Ce Jour-là

Affaire Philippe Daudet

Suicide

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L'affaire Philippe Daudet est une affaire criminelle relative au suicide de Philippe Daudet, fils de l'écrivain, journaliste et homme politique, membre de l'Action française, Léon Daudet. Le 24 novembre 1923, Philippe Daudet, âgé de quinze ans, meurt des suites d'une blessure par balle à la tête alors qu'il circulait en taxi. L'affaire partage l'opinion publique, entre les thèses du suicide et de l'assassinat. Le 30 juillet 1925, la cour d'appel de Paris retient le suicide et rend une ordonnance de non-lieu. Sa mort a suscité de vives polémiques lancées par L'Action française et par la famille Daudet contre les anarchistes, la police et la Troisième République, s'opposant aux conclusions de l'enquête. L'affaire se prolonge jusqu'en 1931.

Marius Plateau, secrétaire général de la Ligue d'Action française et des Camelots du Roi est assassiné le 22 janvier 1923. Le procès de son assassin anarchiste, Germaine Berton, doit débuter le 18 décembre 1923 devant la cour d'assises de la Seine. Originellement, l'accusée voulait tuer soit Charles Maurras, soit Léon Daudet.

Philippe Daudet est né le 7 janvier 1908 dans le 7ème arrondissement de Paris. Il est le premier fils de Léon Daudet et de sa seconde épouse Marthe Allard. Au printemps 1921, âgé de treize ans, il fugue en direction de Marseille, plutôt que de rejoindre son frère et sa sœur au jardin du Luxembourg. Face à ce tempérament, ses parents se résignent à lui « coudre de l'argent et des étiquettes l'identifiant à l'intérieur de ses vêtements ». Son père fait prévenir la police de la probabilité d'autres fugues et l'emmène consulter le professeur Babinsky, spécialiste des maladies du système nerveux.

En 1922, Philippe Daudet fugue à deux reprises. Il est considéré comme un « adolescent perturbé ».

Fugue inachevée vers le Canada

Le 20 novembre 1923, Philippe Daudet, âgé de quinze ans, quitte le domicile familial, rue Saint-Guillaume, en emportant une importante somme d'argent (700 francs de ses propres deniers et 1 000 francs volés à ses parents). Au lieu de se rendre à l'école Bossuet, il prend le train pour Le Havre et tente d'acheter une traversée en bateau vers le Canada. Son pécule étant insuffisant, il a espéré, semble-t-il, travailler à bord du bateau pour compléter le prix du billet. Les représentants du navire le refusèrent d'autant plus qu'il n'avait pas de papiers d'identité. Pendant deux jours, il erre dans le port et tente d'acheter un pistolet. Il écrit à ses parents, puis déchire ses lettres. L'une d'entre elles témoigne déjà de ses intentions suicidaires :

« Mes parents chéris, pardon, oh, pardon pour la peine immense que je vous ai faite. Je ne suis qu'un misérable et un voleur. Mais j'espère que mon repentir effacera cette tache. Je vous renvoie l'argent que je n'ai pas dépensé et je vous supplie de me pardonner. Quand vous recevrez cette lettre, je ne serai plus vivant. Adieu, mais je vous adore plus que tout. Votre enfant désespéré, Philippe... Embrassez de ma part Claire et François, mais ne leur dites jamais que leur frère était un voleur. »

Le jeudi 22 novembre, il abandonne ses livres à l'hôtel « Malherbe, Ronsard, Chénier, un roman policier, la liste des départs de bateaux pour le Canada, et un numéro de L'Humanité », puis rentre à Paris.

Le jeudi après-midi, il arrive à la gare Saint-Lazare et se rend au bureau du journal anarchiste Le Libertaire. Il se présente sous un faux nom à son administrateur Georges Vidal. Philippe Daudet lui aurait confié sa sympathie pour l'anarchisme de même que son intention de commettre un attentat soit contre Raymond Poincaré (président du Conseil), soit contre Alexandre Millerand (alors président de la République), soit contre son père. Vidal l'en aurait dissuadé, le prenant soit pour un fou, soit pour un agent provocateur. Philippe Daudet fait un don de 200 francs au journal et reste à dîner. Un militant nommé Gruffy l'héberge pour la nuit, auquel Philippe Daudet lui aurait confié des histoires « typiques de l'exagération de l'adolescence », notamment « que son père le battait, le punissait trop sévèrement, le haïssait, qu'il le haïssait lui et toute la bourgeoisie qu'il avait fuis, à présent, qu'il voulait se venger de tout ce monde en commettant un crime éclatant ». Il n'aurait pas obtenu l'aide escomptée des anarchistes pour mener à bien son projet.

Le vendredi 23 novembre, les anarchistes lui indiquent qu'il peut se procurer un pistolet, « sans munition semble-t-il », chez un ami libraire, Pierre Le Flaoutter, au 46 boulevard Beaumarchais. Ce dernier, amant de Germaine Berton, est un receleur d'armes et accessoirement un indicateur de police. Aucune preuve ne permet d'attester que Philippe Daudet se soit procuré une arme à cet endroit, ce jour-là. Le Flaoutter soutint même que Philippe Daudet le visita seulement le lendemain.

Le même jour, il rend visite à l'explorateur Louis-Frédéric Rouquette dont les écrits sur l'Alaska et sur le Grand Nord lui ont inspiré son projet de fugue. Il rentre ensuite au Libertaire et confie à Georges Vidal une liasse de poèmes et une lettre cachetée adressée à sa mère, à envoyer si quelque chose arrivait.

Pardon pour la peine immense que je te fais. Depuis longtemps j'étais anarchiste, sans oser le dire, maintenant ma cause m'a appelé, et je crois qu'il est de mon devoir de faire ce que je fais. Je t'aime beaucoup. Philippe. Embrasse bien les gosses de ma part. »

Le samedi 24 novembre, il aurait visité de nouveau le magasin de Le Flaoutter et reformulé ses désirs d’assassinat politique. Le Flaoutter aurait tenté de l'en dissuader et lui aurait demandé de revenir dans l'après-midi pour prendre un exemplaire du recueil Les Fleurs du mal de Baudelaire. Le libraire prévient aussitôt le contrôleur général Lannes de la Sûreté générale d'un possible attentat. Le fonctionnaire missionne huit inspecteurs et commissaires, ainsi que quatre policiers, pour cueillir Philippe Daudet lorsque celui-ci se représentera à la librairie[réf. nécessaire]. Vers 16h30, Philippe Daudet monte dans un taxi et demande à être conduit au cirque Medrano. En chemin, le chauffeur, dénommé Bajot, jette un coup d'œil derrière lui et s'aperçoit que son passager est affaissé sur le siège. Il s'arrête à hauteur du 126, boulevard de Magenta et constate qu'il est blessé d'une balle à la tête.

Philippe Daudet meurt deux heures plus tard à l'hôpital Lariboisière, anonymement. Le dimanche matin, en lisant dans Le Petit Parisien un entrefilet relatant ce suicide, Mme Léon Daudet se demande s'il ne s'agit pas de son fils. Elle prie un ami de la famille, le docteur Bernard, de se rendre à l'hôpital : le docteur reconnaît le jeune homme, qui est ensuite reconnu par son père. Le suicide ne fait alors aucun doute pour la famille. Léon Daudet demande au Parquet d'autoriser l'inhumation sans autopsie. Lors de l'enterrement, pour permettre les funérailles religieuses à Saint-Thomas-d'Aquin, avant l'inhumation au Père-Lachaise dans le caveau familial, le docteur Bernard certifie que le suicide s'est produit alors que l'enfant avait l'esprit dérangé. Daudet ment à ses proches en leur disant que son enfant est mort d'une méningite foudroyante.

Le 28 novembre 1923, Philippe Daudet est inhumé au cimetière du Père-Lachaise. Dans l'assistance, sont présents : Joseph Kessel aux côtés de François Mauriac, de Jean Cocteau et d'Henry Torrès, adhérent du parti communiste et avocat de Germaine Berton.

Le scandale commence le 2 décembre, lorsque la manchette d'un numéro hors-série du Libertaire fait l'effet d'une bombe : « La mort tragique de Philippe Daudet, anarchiste ! Léon Daudet étouffe la vérité ».

Georges Vidal donne un récit détaillé des circonstances dans lesquelles a disparu le jeune homme dont il fait un héros de l'anarchie et s'en prend violemment à Léon Daudet accusé d'avoir étouffé la voix de son fils et d'être responsable de sa mort. La dernière page reproduit des poèmes de Philippe Daudet. Le 4 décembre, dans un autre article, il revient sur le geste de l'adolescent qui se serait suicidé en passant devant la prison où Germaine Berton, sa maîtresse, attend son jugement et souligne « son admiration, je dirai plus son amour » pour la jeune anarchiste. Le journal publie une lettre signée de onze surréalistes, dont Aragon : « Nous sommes de tout cœur avec Germaine Berton et Philippe Daudet ; nous apprécions à sa valeur tout véritable acte de révolte ».

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