Afrika Bambaataa, nom de scène de Lance Taylor, né le 17 avril 1957 à New York (État de New York) et mort le 9 avril 2026 en Pennsylvanie, est un DJ américain, l'un des créateurs du mouvement hip-hop et le fondateur de la Zulu Nation.
Il est parmi les pères fondateurs du mouvement hip-hop, tels que DJ Kool Herc et Grandmaster Flash.
En 2016, plusieurs plaintes sont déposées et des enquêtes sont ouvertes sur des abus sexuels qu'il aurait fait subir à des mineurs. En 2021, une procédure judiciaire est ouverte contre lui pour abus sexuels et trafic sexuel de mineurs.
La vie de Lance Taylor, plus connu sous le nom d'Afrika Bambaataa reste en partie mystérieuse, voire énigmatique. Bambaataa fut un leader du gang des Black Spades (en), devint l'instigateur de la pratique du DJing avant de se réinventer comme un missionnaire contre la violence en fondant la Zulu Nation.
Afrika Bambaataa est né à Manhattan, dans la ville de New York, NY, de parents originaires de la Barbade et de la Jamaïque. Selon certains écrits et articles biographiques, Afrika Bambaataa serait né en avril 1960 mais cette estimation ne concorde pas avec son parcours : s'il était né en 1960, il aurait été membre des Black Spades à l'âge de neuf ans et en serait devenu un leader avant ses dix ans. L'année 1957 est donc plus plausible. Théorie confirmée par le fait que Bambaataa a célébré lors de sa jeunesse des fêtes d'anniversaire communes avec son ami DJ Kool Herc à la période de la mi-avril. La date de naissance de Herc est, contrairement à la sienne, certaine.
Bambaataa a grandi et fut élevé par une mère infirmière dans le Bronx-Est, plus exactement dans l'une des tours des Bronx River Projects à proximité des James Monroe Houses, un autre grand ensemble.
Une partie de sa famille était constituée d'ardents militants et défenseurs de la cause noire, dont des membres des Black Muslims. Bambaataa Bunchinji, l'oncle d'Afrika, était quant à lui un nationaliste noir engagé. Dès son plus jeune âge, Bambaataa a ainsi été influencé par des idéologies politiques différentes, mais toutes axées sur la recherche de la « liberté » des Noirs américains.
Lance Taylor avait gagné un voyage en Afrique alors qu'il était lycéen, il avait aussi vu le film Zulu (1964) qui l'avait impressionné en mettant en avant la solidarité du peuple zoulou. Il a choisi le pseudonyme d'« Afrika Bambaataa Aasim » d'après Bambatha kaMancinza (en), le chef zoulou ayant mené la rébellion de Bambatha dans le Natal en 1906.
En 1969, Afrika Bambaata a douze ans. Les rues de Bronx River sont infestées par la criminalité et la délinquance. Par choix ou bien par nécessité, Bambaata intègre le gang P.O.W.E.R (« People's Organization for War and Energetic Revolutionaries »). Il quitte ce dernier pour rejoindre celui des Black Spades (en) en français : « Piques noirs ».
Son charisme et son don pour la parlote lui permettent de se faire connaître et de devenir rapidement influent au sein de son gang mais aussi auprès d'autres groupes limitrophes. Bambaataa devient donc un « seigneur de la guerre » chargé d'accroître l'influence des Black Spades. À de nombreuses reprises, il pousse son clan à affronter les autres bandes rivales dans ce but. Les Spades deviennent lors de cette période l'organisation criminelle noire la plus étendue du Bronx. Mais à l'occasion de rixes particulièrement violentes, Afrika commence à se remettre en question.
En 1971, une trêve est signée entre les différents gangs du quartier de South Bronx, territoire des Spades. Cette « paix » fait prendre conscience à Bambaataa qu'il pourrait, grâce à son sens de la communication et son aisance verbale, concilier les membres des différents gangs pour apporter à son quartier sérénité et quiétude.
Le mouvement créé par Kool Herc (l'inventeur du break) lui donne le moyen de parvenir à ses fins. Ainsi, il débute comme DJ en organisant des block parties (fêtes de quartier) dans un centre social. Voici comment Bambaataa décrit cet épisode de sa vie : « Quand je suis devenu DJ, j'avais déjà une armée avec moi, donc je savais que mes soirées allaient être noires de monde. » Et ce fut précisément le cas. Les fêtes de Bam polarisent une grande partie de la jeunesse pauvre du Bronx. Il arrive même que des membres de gang ennemis se retrouvent côte à côte lors de ces événements. Des beats cadencés, les figures des b-boys et des b-girls (les danseurs de break dance), une épaisse fumée planant dans l'air, de l'alcool, des gros lascars armés et des filles, voilà à quoi ressemblent ces rassemblements dans le modeste centre social du quartier d'Afrika. La musique hip-hop naîtra et se diffusera grâce, en partie, à ces cérémonies.
La même année, Afrika Bambaataa fonde la Bronx River Organization. Cette dernière est destinée à se substituer au gang des Spades. Bam à propos de cette organisation : « Ceci est une organisation. Nous ne sommes pas un gang. Nous sommes une famille. Ne cherchez pas les emmerdes. Laissez les emmerdes venir à vous, et là battez-vous comme des beaux diables. »
Avant même la décadence des gangs de rue à partir des années 1975, Afrika sera le premier à tenter de proposer aux jeunes démunis une alternative à la vie ultra-violente des bandes organisées. En effet, l'organisation sert essentiellement à préparer les soirées et les rassemblements. L'idée de Bambaataa est d'occuper la jeunesse du Bronx et des environs à des activités artistiques dans un cadre communautaire. Peu importe d'où les jeunes viennent, peu importe qu'ils appartiennent à tel ou tel gang, ce qui compte, c'est de danser sur des beats « bien lourds ».
Entre 1971 et 1975, soit environ entre ses 14 et 18 ans, Afrika Bambaataa s'impose comme le DJ le plus influent du South Bronx. Suivant le sillon creusé par le DJ Kool Herc, ses set-lists, ses « mixs », empruntent à la fois à la salsa, au rock, à la soca mais surtout à la musique soul et au funk. Il entame souvent ses sessions avec le générique d'une émission de télévision différente chaque soirée. C'est la diversité du répertoire musical et l'originalité de Bambaataa qui permettra au courant hip-hop naissant de déployer ses ailes et de prendre son envol au-dessus des quartiers pauvres de New York.
Les mixs du DJ enrichissent considérablement la break music et finiront même par la transcender. C'est Bam qui popularisera ce nouveau genre musical. Fort de ses nombreux contacts auprès des membres des autres gangs de New York, il engendre ce qu'on appellera plus tard, le mouvement hip-hop.
En 1982, le chef-d'œuvre d'Afrika, Planet Rock, aura un succès international retentissant ; ce morceau marie des samples des morceaux Trans-Europe Express et Numbers du groupe de musique électronique allemand Kraftwerk. Sa tournée au début des années 1980 permettra de diffuser le hip-hop en Europe et de transformer ce mouvement new-yorkais en un mouvement mondial.
Le 6 janvier 1975, le cousin d'Afrika, Soulski, est tué à la suite d'une fusillade avec les forces de l'ordre. Cet événement traumatise le jeune homme et conditionnera le reste de son existence. Il quitte le gang des Black Spades et voyage à travers l'Europe et l'Afrique. Durant l'année 1975, des épisodes exécrables marquent l'histoire du Bronx. À la suite d'interventions policières sanglantes, des émeutes éclatent et des attaques envers les forces de l'ordre surviennent. Choqué par la mort de son cousin, bouleversé par ses voyages et scandalisé par la situation dans laquelle se trouve son quartier, Bambaataa est bien décidé à transformer l'Organization.