Ce Jour-là

Aceh

Province d'Indonésie

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Aceh (/a.t͡ʃe/ ; en indonésien : Aceh /a.t͡ʃeh/, en acehnais : Acèh /a.cɛh/), anciennement Achem, Achim ou encore Atjeh, est une province d'Indonésie comprenant la pointe nord-ouest de l'île de Sumatra et quelques petites îles. Bénéficiant d'un statut spécial depuis 2005, c'est la seule province d'Indonésie qui applique la charia. Sa superficie est de 57 365,67 km2 et sa population est estimée à 5,52 millions de personnes en 2023, soit environ 2 % de la population indonésienne. Sa capitale et plus grande ville est Banda Aceh.

Elle est bordée par l'océan Indien à l'ouest et au sud, le détroit de Malacca au nord et la province de Sumatra du Nord à l'est. Elle a des frontières maritimes avec le territoire indien des Îles Andaman-et-Nicobar, la Thaïlande et la Malaisie.

De par sa position géographique privilégiée sur les routes commerciales qui relient la Chine et l'Inde, la province d'Aceh a entretenu des relations commerciales avec des commerçants chinois, indiens, arabes, turcs et persans dès le Moyen Âge. Aceh est le point de départ de l'expansion de l'islam en Indonésie, dès le XIIIe siècle.

Après la guerre d'Aceh (1873-1904), les colons néerlandais prennent le contrôle de la province. L'Indonésie obtient son indépendance en 1945 mais celle-ci n'est reconnue qu'en 1949. Néanmoins, de 1976 à 2005, un conflit long et sanglant oppose le gouvernement indonésien et le GAM, un mouvement séparatiste acehnais, causant environ 15 000 morts en 30 ans. Le 26 décembre 2004, un tsunami violent frappe Aceh, causant 160 000 morts et laissant 500 000 personnes sans domicile.

Un accord de paix est conclu entre le GAM et le gouvernement de Susilo Bambang Yudhoyono le 15 août 2005. Le tsunami de 2004 avait accéléré les négociations pour la paix. L'idée qu'il puisse être une punition divine a été une des causes de l'établissement de la charia dans la province.

Par ailleurs, Aceh comprend une grande partie du parc national du mont Leuser et héberge l'essentiel de la population d'orangs-outans de Sumatra.

En acehnais, la province s'appelle Acèh. En français et en indonésien, elle s'appelle Aceh. L'ancienne graphie Atjeh est parfois attestée. Jusqu'à la réforme de l'orthographe de 1972, commune entre l'Indonésie et la Malaisie, l'indonésien utilisait une orthographe basée sur le néerlandais dans laquelle le digramme tj notait le son /t͡ʃ/ (équivalent de tch en français). L'orthographe du nom a varié selon les époques et les auteurs : Acheh, Atjeh, Acem, Achem, ou Achin. Il existe également une graphie à l'anglaise, Acheh, utilisée par le GAM dans ses documents officiels.

De 1959 à 2001, le nom complet de la province est Daerah Istimewa Atjeh puis Daerah Istimewa Aceh (Territoire Spécial d'Aceh). Une loi de 2001 lui accorde une autonomie spéciale et la province change de nom pour celui de Nanggroë Aceh Darussalam. En acehnais, nanggröe signifie pays. En arabe, darussalam signifie demeure de la paix ou demeure de Dieu (as-Salam étant l'un des noms de Dieu dans l'islam). En 2009, le gouverneur Irwandi Yusuf (en) rétablit la forme courte Aceh.

Ère préislamique (jusqu'au XIIIe siècle)

Aceh est habitée depuis le Pléistocène. Au VIe siècle, des annales chinoises y attestent la présence de populations bouddhistes. Dès les VIIe et VIIIe siècles, la région entretient des rapports commerciaux avec des commerçants indiens qui introduisent l'hindouisme.

Les premiers royaumes musulmans (1267–1523/1524)

Aceh est la première région d'Indonésie où l'islam s'est répandu. Les preuves les plus anciennes connues sur la présence de l'islam dans le nord de Sumatra datent de la fin du XIIIe siècle. Il a été apporté par des commerçants arabes, turcs et persans.

En 1282, Malik as-Salih (en), le sultan de Samudra, situé au nord-est de l'actuel Aceh, envoie en Chine deux émissaires portant des noms arabes. Dans son voyage de retour de la cour de Kubilai Khan à Venise en 1292, Marco Polo fait escale à Perlak, voisin de Samudra, et note que le souverain de ce port est musulman, ce qui n'est pas le cas de « Basma » et « Samara ». On a essayé d'identifier, sans certitude, Samara à Samudra et Basma à Pasai, une autre principauté voisine.

Le voyageur marocain Ibn Battuta fait escale à Samudra à l'aller et au retour de son voyage en Chine en 1345-46. Il note que le souverain est musulman de l'école jurisprudentielle (ou madhhab) chaféite.

Deux pierres tombales dans le village de Minye Tujuh témoignent de la transition en train de s'opérer dans le pays. Toutes deux rédigées en malais, l'une est écrite dans un alphabet d'origine indienne qualifié de « proto-sumatranais », l'autre en arabe. Elles sont islamiques et signalent le décès d'une fille du sultan Malik al Zahir. Les deux inscriptions portent une date en ère Saka et en ère de l'Hégire, mais diffèrent d'une dizaine d'années, l'une mentionnant l'équivalent de 1380 apr. J.-C. et l'autre, 1389. Il existe une inscription en malais rédigée de la même façon dans les deux alphabets, dans l'État du Negeri Sembilan en Malaisie.

Fondé à la fin du XVe siècle par un certain Ali Moughaïat Shah (en), le sultanat d'Aceh devient un protectorat des Ottomans à l'époque de Sélim II pour se protéger de la menace portugaise grandissante dans la région.

La conquête néerlandaise (1873 – 1903)

En 1873, le consul américain à Singapour rencontre un émissaire d'Aceh pour discuter d'un traité entre les deux pays. Les Néerlandais décident d'attaquer Aceh. Commence la longue guerre d'Aceh. Les Néerlandais bombardent la capitale, Kutaraja (aujourd'hui Banda Aceh) et font débarquer un corps expéditionnaire de 3 000 hommes. Ils sont repoussés, perdant leur général. Le sultan Mahmud Syah (règne 1870-74) organise la résistance et demande de l'aide. Les Américains et les Britanniques refusent de la lui accorder. Les Français ne répondent pas. Les Turcs se montrent impuissants. Les Néerlandais envoient un second corps expéditionnaires de 10 000 hommes. Les troupes d'Aceh abandonnent leur capitale, que les Néerlandais investissent en 1874. Ils proclament l'annexion d'Aceh et l'abolition du sultanat. Mahmud et ses partisans se réfugient dans les montagnes. Il y meurt du choléra. Son fils Daud est proclamé sultan sous le nom de règne de Ibrahim Mansyur Syah (règne 1875-1907) et poursuit la résistance.

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