Ce Jour-là

Action directe

Groupe armé d'extrême gauche français

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Action directe (AD) est un groupe terroriste, issu de la lutte anti-franquiste et du mouvement autonome.

Le groupe, qui emprunte son nom à la théorie anarchiste de l'« action directe », s'inscrit dans les « années de plomb » qui ont vu apparaître les mouvements Fraction armée rouge en Allemagne ou les Brigades rouges en Italie.

Ses membres ont revendiqué plus de 80 attentats ou assassinats sur le territoire français entre 1979 et 1987. Action directe est interdit pour apologie de la lutte armée par un décret du 24 août 1982 portant dissolution du groupement par l'effet de la loi du 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et milices privées. L'organisation est, depuis, officiellement considérée comme terroriste par les autorités françaises. Les derniers militants de l'organisation ont été arrêtés en 1987, puis jugés et condamnés par une formation spéciale de la cour d'assises de Paris sous les chefs d'inculpation d'assassinat de l'industriel Georges Besse, de celui de l'ingénieur général de l'armement René Audran, de tentatives d’assassinat sur le contrôleur général des armées Henri Blandin et du vice-président du Conseil national du patronat français (CNPF) Guy Brana, et des attentats contre les locaux d’Interpol et ceux de l'Union de l'Europe occidentale.

Selon le criminologue Jean-François Gayraud, l'organisation compta environ 200 sympathisants et militants sur huit ans d'existence. Sur le plan international, Action directe mène notamment des actions avec les Cellules communistes combattantes (Belgique), la Fraction armée rouge (Allemagne), divers groupes armés italiens (Brigades rouges, communistes organisés pour la libération prolétarienne, Prima Linea), les Fractions armées révolutionnaires libanaises et des groupes marxistes turcs.

Action directe est le résultat de la fusion des membres des Groupes d'action révolutionnaires internationalistes (GARI), des Noyaux armés pour l'autonomie populaire (NAPAP) et des Brigades internationales. Ces trois groupes appartiennent à la même famille de pensée que la Gauche prolétarienne (GP), mouvement maoïste dissous en 1974, qui prônait le recours à la violence comme arme politique. Les GARI sont fondés en 1973 par des anarchistes espagnols anti-franquistes exilés en France, qui basculent dans la lutte armée l'année suivante, après la condamnation à mort et l'exécution de l'anarchiste catalan Salvador Puig i Antich. Jean-Marc Rouillan, Michel Camilleri, Mario Ines-Torres, Floréal Cuadrado, Raymond Delgado appartiennent à ce groupe. Les NAPAP, dont est issu Pascal Trillat, forment un autre mouvement anarchiste, animé par Frédéric Oriach ; ce groupe s'est fait connaître en 1977 en revendiquant notamment l'assassinat de Jean-Antoine Tramoni, ancien vigile des usines Renault qui avait abattu cinq ans plus tôt le militant maoïste Pierre Overney. Les Brigades internationales organisent en 1976-1977 plusieurs attentats contre des diplomates étrangers en poste à Paris. Ces trois organisations suivent un cheminement idéologique similaire. Elles ont en commun le recours aux attentats à l'explosif, aux mitraillages d'édifices publics et de sièges de sociétés, aux assassinats dits politiques et aux attaques de banque comme moyen de financement. Elles coopèrent avec d'autres groupes armés européens (italiens, espagnols, allemands) et palestiniens. Elles s'apportent un appui logistique mutuel. Leur rapprochement aboutit en 1977 à la création d'une « coordination politico-militaire interne au mouvement autonome en France ».

Cette coordination se transforme en 1979 en une « organisation de guérilla » qui commence à revendiquer ses attaques sous le nom d'Action directe, expression empruntée à l'anarcho-syndicalisme du début du XXe siècle, mais avec laquelle la pratique d'Action Directe n'a rien à voir. Rouillan explique que ce nom est choisi au cours d'une réunion à laquelle participent notamment Nathalie Ménigon, Mario Ines Torres, Éric Moreau, Régis Schleicher, Gérard Derbesse et lui-même. Pour eux, il signifie « Mouvement pour l'autonomie du prolétariat ». Selon Rouillan, « comme guérilla communiste, notre but essentiel était (…) d'élever la conscience critique dans le prolétariat occidental afin que, par ses propres forces, il puisse rompre la fausse unité à laquelle l'opportunisme le condamne ». Les attentats sont commis par le groupe au nom de la lutte contre l’impérialisme capitaliste, contre les symboles de la puissance de l’État, le grand patronat et la défense du prolétariat. Pour s'alimenter en armes et explosifs, ils réalisent des vols et braquages.

Selon certaines sources, le groupe Action directe aurait pu être commandité, voire manipulé par un État étranger afin de commettre certains assassinats. C'est la thèse que soutiennent les journalistes Romain Icard et Dominique Lorentz. Le nom de l'Iran, que le contentieux Eurodif opposait à la France, est souvent cité. Cette thèse, considérée comme vraisemblable par Gilles Ménage (ancien directeur de cabinet de François Mitterrand chargé des questions de renseignement, de police et de sécurité), se fonde notamment sur le fait que Georges Besse, assassiné par Action directe, avait été président d'Eurodif. Le juge Alain Marsaud indique d'autre part qu'au moment de leur arrestation, les responsables du groupe (Jean-Marc Rouillan, Nathalie Ménigon, Joëlle Aubron et Georges Cipriani) projetaient d'enlever et de séquestrer le président d'Eurodif. Par ailleurs, l'ingénieur général René-Pierre Audran était responsable des contrats d'armement avec l'Irak, en guerre avec l'Iran depuis 1980. Il supervise en juillet 1984 une négociation avec l'Iran portant sur des ventes d'armes ; or celle-ci est brutalement interrompue par le gouvernement français en septembre. Yves Bonnet, ancien directeur de la Direction de la Surveillance du territoire, se dit convaincu qu'Action directe est commanditée pour certains assassinats ; il se fonde notamment sur la proximité de Mohand Hamami, militant du groupe, avec la Fraction armée révolutionnaire libanaise (FARL).

La première manifestation « idéologique » violente du groupe date du 1er mai 1979 : il s'agit du mitraillage de la façade du siège du Conseil national du patronat français (CNPF), avenue Pierre-Ier-de-Serbie à Paris. Le commando est composé d'André Olivier, Maxime Frérot, Ménigon et Rouillan. Le 25 mai, un attentat à l'explosif est commis contre une agence immobilière à Sceaux ; il est revendiqué pour la première fois par le groupe Action directe. Cependant, après le mitraillage du CNPF, Rouillan situe la première « offensive » d'Action directe les 15 et 16 septembre, avec trois bombes déposées au ministère du Travail, au ministère de la Santé et à la direction de la SONACOTRA, ainsi qu'un mitraillage du ministère du Travail. Le 16 mars 1980, un attentat vise les locaux réputés secrets de la Direction de la Surveillance du territoire (DST) rue Rembrandt à Paris. Le 18 mars 1980, la façade du ministère de la Coopération, boulevard des Invalides est mitraillée. Le ministre Robert Galley vient de quitter son bureau, qui est atteint par plusieurs balles. Des tracts signés Action directe dénonçant « l'État négrier » sont abandonnés sur place.

À la suite de cet attentat, les différents services de police se mobilisent contre Action directe. Dirigée par le commissaire Jean-Pierre Pochon, la discrète Brigade Opérationnelle Centrale (BOC) des Renseignements généraux (RG) suit attentivement le groupe dont la dérive de plus en plus violente inquiète les autorités. Jean-Marc Rouillan est déjà connu des services de police : il a fait l'objet de plusieurs interpellations pour détention d'armes depuis 1974. Par ailleurs il est identifié avec Éric Moreau comme l'un des « revendeurs » du tableau de Jérôme Bosch L'Escamoteur, qui a été dérobé en décembre 1978 au musée municipal de Saint-Germain-en-Laye. Ce « vol révolutionnaire » avait pour objectif de monnayer le tableau contre une rançon devant permettre d'acquérir des armes. Nathalie Ménigon et Carlos Jaurégui ont également été mis en cause dans cette opération.

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