Adolphe Thiers, né le 15 avril 1797 à Marseille (Bouches-du-Rhône) et mort le 3 septembre 1877 à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise), est un avocat, journaliste, historien et homme d'État français.
Arrivé à Paris à 24 ans, ambitieux et sans fortune — il aurait servi de modèle à Balzac pour le personnage de Rastignac —, journaliste anticlérical et patriote de l'opposition libérale est l'auteur à succès d'une Histoire de la Révolution française. Il est un exemple de l'évolution des classes dirigeantes françaises à la recherche d'un nouvel ordre institutionnel stable après l'effondrement de la monarchie absolue en 1789. Il a joué un grand rôle dans la mise en place des régimes politiques successifs ayant suivi l'échec de la Restauration en 1830.
Il contribue aux Trois Glorieuses et joue un rôle décisif dans la mise en place de la monarchie de Juillet. Élu à l'Académie française, marié et devenu riche, il est député, plusieurs fois ministre et deux fois président du Conseil. Partisan d'une monarchie constitutionnelle dans laquelle « le roi règne, mais ne gouverne pas », il s'éloigne du roi Louis-Philippe Ier au nom de l'esprit « national » sur la politique étrangère (crise de 1840) et devient l'adversaire de Guizot au nom des libertés parlementaires.
Après la révolution de 1848, il se rallie à la République et devient l’une des figures du parti de l'Ordre. Opposé au coup d’État du 2 décembre 1851 du futur Napoléon III, dont il a appuyé la candidature à la présidence de la République en 1848, il ne se rallie pas au Second Empire et commence une longue traversée du désert. Il écrit la suite de sa Révolution, l'Histoire du Consulat et de l'Empire en vingt volumes, qui sont de nouveau un succès de librairie. Élu en 1863 à Paris, il devient l'un des principaux orateurs de l'opposition libérale et s'oppose à la guerre franco-allemande de 1870.
En février 1871, après la chute du Second Empire consécutive à la défaite de Sedan pendant la guerre contre la Prusse et l'échec du Gouvernement provisoire de la Défense nationale, il devient « chef du pouvoir exécutif de la République française », c’est-à-dire à la fois chef de l’État et du gouvernement, Jules Dufaure étant vice-président du Conseil. Il négocie le traité de paix avec Bismarck et réprime dans le sang l'insurrection de la Commune de Paris.
Il est considéré par toutes les gauches révolutionnaires comme un artisan du massacre des communards pendant la semaine sanglante.
En août 1871, par la loi Rivet, il devient président de la République française. Il organise notamment l'emprunt national qui permet l'évacuation anticipée du territoire par les troupes d'occupation. En mars 1873, il est salué par l'Assemblée nationale comme « le libérateur du territoire ».
Son ralliement à une « République conservatrice » provoque en mai 1873 sa mise en minorité par les monarchistes, majoritaires à l'Assemblée nationale et entraîne sa démission de la présidence de la République. Il a ouvert la voie au rapprochement de la droite orléaniste libérale et des républicains modérés dirigés par Léon Gambetta, alliance qui, par la voie de l'« opportunisme », a fondé la Troisième République.
Marie Louis Joseph Adolphe naît, enfant naturel, le 15 avril 1797, dans la maison de sa mère, Marie-Madeleine Amic, fille de négociant marseillais, 15, rue des Petits-Pères à Marseille, aujourd'hui rue Adolphe-Thiers. Le baptême est célébré clandestinement dans la cave par un prêtre réfractaire.
L’enfant est légitimé le 13 mai lorsque son père, Pierre-Louis Thiers, veuf depuis le 3 mars de Marie-Claude Fougasse, épouse sa mère.
Le grand-père d'Adolphe Thiers, Louis-Charles Thiers, est né à Marseille, d’un avocat au barreau d'Aix-en-Provence, nommé en 1770 archivaire-secrétaire (secrétaire général) de la ville de Marseille, réputé pour être un homme compétent, travailleur et honorable, emprisonné et ruiné par la Révolution, ce dernier meurt en 1795 à Menton.
Au bout de quatre mois, Pierre-Louis Thiers disparaît sans laisser d’adresse. Adolphe Thiers ne l’a jamais revu.
En 1825, lorsque le père réclame une aide à ce fils qui commence à faire parler de lui dans le journalisme parisien, Thiers répond :
« Mes devoirs envers ma mère ne sont pas assez complètement remplis pour que je songe à des besoins qui sont ceux d’un homme dont je porte le nom, dont je suis le fils, mais qui ne fut jamais mon père, et que je ne regarderai jamais comme tel. Sa conduite indigne, la vie déplorable à laquelle il se livre, et qui donnent à un fils de 28 ans le droit de réprouver un père de 60, tout cela sont des raisons d’une séparation éternelle. Comment M. T. ose-t-il parler des sacrifices qu’il a faits pour l’éducation d’un fils dont il a laissé toute la charge à sa malheureuse épouse ? Lorsqu’il sera prouvé que c’est pour soutenir sa vie, et non pour se livrer aux plus ignobles excès, qu’il demande des secours, M. Ad. T. fera ce que sa situation lui permettra, et ne le fera pas par sentiment, car il n’a d’amour et de devoir qu’envers sa mère. »
Après une jeunesse aventureuse et dissipée (il est enfermé par lettre de cachet à la demande de son père) où on le retrouve en Morée, à Malte et aux îles d’Amérique où il tente de faire fortune, Pierre Thiers revient à Marseille en 1785, où il est embauché à la mairie. Chargé de la perception des loyers, il se sert dans la caisse et son père doit combler le déficit s'élevant à 7 000 francs, soit deux ans de salaire. En 1788, il épouse Marie-Claude Fougasse, dont il a un fils. À Lyon, au moment de l’insurrection royaliste de 1793, il se lie avec le chevalier de Fonvielle (1760-1839), littérateur et publiciste royaliste, actif propagandiste contre-révolutionnaire à Marseille et dans le Midi. Fonvielle raconte dans ses Mémoires leur fuite mouvementée lorsque la Révolution triomphe, par la Suisse, l’Italie, Gênes et la mer, à Toulon puis à Carthagène.
Après la chute de Robespierre (27 juillet 1794), Pierre revient à Marseille et obtient un poste d'accusateur public près le tribunal militaire. Il réussit à faire libérer Lucien Bonaparte incarcéré à Aix qui, pour lui témoigner sa reconnaissance, le fait nommer au service des vivres de l’armée d’Italie.
Après l’abandon de la femme qu'il vient d'épouser à Marseille et de son fils au berceau, il part à Paris. Fonvielle nous rapporte qu'il mène grand train. Il a ramené deux Italiennes : Thérèse Cavalieri avec qui il a deux enfants, et la sœur de cette dernière, Louise, qui lui donne une fille. Il acquiert deux domaines dans la Manche provenant de l'abbaye de Lessay. Rapidement ruiné, il est nommé par les Bonaparte receveur des contributions directes à Beaucaire. Au bout de dix-huit mois, il demande un congé. On s’aperçoit qu’il manque 44 000 francs dans la caisse. Il est arrêté à Bologne, au pays de Thérèse Cavalieri qu’il fait passer pour sa femme, mais réussit à s’enfuir. De nouveau arrêté à Marseille le 29 juillet 1806 et transféré à Nîmes, il est libéré grâce à l’appui de Lucien Bonaparte et s’installe à Paris chez son ami Fonvielle.
Lorsque Thiers devient ministre, son père se prévaut de sa paternité pour extorquer de l’argent à des dupes. Thiers l’expédie à Carpentras avec une petite pension sous la surveillance de son ami d’Aix, le sous-préfet Floret. Le chantage recommence en 1832. Le père revient à Paris chez Fonvielle pour exercer une pression sur « un fils dénaturé ». Fonvielle sert d'intermédiaire, écrit dix-sept lettres à Thiers, puis au roi et à la reine sans succès, écrit un pamphlet. Un journal de Marseille ouvre une souscription « pour sauver la famille de M. Thiers de la famine et de la prostitution ». Thiers se fâche, menace. Le père finit par rentrer à Carpentras, où il meurt à 83 ans couvert de dettes.