Ce Jour-là

Ahmed Chah Massoud

Chef militaire et homme politique afghan, commandant du Front Uni Islamique et National pour le Salut de l'Afghanistan

Anúncio

Ahmed Chah Massoud (en persan : احمد شاه مسعود), fréquemment appelé le commandant Massoud, né le 2 septembre 1953 à Bazarak (Afghanistan) et mort assassiné par l'organisation terroriste Al-Qaïda lors d'un attentat-suicide le 9 septembre 2001 à Darqad (Afghanistan), est un chef de guerre et un homme politique afghan. Commandant du Front uni islamique et national pour le salut de l'Afghanistan, du Jamiat-e Islami — parti pour lequel il est ministre de la Défense de l’État islamique d'Afghanistan de 1992 à 1996 — et le chef de l'Armée islamique, une armée combattant contre l'occupation soviétique puis l'émirat islamique d'Afghanistan de 1996 à 2001.

Sa réputation de chef militaire et notamment son surnom de « Lion du Panchir » vient du fait qu'il réussit à repousser sept attaques d'envergure des troupes soviétiques contre la vallée du Panchir, au nord-est de Kaboul puis protège sa vallée contre les talibans qui ont pris le pouvoir et qui ne parviendront jamais à la contrôler de son vivant. Alors qu'il n'a eu de cesse de prévenir les Occidentaux de la menace internationale notamment constituée par la présence d'Oussama Ben Laden et d'Al-Qaïda sur le sol afghan, son assassinat par cette organisation survient deux jours avant les attentats du 11 septembre 2001.

Ahmed Chah est né en 1953 dans le village de Jangalak, dans le district de Bazarak, dans la province du Panchir, en Afghanistan. Son père, Dost Mohammed Khan, d'ethnie tadjike, est colonel dans l'armée royale afghane. Partie de son Panchir natal, sa famille habite brièvement à Herat avant de s'installer à Kaboul, où Massoud passe son enfance. Il étudie au renommé lycée français de Kaboul. Considéré comme un élève doué, il poursuit des études d'ingénieur à l'université de Kaboul, et apprend à parler persan, pachto, ourdou et français, ainsi qu'à lire l'anglais.

En 1973, le prince Mohammad Daoud Khan est élevé au pouvoir par un coup d'État soutenu par le Parcham, aile modérée du parti communiste afghan, établissant la République d'Afghanistan. Ces évènements contribuent à la naissance d'un puissant mouvement islamiste, opposé à la progression de l'influence communiste et soviétique dans le pays, et surtout à la politique nationaliste pachtoune, modernisatrice et centralisatrice de Daoud Khan, qui affaiblit au profit de l'État les seigneurs féodaux et les chefs tribaux, et favorise les pachtounes au détriment des tadjiks. Pendant ce temps, alors qu'il est étudiant à l'Université de Kaboul, Massoud rejoint l'« Organisation de la jeunesse musulmane » (Sazman-i Jawanan-i Musulman), la branche estudiantine du Jamiat-e Islami (« Société islamique »), parti fondamentaliste islamiste dont le président est Burhanuddin Rabbani, lui-même influencé par le mouvement des frères musulmans. L'Université de Kaboul est le centre de l'activisme politique afghan, Ahmed Chah choisissant pour sa part le nom de guerre de « Massoud ».

La politique nationaliste pachtoune de Daoud Khan, soutenue par l'union soviétique, remet en cause les frontières entre l'Afghanistan et le Pakistan afin de créer un "grand Pachtounistan", poussant Islamabad à soutenir les mouvements islamistes afghans, dont le Jamiat-e Islami. En 1975, Massoud, qui a déjà commencé à gravir les échelons du parti, prend part à un soulèvement infructueux dans la région du Panchir, soutenu par l'ISI. Après que les meneurs aient trouvé refuge à Peshawar, un schisme profond et durable se forme au sein du parti : Le Jamiat-e Islami se scinde entre les partisans d'une prise du pouvoir progressive (surtout des tadjiks) rassemblés autour de Massoud et Rabbani, et les radicaux entourant Gulbuddin Hekmatyar (surtout des pachtounes), plus enclins à la lutte armée, qui fondent le Hezb-e Islami, que le Pakistan juge plus malléable. Les deux groupes gardent cependant le même objectif : instaurer un État islamique appliquant la Charia en Afghanistan, et demeurent tous les deux aidés et entraînés par l'ISI. Le conflit atteint une telle intensité que Hekmatyar tente d'assassiner le jeune Massoud, alors âgé de 22 ans.

Résistance contre l'Union soviétique (1979-1989)

L'aile radicale du parti communiste afghan, le Khalq, prend le pouvoir en 1978. Les persécutions du nouveau gouvernement contre le clergé, et surtout la réforme agraire qui dépossède les élites tribales et féodales rurales, fait exploser le ressentiment que les campagnes afghanes ont accumulés depuis des années sous Zaher Shah et Daoud Khan. Ne pouvant admettre un gouvernement communiste en Afghanistan, le Pakistan, l'Iran, l'Arabie saoudite et les États-Unis décuplent leur soutien aux moudjahidines (ou "guerriers saints", anticommunistes), dont ceux du Jamiat-e Islami. Pensant qu'une révolte armée contre les communistes recevrait le soutien du peuple, Massoud, le 6 juillet 1979, commence une insurrection dans le Panchir, qui d'abord échoue. Il décide d'éviter une confrontation conventionnelle contre les nombreuses forces gouvernementales et de mener une guerre de guerilla. Par la suite, il prend l'entier contrôle du Panchir et chasse les troupes communistes afghanes. Son prestige personnel et l'efficacité de l'organisation militaire persuadent les commandants locaux de venir et apprendre auprès de Massoud, qui saura aussi jouer sur l'hostilité des peuples du nord de l'Afghanistan envers les pachtounes, mêmes anticommunistes, pour agrandir la zone d'influence du Jamiat-e Islami.

L'union soviétique renverse le Khalq et envahit l'Afghanistan à la fin de 1979, et devient, avec le gouvernement pro-soviétique (Parcham) de Babrak Karmal, le principal adversaire des troupes du Jamiat-e Islami. Dès le début de la guerre, les moujahidines de Massoud attaquent les forces d'occupation soviétiques, prennent en embuscade les convois afghans et soviétiques traversant la passe de Salang, et provoquent des pénuries de carburant dans Kaboul. Malgré de constantes attaques de la part de l'Armée rouge et de l'armée afghane, Massoud augmente sa force militaire. Ayant débuté en 1980 avec une force de 1 000 guerilleros mal équipés, les moujahidines de la vallée du Panchir atteignent un effectif de 5 000 hommes en 1984. Après avoir étendu son influence autour de la vallée, Massoud accroît ses forces de résistance à 13 000 combattants en 1989. L'armement des moujahidines est constitué d'armement soviétique pris à l'ennemi. La plupart des armes et munitions sont récupérées sur le champ de bataille, seuls 20 % de l'armement sont importés par les caravanes. Une partie de l'argent vient également de l'extraction de diamants, qui enrichira une partie de la famille de Massoud.

Massoud contribue lui-même à entrainer ses troupes, attirant ainsi d'autres chefs de guerre à ses cotés. L'entraînement dure deux mois et les opérations militaires sont limitées à quinze jours, après lesquels les moujahidines peuvent retourner auprès de leur famille. La résistance populaire et organisée, met à mal les troupes soviétiques constituées, pour la plupart, d'appelés du contingent. Les troupes du Jamiat-e Islami n'affrontent cependant pas seulement les soviétiques et le gouvernement communiste afghan, mais aussi d'autres moudjahidines combattant les soviétiques, notamment les forces du Hezb-e Islami Gulbuddin d'Hekmatyar, ou les maoïstes de l'ALO(en) menés par Faiz Ahmad(en).

Pour organiser le soutien des moudjahidines, Massoud établit un système administratif où sont appliqués la loi et l'ordre (nazm) dans les secteurs sous son contrôle. Le Panchir est divisé en 22 bases (qarargah) gouvernées par un commandant militaire et un administrateur civil, disposant chacune d'un juge, d'un procureur et d'un avocat d'office. Massoud instaure des institutions fondées autour de cinq comités : un comité militaire, chargé du recrutement et de la répartition des armes, des vêtements et des vivres ; un comité économique, chargé de l'approvisionnement de la vallée, du prélèvement des taxes et de la monnaie : l'afghani d'avant 1978 ; un comité culturel, chargé de la propagande et notamment la diffusion des affiches du Jamiat-e Islami exilé au Pakistan ; un comité des services secrets, chargé de recueillir le renseignement, infiltré partout dans Kaboul, jusque dans l'état-major des armées ; et enfin un comité judiciaire, chargé de juger les prisonniers de guerre. Les prisonniers de guerre afghans sont désarmés, et rejoignent éventuellement la résistance afghane. Un hôpital est également mis en place, avec l'aide de médecins français de l'Aide médicale internationale. Inversement, la DIDR signale des cas répétés de tortures sur les prisonniers, des crimes de guerre perpétrés délibérément contre des civils, et des persécutions et disparitions forcées contre les hazaras, souvent objets de persécutions religieuses et raciales car asiatiques et chiites. Le spécialiste de l'Afghanistan Gilles Dorronsoro affirmera que le commandant Massoud déclarait aux journalistes étrangers venus le rencontrer ce qu'ils voulaient entendre pour améliorer son image internationale.

Anúncio

Bientôt sur l'application World in Stories

Audio, téléchargement hors ligne, sans publicité et plus.

Découvrir Premium
Ahmed Chah Massoud | World in Stories