Abubakar Shekau, alias « Darul Tawhid », alias « Abacha Abdullahi Geidam », alias « Damasack », né entre 1965 et 1975, dans le village de Shekau, dans l'État de Yobe, au Nigéria, et mort le 19 mai 2021 dans la forêt de Sambisa, est un djihadiste et un terroriste nigérian, chef de Boko Haram de 2009 à 2021.
En 2009, après la mort de Mohamed Yusuf, Shekau prend la tête du Groupe sunnite pour la prédication et le djihad, dit « Boko Haram » et relance l'insurrection djihadiste dans le nord-est du Nigeria. En 2014, son groupe s'empare de plusieurs villes et prend le contrôle d'une large partie de l'État de Borno, avant d'être finalement repoussé et de retourner à la guérilla en 2015 à la suite d'une contre-offensive de l'armée nigériane et d'une intervention militaire de l'armée tchadienne. Lors de cette période, Boko Haram commet des massacres de grande ampleur et commet des attentats aveugles qui provoquent la mort de milliers de victimes civiles.
En 2015, Shekau prête allégeance à l'État islamique et devient le chef de la « Province de l'Afrique de l'Ouest » du califat. Mais jugé trop extrémiste par l'État islamique, il est destitué en août 2016 et remplacé par Abou Mosab al-Barnaoui (Habib Yusuf), le fils aîné du fondateur du mouvement. Il trouve la mort dans la forêt de Sambisa, lors de combats contre l'État islamique en Afrique de l'Ouest.
Abubakar Shekau naît dans le village de Shekau, dans l'État de Yobe au nord-est du Nigeria. Sa date de naissance n'est pas connue, il pourrait être né en 1965, 1969 ou 1975. Il grandit dans un quartier défavorisé de Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria. Appartenant au peuple Kanouri, il parle également l'haoussa, l'arabe et l'anglais. Après une jeunesse dissolue, il rencontre au début des années 2000 le prédicateur Mohamed Yusuf, qui a fondé en 2002 le mouvement islamiste Boko Haram. Shekau devient alors un prédicateur très populaire dans l'État de Borno.
Après l'exécution de Mohamed Yusuf en 2009, lors de l'insurrection de Maiduguri, Boko Haram entre dans la clandestinité. Shekau réapparaît en juillet 2010 dans un enregistrement vidéo dans lequel il se proclame chef de Boko Haram, qui prend le nom officiel de « Groupe sunnite pour la prédication et le djihad ». Sous l'influence de Shekau, Boko Haram, passe du statut de secte à celui de groupe armé.
Selon Élodie Apard, chercheuse à l'Institut français de recherche en Afrique, à partir de l'année 2010 ; « le discours du nouveau leader change ; ses propos deviennent outranciers, parfois vulgaires, mais participent d’une stratégie de communication réfléchie. [...] Les paroles de Shekau n’ont certainement plus la profondeur religieuse des prêches de Yusuf et peuvent être perçues comme l’expression d’une folie meurtrière sur fond de djihad globalisé. Pour autant, Shekau développe sa propre rhétorique, passe maître dans l’art de la provocation, et exploite sciemment un besoin local de revanche sociale. Dénigrer, ridiculiser et insulter les plus hautes autorités du pays – politiques comme religieuses – à qui sont habituellement réservées éloges et manifestation de déférence – lui assure une certaine popularité, d’autant qu’il surexploite le registre de la grossièreté et confère ainsi une dimension comique à ses propos. Au nord Nigeria, la masse invisible, oubliée des politiques gouvernementales, délaissée par des élites corrompues, est lassée de subir des inégalités qui s’aggravent ; les diatribes de Shekau offrent une caisse de résonance à sa rancœur ».
Rébellion de Boko Haram au Nigeria
À partir d’avril 2011, le groupe multiplie les attentats à la bombe contre des églises chrétiennes, des gares, des hôtels, débits de boisson et des bâtiments officiels. Dans une vidéo mise en ligne en janvier 2012, Abubakar Shekau prône une guerre sans merci contre les politiques, les policiers et surtout les chrétiens, notamment le président nigérian Goodluck Jonathan. Le 21 juin 2012, la tête d'Abubakar Shekau est mise à prix par le Département d'État des États-Unis pour sept millions de dollars. L'armée nigériane offre une récompense de 50 millions ₦ (soit environ 300 000 $) pour tous ceux qui donnent des indices menant à l'arrestation de Shekau.
Le 19 août 2013, l'armée nigériane annonce qu'il « est très probable que Shekau soit mort entre le 25 juillet et le 3 août » mais précise qu'elle doit encore en obtenir confirmation. Mais d'après une vidéo visionnée par l'Agence France-Presse le 25 septembre, Abubakar Shekau fait savoir qu'il est toujours vivant.
Boko Haram rend publiques, à plusieurs reprises, des vidéos dans lesquelles Abubakar Shekau revendique plusieurs attaques commises par ses hommes. Le 4 novembre 2013, il revendique ainsi l'attaque des postes de police de Damaturu. Celle-ci avait eu lieu le 24 octobre et les affrontements avaient fait des dizaines de morts. Le 12 décembre 2013, il revendique l'attaque d'une caserne de l'armée nigériane à Maiduguri. Le 24 mars 2014, il revendique l'attaque de la caserne de Giwa et la libération de 2 000 prisonniers qui y étaient détenus. Cependant beaucoup sont repris par l'armée nigériane, et environ 600 sont massacrés par les militaires selon Amnesty International. La bataille avait également fait 207 morts du côté des islamistes selon l'armée nigériane.
Le 19 avril 2014, Abubakar Shekau, revendique le premier attentat de Nyanya ayant fait 75 morts et 141 blessés. Il déclare en s'adressant à Goodluck Jonathan : « Nous sommes ceux qui ont organisé l’attentat d’Abuja. […] Nous sommes dans votre ville mais vous ne savez pas où ». Le 5 mai 2014, Boko Haram revendique l'enlèvement mi-avril de plus de 200 lycéennes dans le nord-est du Nigéria. Abubakar Shekau, dans une vidéo de 57 minutes obtenue par l'AFP, déclare : « J'ai enlevé vos filles. Je vais les vendre au marché, au nom d'Allah. » En date de la revendication, certaines des 200 lycéennes auraient déjà été vendues pour 12 $ chacune, afin d'être, selon les dires du leader islamiste, « traitées en esclaves » et « mariées de force ». D'après lui, « l’éducation occidentale doit cesser » et les filles « doivent quitter (l’école) et être mariées ».
Abubakar Shekau est annoncé mort à de nombreuses reprises par l'armée nigériane, mais ces affirmations sont à chaque fois démenties. Le 20 août 2013, l'armée nigériane affirme que Shekau est probablement mort de ses blessures reçues au cours d'affrontement avec les forces de sécurité du pays. D'après Sagir Musa, porte-parole de l'armée, citant des sources du renseignement, Abubakar Shekau est blessé le 30 juin dans un affrontement qui a lieu dans la forêt de Sambisa, au nord-est du Nigeria. Le communiqué affirme alors que : « Shekau a été mortellement blessé au cours de l'affrontement et il a été transporté à Amitchide, une ville frontalière au Cameroun, pour y être soigné. […] Shekau y est probablement mort entre le 25 juillet et le 3 août. » L'information se révèle être fausse et Shekau apparaît dans une vidéo quelques semaines plus tard.
Le 19 septembre 2014, l'agence de renseignement nigériane affirme que Shekau a été tué au cours de combats autour de Konduga au nord-est du Nigeria. L'armée nigériane affirme sur Twitter que 60 membres de Boko Haram ont été tués et qu'un de ses dirigeants a été tué à Konduga.
La mort de Shekau, déjà été annoncée deux fois depuis 2009 par des sources sécuritaires, est confirmée officiellement pour la première fois par l'armée nigériane par l'intermédiaire de son porte-parole, le major-général Chris Olukolade lors d'une conférence de presse à Abuja le 24 septembre 2014. Mais les preuves apportées sont jugées insuffisantes par les États-Unis. Le 2 octobre 2014, Aboubakar Shekau apparaît dans une nouvelle vidéo diffusée par Boko Haram, et où il affirme être toujours en vie
Le 23 août 2016, l'armée nigériane annonce encore une fois que Sekau a été « gravement blessé » lors d'un raid mené le 19 août dans la forêt de Sambisa. Mais la nuit du 24 au 25 septembre, Boko Haram diffuse une nouvelle vidéo où Abubakar Shekau dément ces affirmations et déclare aller « parfaitement bien » et être « en bonne santé et en sécurité »