Ce Jour-là

Affaire Tichborne

Affaire judiciaire britannique

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L’affaire Tichborne est une cause célèbre du droit britannique qui passionne l'Angleterre victorienne des années 1860 et 1870. Un individu, parfois dénommé Thomas Castro ou Arthur Orton mais qui le plus souvent est simplement appelé « le requérant » (the Claimant en anglais), revendique être l'héritier des baronnets Tichborne. Il ne parvient pas à le démontrer devant la justice et est convaincu de parjure ce qui lui vaut une longue peine de prison.

Roger Tichborne, héritier du titre et de la fortune de la famille est présumé mort dans un naufrage en 1854. Sa mère s'accroche à l'espoir qu'il ait survécu, et à la suite de rumeurs selon lesquelles il aurait atteint l'Australie, elle publie de nombreuses annonces dans les journaux australiens, offrant une récompense pour toute information. En 1866, un boucher désargenté connu sous le nom de Thomas Castro de Wagga Wagga s'annonce, prétendant être Roger Tichborne. Bien que ses manières et sa conduite soient peu raffinées, il obtient un soutien financier pour se rendre en Angleterre. Là-bas il est immédiatement accepté, par Lady Tichborne, comme son fils, bien que d'autres membres de la famille soient plus sceptiques et le dénoncent comme imposteur.

Au cours d'enquêtes approfondies, avant que l'affaire ne parviennent aux tribunaux, en 1871, des détails émergent suggérant que le requérant pourrait être Arthur Orton, fils d'un boucher de Wapping à Londres, qui avait pris la mer très jeune et avait été vu en Australie. Après qu'un tribunal civil ait rejeté la thèse du requérant, il est accusé de parjure, et fait campagne dans tout le pays afin d'obtenir un soutien populaire à sa cause. En 1874, le jury d'un tribunal criminel juge qu'il n'est pas Roger Tichborne et déclare qu'il est Arthur Orton. Avant de prononcer une peine de 14 ans d'emprisonnement, le juge condamne le comportement de l'avocat du requérant, Edward Kenealy, qui est ensuite radié du barreau en raison de sa conduite.

Les Tichborne, de Tichborne Park près d'Alresford dans le Hampshire, sont une ancienne famille anglaise catholique, influente dans la région avant même la conquête normande. Après la Réforme au XVIe siècle, bien qu'un de ses membres soit hanged, drawn and quartered comme complice de la conspiration Babington visant à assassiner la reine Élisabeth Ire, la famille en général se montre fidèle à la couronne britannique et en 1621 Benjamin Tichborne est créé baronnet pour services rendus au roi James Ier.

En 1803, le septième baronnet Sir Henry Tichborne, est capturé par les Français à Verdun pendant les guerres napoléoniennes et détenu comme prisonnier civil pendant quelques années. En captivité avec lui, il a son quatrième fils, James, et un noble Anglais, Henry Seymour de Knoyle. Malgré sa détention, Seymour parvient à nouer une liaison avec la fille du duc de Bourbon qui donne naissance, en 1807, à une fille, Henriette Félicité. Des années plus tard, lorsqu'Henriette dépasse son vingtième anniversaire et est toujours célibataire, Seymour pense que son ancien compagnon de captivité James Tichborne pourrait faire un mari idéal, bien que James soit aussi vieux que lui-même et physiquement fort peu engageant. Le couple se marie en août 1827 et le 5 janvier 1829 Henriette donne naissance à un fils, Roger Charles Doughty Tichborne.

Henry Joseph, le fils aîné de Sir Henry, lui succède, en 1821. Père de sept filles, il n'a pas d'héritier mâle. Comme les baronnies ne peuvent être héritées que par un homme, lorqu'Henry Joseph meurt, en 1845, c'est son jeune frère Edward, surnommé Doughty en raison d'un legs important qu'il a reçu, qui hérite du titre. L'unique fils d'Edward meurt pendant l'enfance, de sorte que James Tichborne devint le suivant dans la ligne de succession de la baronnie, et après lui, Roger. Comme la fortune de la famille a considérablement augmenté grâce aux apports de l'héritage de Doughty, cela représente une perspective plus qu'encourageante.

Après la naissance de Roger, Jacques et Henriette ont encore trois enfants : deux filles, mortes en bas âge, et un second fils, Alfred, né en 1839. Le mariage n'est pas heureux, et le couple vit la plupart du temps séparé, lui en Angleterre, elle à Paris avec Roger. Pour cette raison, Roger parle principalement français, et son anglais est teinté d'un fort accent. En 1845, James décide que Roger doit terminer ses études en Angleterre et le place dans un pensionnat jésuite, le Stonyhurst College, où il reste jusqu'en 1848. En 1849, il passe les examens d'admission de l'armée britannique et obtient ensuite une commission dans le 6th Dragoon Guards, où il sert, pendant trois ans, principalement en Irlande.

Pendant ses permissions, Roger demeure souvent chez son oncle Edward à Tichborne Park et est attiré par sa cousine Katherine Doughty, de quatre ans sa cadette. Sir Edward et son épouse, bien qu'ils soient attachés à leur neveu, ne considèrent pas le mariage entre cousins germains comme souhaitable. À un certain moment il est interdit au jeune couple de se rencontrer, mais ils continuent à le faire clandestinement. Se sentant harcelé et frustré, Roger espère échapper à cette situation grâce à une période de service à l'étranger. Cependant, lorsqu'il devient clair que le régiment reste dans les îles Britanniques, il démissionne. Le 1er mars 1853, il part pour un voyage privé en Amérique du Sud à bord de La Pauline, à destination de Valparaíso au Chili.

Le 19 juin 1853, La Pauline atteint Valparaiso, où des lettres informent Roger que son père est devenu baronnet, Sir Edward étant décédé en mai. En tout, Roger passe dix mois en Amérique du Sud, accompagné lors des premières étapes par un domestique de la famille, John Moore. Au cours de son voyage à l'intérieur des terres, il doit avoir visité la petite ville de Melipilla, qui se trouve sur la route entre Valparaiso et Santiago. Moore, qui est tombé malade, a été remercié à Santiago, tandis que Roger se rend au Pérou, où il fait un long périple de chasse. Fin 1853, il est de retour à Valparaiso. Au début de la nouvelle année, il commence une traversée de la Cordillère des Andes. Fin janvier, il atteint Buenos Aires, où il écrit à sa tante, Lady Doughty, indiquant qu'il se dirige vers le Brésil, puis la Jamaïque et enfin le Mexique. Les derniers signes de vie de Roger sont à Rio de Janeiro, en avril 1854, dans l'attente d'un passage pour la Jamaïque. Bien que démuni de passeport, il a obtenu une place sur un voilier, le Bella, qui part pour la Jamaïque le 20 avril.

Le 24 avril 1854, la coque d'un navire chaviré, portant le nom de Bella, est découvert au large des côtes brésilienne, ainsi que quelques débris, mais aucun corps. La perte du navire et de son équipage est déclarée. On annonce à la famille Tichborne, en juin, que Roger doit être présumé disparu, mais ils conservent une lueur d'espoir, alimentée par des rumeurs, selon lesquelles un autre navire aurait secouru les survivants et les aurait emmenés en Australie. Sir James Tichborne meurt en juin 1862, à ce stade, Roger, s'il est vivant, devient le onzième baronnet. Comme il est alors présumé mort, le titre passe à son frère cadet Alfred, dont l'imprudence financière le conduit rapidement au bord de la faillite. Tichborne Park doit même être abandonné et mis en location.

Encouragée par le sentiment maternel que son fils aîné est bel et bien vivant, en février 1863, Lady Tichborne commence à placer régulièrement des annonces dans The Times offrant une récompense pour des informations sur Roger Tichborne et le sort du Bella. Sans résultat. En mai 1865, Lady Tichborne lit une annonce placée par Arthur Cubitt de Sydney, en Australie, au nom de son agence intitulée « Missing Friends Agency » (Agence des Amis Disparus). Elle lui écrit et il accepte de placer une série d'annonces dans les journaux australiens. Ceux-ci donnent des détails sur le dernier voyage du Bella et décrivent Roger Tichborne comme « étant d'une constitution délicate, plutôt grand, avec des cheveux bruns très clair et les yeux bleus ». Une « récompense plus que généreuse » est offerte « pour toute information qui permettrait de manière certaine d'être fixé sur son destin ».

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