisation le 13 octobre par le parlement libérien. Sékou Touré a effectué son premier déplacement à l'étranger à Monrovia, au Liberia, du 17 au 20 novembre 1958 et a rencontré le président William Tubman. Il a déclaré : « Nous étions une colonie et la France exploitait nos richesses. Maintenant, nous sommes un pays indépendant. Si le Liberia désire s'associer à nous pour l'exploitation des richesses de la Guinée, ce sera un honneur pour nous puisque cela ne peut être qu'au profit des peuples guinéen et libérien ». Cela permet aux deux pays de conclure un accord pour exporter le minerai de fer du mont Nimba par le port de Buchanan, mais l'accord ne sera pas mis en œuvre à cause de l'évolution politique dans les deux pays et le fait qu'Ismaël Touré, le frère du président guinéen, préconise la construction du chemin de fer trans-guinéen.
Le 4 novembre 1958, c'est le tour de la Sierra Leone, un autre pays voisin, de reconnaître la souveraineté internationale de la Guinée. Ce dernier envoie une mission de bonne volonté à Freetown, et Sékou Touré s'y rendra en décembre 1960 avec l'accord de l'Angleterre, la puissance coloniale. Il noue de bonnes relations avec le Premier ministre Milton Margaï, qu'il va recevoir en Guinée en janvier et en mars 1962.
Il arrive le 20 novembre 1958 à Accra, où un accueil triomphal lui est réservé par le président Kwame Nkrumah, qu'il connaît depuis quelques années déjà. Nkrumah a mis à la disposition de Sékou Touré un quadrimoteur Heron de Ghana Airways pour ses déplacements. Une partie des entretiens qu'il tient avec Nkrumah est consacrée à la candidature de la Guinée aux Nations unies, souhaitant que le Ghana la parraine. À l'issue de trois jours d'entretiens, ils procèdent le 23 novembre, devant tout le corps diplomatique, à la signature de deux accords. En vertu du premier de ces textes, le Ghana accorde à la Guinée, sur ses réserves propres, un prêt de 10 millions de livres sterling et se déclare prêt à lui fournir une assistance technique et administrative. Le second accord, la création de l'Union Ghana-Guinée. À cette fin, ils décident d'adopter un drapeau de l'Union et d'harmoniser la diplomatie, la défense et la politique économique des deux pays ; l'étape suivante devrait être l'adoption d'une constitution. Les deux hommes lancent un appel à tous les gouvernements indépendants d'Afrique et à tous les leaders des peuples encore colonisés, afin qu'ils soutiennent leur initiative et se joignent à l'Union. Le 28 novembre, Sékou Touré présente lui-même cet accord à l'Assemblée nationale guinéenne, qui l'approuve à l'unanimité.
Du 23 avril au 9 mai 1959, le président Kwame Nkrumah est à son tour accueilli officiellement en Guinée. Pendant quelques jours, Sékou et son hôte visitent le Fouta-Djalon, et Sékou Touré déclare que « lorsque nous disons aux Européens de quitter l'Afrique, nous nous adressons à ceux qui voudraient y maintenir ou y rétablir un gouvernement ou un régime colonial, mais non pas aux autres ». En présence de Nkrumah, Sékou Touré annonce l'adoption prochaine d'un plan triennal, axé sur la production agricole. Le 2 mai, les deux leaders confirment leur décision de créer l'Union Ghana-Guinée, mais proposent de la transformer en une Union des États indépendants d'Afrique. Nkrumah devait alors repartir chez lui, mais il décide de rester quelques jours de plus en Guinée ; ainsi, ils se rendent ensemble sur la tombe de l'érudit et marabout guinéen Cheick Chérif Fanta-madi à Kankan, puis à Kindia, où ils visitent l'Institut des fruits et agrumes tropicaux et à Fria, où ils inspectent les travaux de la mine de bauxite et de l'usine d'alumine. Finalement, Nkrumah quitte la Guinée le 9 mai, après avoir encore assisté à une réunion du Bureau politique.