Les accords de Matignon sont des accords signés dans la nuit du 7 au 8 juin 1936 à l'hôtel de Matignon, sous la présidence du Conseil de Léon Blum (Front populaire), entre la Confédération générale de la production française (CGPF), la Confédération générale du travail (CGT) et l'État.
Les accords de Matignon portent essentiellement sur les relations collectives dans le monde du travail : instauration du délégué du personnel et confirmation des libertés syndicales. L'article 4 porte les revendications sur l’augmentation des salaires, notamment les plus faibles.
Le 3 mai 1936, la gauche remporte au second tour les élections législatives. Elle est formée en coalition, le Front populaire, constitué de la SFIO, du Parti communiste, du Parti républicain, radical et radical-socialiste et de députés indépendants. Un mouvement de grève générale s'organise et devient très largement dépassé par les centrales syndicales, même par la CGT réunifiée en 1935. L'occupation des usines est généralisée.
Le 11 et le 13 mai 1936 des grèves s'organisent respectivement au Havre et à Toulouse (l'usine d'aviation Latécoère) pour protester contre le licenciement d'ouvriers grévistes du 1er mai. Les revendications sont obtenues après une nuit d'occupation d'usine. La semaine suivante des actions similaires sont réalisées à Courbevoie et Villacoublay. Ces mouvements ne font alors pas l'objet d'une couverture médiatique dans la presse ouvrière.
Le 24 mai 1936 L'Humanité (diffusée lors du défilé du mur des fédérés qui rassemble ce jour-là 600 000 manifestants) évoque en cinquième page « une belle série de victoires dans les usines d’aviation ». La semaine qui suit, une première vague de grèves touche les usines d'aviation et d'automobiles dans la région parisienne.
Le 4 juin 1936, le gouvernement Blum I est formé, et ne comporte pas de ministres communistes mais disposant de leur confiance à l'Assemblée.
Le 5 juin 1936 à 12 h 30, Léon Blum présente à la radio le programme du Front populaire :
Parmi les projets dont il annoncera le dépôt immédiat et qu'il demandera aux deux Chambres de voter avant leur séparation figurent :
C'est-à-dire les principales réformes réclamées par le monde ouvrier.
Il est donc résolu à agir avec décision et rapidité… pour les travailleurs de la terre comme pour les travailleurs des usines.
[…] Le gouvernement demande donc aux travailleurs de s'en remettre à la loi pour celles de leurs revendications qui doivent être réglées par la loi, de poursuivre les autres dans le calme, la dignité et la discipline. Il demande au patronat d'examiner ces revendications dans un large esprit d'équité.
Le soir, après une réunion avec Léon Blum (et certainement sur sa proposition) le secrétaire général de la CGT Léon Jouhaux rappelle à la une de l'organe de son syndicat Le Peuple les revendications : « le rajustement des salaires, la semaine des 40 heures, mesure qui doit être votée par le Parlement et immédiatement, la suppression des heures supplémentaires, l'octroi de congés payés, la garantie de conditions d'hygiène, la reconnaissance concrète du droit syndical dans le cadre de conventions collectives du travail […] ».
Le 7 juin 1936, après plusieurs réunions préparatoires, se réunissent à l'hôtel de Matignon :
le président du Conseil Léon Blum ;
le ministre de l'Intérieur Roger Salengro ;
le ministre du Travail Jean-Baptiste Lebas ;
le sous-secrétaire d’État à la Présidence du Conseil Marx Dormoy ;
le sous-secrétaire d’État à la Présidence du Conseil Jules Moch ;