Les accords de Locarno sont signés le 16 octobre 1925 au Palazzo del Pretorio (it) de Locarno, une ville suisse sur les bords du lac Majeur, entre les représentants des principaux États : de l'Allemagne (Gustav Stresemann), de la Belgique (Émile Vandervelde), de la France (Aristide Briand), du Royaume-Uni (Austen Chamberlain), de l'Italie (Benito Mussolini), de la Pologne (Aleksander Skrzyński) et de la Tchécoslovaquie (Edvard Beneš). Ils sont ratifiés le 1er décembre 1925. Ils visent à assurer la sécurité collective en Europe et les frontières de l'Allemagne.
Cinq traités sont alors signés : un Pacte rhénan qui garantit les frontières occidentales de l'Allemagne, et quatre autres traités d'arbitrage (Allemagne-France, Allemagne-Belgique, Allemagne-Pologne et Allemagne-Tchécoslovaquie).
Les frontières de l'Allemagne sont divisées en deux catégories : les frontières orientales et les frontières occidentales. Seules les frontières occidentales de l’Allemagne sont réellement garanties par les accords de Locarno. Briand avait une idée bien marquée de ce que les accords de Locarno devaient apporter à l’Europe d’après-guerre : « Si les accords de Locarno ne correspondent pas à un esprit nouveau, s’ils ne marquent pas le début d’une ère de confiance et de collaboration, ils ne produiront pas ce grand effet que nous en attendons. Il faut que de Locarno, une Europe nouvelle se lève. »
Des années de crispation aux années de conciliation
Les années de « conciliation » (1924-1929) succèdent aux années de « crispation » (1919-1924), selon Robert Paxton. La France perd le soutien du Royaume-Uni et des États-Unis (le Sénat américain avait déjà refusé de ratifier le traité de Versailles). Elle tente de se rapprocher des pays d'Europe centrale et d'appliquer de manière unilatérale les clauses du traité de Versailles. L’acmé de cette crise se situe en 1923, avec l’extraction forcée du charbon ordonnée par Raymond Poincaré en janvier dans la région de la Ruhr et la tentative de putsch de la brasserie d’Adolf Hitler en novembre 1923 à Munich. Le contexte de signature des accords de Locarno est celui de tensions entre les pays avec l’esprit de revanche en Allemagne, que l'article 231 du traité de Versailles tient pour seule responsable de la Première Guerre mondiale, et exige des réparations, que plusieurs estiment excessives, de l'Allemagne.
La France et l'Allemagne sont, toutes deux, dans une impasse. Les nouveaux gouvernements, le Cartel des gauches en France d'Édouard Herriot et le Parti travailliste au Royaume-Uni de Ramsay MacDonald, sont à l’œuvre au sein des grandes puissances européennes et entérinent une phase d'adoucissement des relations diplomatiques. Le nouveau chancelier allemand, Gustav Stresemann, veut officiellement apaiser les relations diplomatiques des deux côtés et résoudre la crise interne, qui secoue l'Allemagne.
À ce propos, Christian Baechler dit : « Les accords de Locarno et l’entrée à la SDN sont la reconnaissance par l’Allemagne de la légitimité de l’ordre européen d’après 1919, et en même temps le point de départ d’un nouvel ordre européen dans lequel l’Allemagne retrouve sa place. »
Les liminaires directs à la conférence de Locarno
L’idée d’une paix perpétuelle entre les nations connaît une évolution. Le protocole de Genève ayant été écarté, la sécurité européenne inquiète fortement les puissances victorieuses de la Grande Guerre comme la France et le Royaume-Uni. Les dispositions des articles 10 et 16 du pacte de la Société des Nations sont les seules garanties pour assurer la sécurité collective.
Pour que la sécurité occidentale soit pleinement assurée, l’Allemagne prend l’engagement de ne pas forcer la frontière rhénane, ce qui sera un principe important des accords de Locarno. L’Allemagne veut se rapprocher des nations victorieuses pour se redresser financièrement et économiquement. En 1922, le chancelier Wilhelm Cuno propose à la France un arrangement sur la question du Rhin, mais Poincaré s’y oppose. L’Allemagne ne s’avoue cependant pas vaincue, et son ambassadeur à Paris remet le 9 février 1925 un mémorandum au premier ministre de la France sur la mise en place d’un pacte de sécurité.
De longues conversations ont lieu entre Paris et Londres pour répondre à la proposition allemande. Les puissances les acceptent enfin dans les accords de Locarno.
Le Pacte rhénan et les conventions d’arbitrage germano-belges et franco-allemandes
Le Pacte rhénan est signé par la Belgique, l’Italie, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne. Le traité de garantie mutuelle permet aux puissances signataires d’affirmer le maintien du statu quo territorial et juridique de la région rhénane.
Il pose trois problèmes majeurs : le principe de garantie, le principe contre la guerre comme moyen de règlement des conflits et le principe de l’arbitrage obligatoire :
Le principe de garantie dans le Pacte rhénan est posé dans son article premier. Les signataires s’engagent à respecter :
- Le maintien du statu quo territorial résultant des frontières entre l’Allemagne et la Belgique et entre l’Allemagne et la France
- L’inviolabilité des dites frontières fixées par ou en exécution du traité de Versailles
- L’observation des dispositions des articles 42 et 43 du traité de Versailles concernant la zone démilitarisée