L'accident industriel de l'usine PEPCON est un accident majeur caractérisé par une succession d'explosions survenues le 4 mai 1988 dans l'usine de la Pacific Engineering and Production Company of Nevada (PEPCON), à Henderson, dans le Nevada, aux États-Unis. L'explosion de cette usine, qui fabriquait et stockait d'importantes quantités de perchlorate d'ammonium, un composé chimique utilisé essentiellement comme propergol pour la propulsion des fusées et missiles américains, fit deux morts, 372 blessés, brisa des vitres sur un rayon de seize kilomètres et causa des dégâts pour un montant estimé à approximativement 100 millions de dollars de 1988 (soit 272 millions de dollars de 2026) dans la vallée de Las Vegas.
Une onde sismique artificielle d'une magnitude de 3 à 3,5 sur l'échelle ouverte de Richter fut également détectée. Très rapidement, plusieurs agences gouvernementales activèrent des plans d'urgence pour organiser les secours dans la zone de l'explosion.
Une équipe d'ingénieurs, effectuant ce jour-là une visite d'entretien routinière sur une tour de télévision située sur la colline Black Mountain (en) à quelques kilomètres de l'usine, réalisa une vidéo improvisée peu après le début des explosions. Cette vidéo, devenue assez célèbre, est facilement accessible sur le web et permet de prendre la mesure de la puissance des explosions.
L'usine PEPCON, située à Henderson à 16 kilomètres (10 mi) de la ville de Las Vegas dans l'État du Nevada, en service depuis 1958, était lors de l'accident, l'une des deux seules aux États-Unis à produire du perchlorate d'ammonium (en anglais : ammonium perchlorate, aussi abrégé en « AP »), un oxydant utilisé dans la fabrication des propulseurs à propergol solide de nombreux systèmes, dont ceux de la Navette spatiale américaine, des armements — tels les missiles balistiques tirés depuis les sous-marins nucléaires ou les missiles sol-air Patriot — et de lanceurs spatiaux non-militaires, tels certaines versions des fusées du programme Atlas. L'autre producteur, la Kerr-McGee Corporation, était située à moins de 2,4 kilomètres (1,5 mile) de l'usine PEPCON, dans la zone qui fut en partie endommagée par le souffle de l'explosion. En plus du perchlorate d'ammonium, l'usine produisait d'autres produits à base de perchlorate, parmi lesquels du perchlorate de sodium (également un produit utilisé pour la fabrication de propulseurs à propergol solide). Une conduite de gaz à haute pression d'un diamètre de 41 cm passait également sous l'usine, transportant du gaz naturel à une pression de 2,1 MPa (soit 21 bars). La facture de cette conduite, qui fut installée en 1956, la caractérisait comme un équipement à « service limité ».
Avec une flotte de navettes spatiales clouée au sol pendant 32 mois, à la suite de la désintégration de Challenger au décollage le 28 janvier 1986, un ordre émanant du Gouvernement des États-Unis demanda que la production excédentaire de perchlorate — qui était normalement utilisée pour les boosters de la navette et qui était la propriété du Gouvernement ou de son contractant principal — soit stockée à l'intérieur de conteneurs en aluminium appartenant au client lui-même, dans un espace habituellement utilisé pour stocker le produit en attente de livraison aux divers clients de l'usine. Le perchlorate d'ammonium produit pour les autres programmes du Gouvernement américain n'était pas stocké à l'usine PEPCON à ce moment-là.
Des tonneaux en acier et plastique de type polyéthylène haute densité (PE-HD) étaient utilisés pour le stockage additionnel et en cours de production au moment de l'accident, comme ils l'avaient déjà été pendant de nombreuses années avant l'accident de Challenger. Une quantité estimée à 4 500 tonnes de produit fini était présente en stockage sur le site de l'usine au moment de l'explosion.
L'usine occupait une surface au sol d'environ 32 000 m2, comprenant six bâtiments et des espaces de traitement et de stockage extérieurs. L'usine avait été construite dans les années 1950 dans une portion du désert à l'époque encore assez isolée. Cet éloignement des zones peuplées fut toutefois fortement diminué par l'expansion rapide de la métropole de Las Vegas au cours de la dernière décennie. En plus des usines PEPCON et Kerr-McGee, il y avait également une grosse usine de production de guimauve (marshmallow), la Kidd & Company (en), située à seulement 150 mètres, et une carrière de gravier en cours de fonctionnement à proximité, à environ 1 000 mètres vers l'ouest. Les zones résidentielles les plus proches étaient situées à environ 2,8 kilomètres de la zone de l'explosion.
Pour une meilleure visualisation : plan de l'usine, p. 45 du SANDIA Report SAND88-2902 / UC-70.
De nombreuses théories furent avancées au sujet de la cause de l'incendie et des explosions. Le Département des incendies du Comté de Clark (en anglais : Clark County Fire Department, ou CCFD), au Nevada, ne publia pas un rapport formel mais produisit une coupure de presse de deux pages le 15 juillet 1988, décrivant ce qu'il pensait être la cause de l'incendie. Ce rapport préliminaire, ainsi que d'autres informations récoltées par le CCFD, furent incluses dans un rapport de l'Administration des incendies des États-Unis, l'USFA (pour United States Fire Administration (en)).
Le Département du Travail des États-Unis (United States Department of Labor, USDOL), travaillant avec la Division of Occupational Safety and Health (DOSH), publia un long rapport sur l'accident qui ne reprit que très légèrement les affirmations du CCFD au sujet de ses origines et de ses causes. L'USDOL nota que la Division Arson du CCFD avait maintenu le contrôle sur le site plusieurs semaines et que les équipes d'enquête du DOSH et de PEPCON ne furent pas autorisées à entrer dans l'usine avant treize jours après les événements. La première inspection significative du DOSH ne fut réalisée qu'à partir du 33e jour après l'incendie. À ce moment-là, les zones endommagées avaient été irrémédiablement perturbées, et les preuves importantes et les indices clés avaient été soit déplacés, soit retirés du site.
D'après le rapport de l'USFA, l'incendie démarra autour d'une structure de séchage de l'usine entre 11 h 30 et 11 h 40 ce jour-là. L'USDOL rapporta qu'au moins un feu était en cours sur un tonneau de 55 gallons (208 litres) situé du côté ouest de la partie sud des bâtiments d'assemblage, qui séparaient le séchoir des réservoirs de stockage à l'intérieur de la zone de traitement. Un incendie fut aussi rapporté au niveau du mur nord de la section des séchoirs du bâtiment de traitement. Une tempête de vent avait endommagé une structure et un toit en fibre de verre et des employés étaient en train d'utiliser des torches de soudage pour en réparer la structure en acier. Le rapport de l'USFA établit que cette activité causa le départ d'un incendie qui se propagea rapidement à travers la fibre de verre, accéléré ensuite par les résidus de perchlorate d'ammonium traînant dans les environs, puis atteignit les tonneaux de 208 litres stockés près du bâtiment.
Le rapport de l'USDOL minimisa cette théorie, se basant sur les déclarations de témoins oculaires et des tests scientifiques sur les incendies. Dix personnes affirmèrent qu'elles avaient vu le feu et/ou avaient participé aux premières tentatives de l'éteindre. L'USDOL rapporta que les témoignages avaient indiqué que les activités de soudage avaient débuté entre 30 et 90 minutes avant la découverte de l'incendie, que ces opérations avaient pris place sur le mur nord-ouest du bâtiment, et que les alentours avaient été copieusement inondés d'eau avant et pendant les opérations, afin de limiter les risques de départs de feu accidentels. De plus, l'USDOL affirma que la probabilité de propager du métal fondu sur une distance de 20 mètres à travers et autour des réservoirs de stockage était considérée comme extrêmement faible. L'USDOL déclara que les étincelles provenant de telles activités ne contiendraient pas assez d'énergie pour initier l'allumage de combustibles ordinaires à proximité immédiate, sans parler des 20 mètres précédemment cités, et conclut que « la possibilité [d'envisager] les opérations de découpe et de soudage comme source d'ignition [était] considérée comme étant très faible, selon l'opinion professionnelle de l'auteur ».