Ahmadou Ahidjo, de son nom complet Ahmadou Babatoura Ahidjo, né le 24 août 1924 à Nassarao, près de Garoua (Cameroun français) et mort le 30 novembre 1989 à Dakar (Sénégal), est un homme d'État camerounais.
Il est le premier président de la république du Cameroun, de 1960 à 1982. À la surprise générale, il démissionne de la tête de l'État après vingt-deux ans de pouvoir, le Premier ministre Paul Biya lui succédant.
Origines, formation et vie privée
Ahmadou Ahidjo naît le 24 août 1924 à Nassarao, près de Garoua (Cameroun français), de parents peuls. Il est le fils d'un chef peul (foulbé), il est de religion musulmane.
En 1932, à l'âge de huit ans, il entre à l'école primaire régionale de sa ville natale. Ayant échoué à l'examen de fin d'études primaires en 1938, il intègre le service vétérinaire à Maroua. Après avoir redoublé sa dernière année de primaire, il obtient son diplôme et poursuit ses études à l'École supérieure de Yaoundé (dont le but est de former en trois ans les agents pour les différents postes dans l'administration), d'où il sort diplômé en 1942. Ses condisciples sont entre autres, Félix Sabbal-Lecco, ministre sous son gouvernement, Abel Moumé Etia, premier ingénieur camerounais de la météorologie, haut fonctionnaire et écrivain, ainsi que Jean-Faustin Betayéné, ministre des Affaires étrangères du Cameroun fédéral.
En 1943, après une formation de six mois à Douala, il commence sa carrière comme télégraphiste puis opérateur radio à la station d'émissions de Yaoundé. Il est ensuite transféré à Bertoua pour lancer la première station de radio de la région de l'Est, puis envoyé à Mokolo, dans le Nord, pour accomplir une tâche similaire. En 1944, il est nommé chef de la station de radio de Garoua.
De sa première épouse, Adda Garoua, Ahmadou Ahidjo a un fils, son aîné : Mohamadou Badjika Ahidjo.
Le 17 mai 1957, il épouse Germaine Ahidjo avec laquelle il a trois filles : Babette, Aïssatou et Aminatou. Elle meurt le 20 avril 2021.
C'est un ami proche de la chanteuse Golé Nyambaka.
Repéré par l'administrateur colonial Guy Georgy, celui-ci organise son entrée en politique : « Je l'avais fait élire à l'Assemblée territoriale. On avait quasiment fait voter pour lui, en mettant des paquets de bulletins dans les urnes », expliquera-t-il dans les années 1980. Élu à l'assemblée territoriale du Cameroun en 1947, il devient conseiller de l'Assemblée de l'Union française de 1953 à 1958 et président de celle-ci en 1957. Il est alors couvé par Louis-Paul Aujoulat, le secrétaire d'État à la France d'outre-mer.
Il se montre rassurant envers l'Église et les aristocraties musulmanes du nord du pays et parvient à incarner l'union des courants conservateurs inquiets face aux mouvements contestataires qui se multiplient dans les années 1950. D'abord membre du BDS, le parti d'Aujoulat jusqu'à sa chute, il constitue ensuite l'Union camerounaise avec le soutien des chefs nordistes.
Vice-Premier ministre chargé de l'intérieur après l'octroi de l'autonomie interne au Cameroun, puis ministre de l'Intérieur (mai 1957). Grâce à un passage en force sagement orchestré par Jean Ramadier, haut-commissaire français de l'État du Cameroun, il fait tomber le gouvernement André-Marie Mbida en démissionnant avec la totalité des ministres du Nord qui lui sont fidèles. Il remplace ainsi André-Marie Mbida à la tête du gouvernement en février 1958. Il est pourtant, à ce moment, encore un quasi-inconnu pour les Camerounais. Le consul général de Grande-Bretagne le décrit dans une note interne comme « doté d'une personnalité prononcée et d'opinions très ancrées, teintées de cynisme. » N'ayant que « peu d'estime envers les femmes », il se montrerait « très susceptible à propos de ses origines modestes ». qu'il cherche à surmonter en épousant l'une des filles du puissant lamido de Garoua. Il a face à lui, outre l'UPC clandestine, les nationalistes modérés réunis autour de Paul Soppo Priso et les conservateurs modérés fidèles à Mbida.
Proclamation de l'indépendance
Grâce à son parti l'Union camerounaise (UC), à une Constitution taillée sur mesure, à un tripatouillage électoral et l'aide active de l'armée française qui réduit les rébellions menées par l'Union des populations du Cameroun (UPC) en régions bamiléké et bassa, il est élu en mai 1960 président de la République. C'est ainsi qu'il fut placé aux leviers de commande par la France soucieuse de faire échec par tous les moyens à l'UPC, considérée comme dangereuse pour l'ordre établi. Pierre Messmer, ancien Haut commissaire français au Cameroun, indique à ce sujet : « La France accordera l'indépendance à ceux qui la réclamaient le moins, après avoir éliminé politiquement et militairement ceux qui la réclamaient avec le plus d'intransigeance. »
Pendant les premières années du régime, l'ambassadeur français Jean-Pierre Bénard est parfois considéré comme le véritable « président » du Cameroun. Cette indépendance est en effet largement théorique puisque des « conseillers » français sont chargés d'assister chaque ministre et disposent de la réalité du pouvoir. Le gouvernement gaulliste préserve son ascendant sur le pays à travers la signature « d'accords de coopération » touchant à tous les secteurs de la souveraineté du Cameroun. Ainsi, dans le domaine monétaire, le Cameroun conserve le franc CFA et confie sa politique monétaire à son ancienne puissance tutrice. Toutes les ressources stratégiques sont exploitées par la France, des troupes françaises sont maintenues dans le pays, et une grande partie des officiers de l'armée camerounaise sont Français, y compris le chef d'état-major.
Le représentant guinéen à l'ONU estime au sujet des manœuvres françaises au Cameroun que « il y a à présent sur ce continent un danger encore plus menaçant que le colonialisme lui-même. C'est le danger que l'on pourrait appeler l'indépendance octroyée, qui tend à refléter dans le pays les désirs et les tendances de la puissance coloniale elle-même. »
Instauration d'un régime autoritaire
Il proclame une amnistie très sélective de militants de l'UPC incarcérés (ceux ayant supposément renoncé à poursuivre leur engagement politique), refuse les négociations visant à mettre fin aux combats que lui propose le dirigeant de l'UPC Félix-Roland Moumié. La guerre du Cameroun se fait très meurtrière au cours des premières années du régime. Sous le commandement du général Max Briand, l'armée française organise en quelques mois le regroupement forcé de centaines de milliers de personnes et procède à des bombardements aériens contre les maquis. Pour la seule année 1960, plus de 20 000 personnes sont tuées dans ces opérations selon les estimations de Max Briand.