Abdoulaye Wade (), né le 29 mai 1926 à Kébémer au Sénégal, est un homme d'État sénégalais, président de la république du Sénégal du 1er avril 2000 au 2 avril 2012.
Dirigeant du Parti démocratique sénégalais (PDS), il est candidat aux élections présidentielles de 1978, 1983, 1988, 1993, et 2000, qu'il remporte face au président sortant Abdou Diouf. Durant son premier mandat, il modifie la Constitution et établit le quinquennat en 2001. Réélu pour un mandat de cinq ans lors de l'élection présidentielle de 2007, il rétablit le septennat en 2008. De nouveau candidat pour un troisième mandat pour l'élection présidentielle de 2012, il est battu par son ancien Premier ministre Macky Sall, devenant son principal opposant. Il détient un record de participation aux élections présidentielles successives dans son pays, en étant sept fois candidat à la présidence consécutivement.
Jeunesse, études et début de carrière professionnelle
Abdoulaye Wade naît le 29 mai 1926 à Kébémer au Sénégal. Son père et son oncle ont servi dans les tirailleurs sénégalais durant les combats de la Première Guerre mondiale en France. Son père meurt en 1984 à l'âge de 99 ans. Abdoulaye Wade met en avant la longévité de son père pour sa propre carrière politique.
En 1947, Abdoulaye Wade obtient le diplôme de fin d'études à l'École normale William-Ponty à Sébikotane, un institut colonial dans lequel étaient formés les cadres de l'administration de l'Afrique de l'Ouest.
Entre 1951 et 1952, il suit un cursus mathématique en France (mathématiques élémentaires et supérieures au lycée Condorcet, Paris 9e).
De 1952 à 1957, il étudie à la faculté des Sciences, puis à la faculté des Lettres et enfin à l'École libre de Droit de Besançon. Il est ensuite avocat stagiaire au Barreau de Besançon.
Il est titulaire d'un doctorat en droit et sciences économiques de l'université de Grenoble. Soutenue en 1959, sa thèse s'intitule Économie de l'Ouest africain : unité et croissance. Après un stage de deux ans, il retourne au Sénégal pour plaider au barreau de Dakar et enseigner à la faculté de Droit et sciences économiques de l'université Cheikh-Anta-Diop.
En mai 1963, il défend le président du Conseil du Sénégal, Mamadou Dia, et quatre autres ministres, Valdiodio N'diaye, Ibrahima Sar, Joseph Mbaye et Alioune Tall, dans le cadre du procès de la crise politique de décembre 1962. Les cinq hommes sont accusés de « tentative de coup d'État » par Léopold Sédar Senghor. La défense est aussi assurée par Robert Badinter. À l'issue du procès, Mamadou Dia est condamné à perpétuité.
En 1973, Abdoulaye Wade occupe les fonctions de responsable local au sein de l'Union progressiste sénégalaise[réf. nécessaire]. L'année suivante, il forme avec Alioune Badara Niang, le Parti démocratique sénégalais (PDS) avant d'être élu à l'Assemblée nationale.[Quand ?]
Il se présente sans succès aux élections présidentielles de 1978, 1983, 1988 et 1993.
D'avril 1991 à octobre 1992, il est ministre d'État auprès du président de la république du Sénégal Abdou Diouf dans le gouvernement d'union nationale. De 1995 à 1997, il retrouve le poste de ministre d'État auprès du président de la république du Sénégal dans le gouvernement de Habib Thiam.
Le 15 mai 1993, Abdoulaye Wade et trois membres de son parti sont arrêtés, soupçonnés d'avoir commandité l'assassinat de Me Babacar Sèye, alors vice-président du Conseil constitutionnel qui est chargé de la proclamation des résultats de l'élection législative de février 1993. Ils sont relâchés trois jours plus tard par manque de preuves. Un ouvrage, Affaire Me Sèye : un meurtre sur commande, dans lequel le journaliste sénégalais Abdou Latif Coulibaly traite de ces accusations a été censuré au Sénégal. En février 2002, Wade accorde la grâce aux trois meurtriers de Me Sèye et est soupçonné d'avoir indemnisé la famille de ce dernier.
Après avoir fait planer le doute, Abdoulaye Wade déclare sa candidature pour l'élection présidentielle. Orateur doué et fin tacticien, il mène pour l'élection présidentielle de 2000, une campagne sous le slogan du « Sopi » (« changement » en wolof) et parvient à mettre en ballotage le président sortant, Abdou Diouf, avec 31 % des suffrages au premier tour contre 41,3 %. Grâce notamment au soutien des autres candidats défaits, il obtient 58,1 % au second tour du scrutin, mettant fin à quarante ans de pouvoir socialiste au Sénégal. Son directeur de campagne, Idrissa Seck, devient Premier ministre en 2002. Le 1er avril 2000, Abdoulaye Wade est investi président de la république du Sénégal. Cette victoire marque la première alternance à la tête du pays : pour la première fois, les Sénégalais élisent un président qui n'est pas du Parti socialiste. Lors de l'élection présidentielle du 25 février 2007, Wade est réélu, dès le premier tour, face à quatorze candidats, avec 55,79 % des voix.
Jusqu'à la victoire du PDS allié à l'alliance de Moustapha Niasse aux législatives de 2001, Wade doit cohabiter avec une Assemblée nationale socialiste dont Abdourahim Agne est le président du groupe parlementaire.
Durant ses deux mandats, il lance la construction de plusieurs centaines d'écoles, fait passer le nombre de collèges de 220 en 2000 à 749, et celui des lycées de 48 à 134 sur la même période, le budget de l'Éducation a quadruplé. Mais en 2009, le taux d'achèvement est toujours resté l'un des plus bas du continent (60 %) et le bénévolat ne permet pas de produire un enseignement généralisé de qualité selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU. Il lance de grands travaux pour moderniser le pays, tels que la corniche à Dakar et ses hôtels de luxe, le réaménagement du port de Dakar, la construction de l'aéroport international Blaise-Diagne et de l'autoroute, le développement du réseau routier secondaire, l'électrification des campagnes. En juin 2011 pourtant, le Sénégal connaît de grandes émeutes du fait des coupures de courant répétées : le bâtiment de la société nationale d'électricité (Sénélec) est incendié, entre autres dégâts.
La politique de santé se traduit par la création de dispensaires, le doublement du nombre d'hôpitaux, l'ouverture de 18 centres médicaux, l'amélioration des conditions d'accès à l'eau potable et la baisse de la mortalité infantile. Il développe une grande politique agricole, la Grande offensive agricole pour la nourriture et l'abondance (Goana) qui n'obtient pas les bénéfices escomptés, malgré les nombreuses terres cultivables disponibles, et les pénuries d'eau remettent en question les efforts liés au développement des infrastructures.
Entre 2000 et 2010, il relève la situation économique du pays avec un taux de croissance (+ 4 %) supérieur à celui des années 1990, une inflation contenue et des ressources de l'État en augmentation. Mais elle se détériore au début de son quinquennat avec en 2008 une dette publique qui atteint 21,4 %, une croissance de 2,5 %, contre 4,3 % en moyenne pondérée sur les dernières années, et un chômage qui ne baisse pas, atteignant 47 % de la population active, plaçant le revenu de 54 % des Sénégalais sous le seuil de pauvreté. Le pays conserve sa quatrième place dans les économies d'Afrique de l'Ouest, malgré la perte d'attrait de la Côte d'Ivoire du fait des troubles intérieurs, et l'afflux de l'aide internationale qui équivaut à plus de 10 % du PIB sénégalais.