Abdelkader ben Mahieddine (en arabe : عبد القادر بن محي الدين (ʿAbd al-Qādir ben Maḥyiddīn)), connu comme l'émir Abd el-Kader ou Abdelkader El Djezairi (Abdelkader l'Algérien), né entre 1806 et 1808, peut-être le 6 septembre 1808, à El Guettana, près de Mascara, dans la Régence d'Alger, et mort le 26 mai 1883 à Damas, capitale du vilayet ottoman de Syrie, est un chef religieux et militaire algérien, qui lutte de 1831 à 1847 contre la conquête de l'Algérie par la France.
Savant musulman, il se retrouve de façon inattendue à mener une campagne militaire. Il constitue un groupement de populations de l'ouest algérien qui, pendant de nombreuses années, résiste avec succès à l'une des armées les plus puissantes d'Europe. Son respect pour ce qu'on appelle désormais les droits de l'homme a souvent été relevé, notamment par ses opposants chrétiens.
Après sa reddition en 1847, il est détenu pendant presque cinq ans en France avant d'être libéré par Louis-Napoléon Bonaparte et conduit à Bursa. Deux ans plus tard (1855), il s'installe à Damas. En 1860, son intervention pour arrêter le massacre de la communauté chrétienne de Damas lui vaut honneurs et récompenses d'une multitude de pays. C'est aussi à Damas qu'il rédige son ouvrage majeur, le Kitâb al-mawâqif (le « Livre des haltes »).
Son nom complet est Abdelkader ben Mahieddine El-Hassani.
« Abdelkader » (« serviteur du Tout-Puissant »), peut aussi s'écrire « Abd el-Kader », « Abd al-Kader », « Abdul Kader », « Abdel Kader », etc.
« ben Mahieddine » signifie « fils de Mahieddine » (ou « Muhyi ed-Din »), le nom de son père.
« El-Hassani » évoque sa descendance d'Al-Hassan ibn Ali, petit-fils de Mahomet, d'où sa qualité de chérif.
Durant son exil syrien lui fut attribué le nom « El-Djazaïri » (« l'Algérien »), qui a été transmis à ses descendants.
Il est nommé émir (amîr al-muminîn, « commandeur des croyants ») en 1832.
Le choix du nom Abdelkader, fréquent dans l'arbre généalogique de l'émir, rend hommage à Abdelkader el-Jilani, le fondateur de la confrérie soufie Qadiriyya au XIe siècle à Bagdad, à laquelle appartient la famille d'Abdelkader.
Abdelkader naît dans la Régence d'Alger entre 1806 et 1808 dans le hameau d'El Guettana (situé sur l'oued El-Hammam à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Mascara), d'une famille de l'aristocratie religieuse et maraboutique. Sa famille possède deux arbres généalogiques, qui tous deux remontent au prophète Mahomet. Le premier inclut Idris Ier (VIIIe siècle), arrière-petit-fils d'Al-Hassan, et fondateur de la dynastie idrisside. Le second inclut Abdelkader el-Jîlânî (XIe – XIIe siècles), fondateur de la confrérie soufie Qadiriyya. La filiation chérifienne revendiquée par Abdelkader passe également par Abd el-Kaoui (XIIIe siècle), descendant des émirs des Beni Toudjine, qui régna à Tiaret et Tagdemt et qui contribua avec sa famille à la formation de la dynastie des Mérinides. Selon les sources familiales, les ancêtres d'Abdelkader vivaient dans la Seguia el-Hamra (au Sahara occidental actuel), région d'où proviennent l'essentiel des familles de shurafâ. Le fait que la tribu Hachem à laquelle appartient la famille de l’Émir est d'origine berbère, zénète, laisserait planer un doute sur l'authenticité chérifienne de l’Émir. Par ailleurs, plusieurs sources lui attribuent une ascendance berbère ifrénide.
Le père d'Abdelkader, Mahieddine al-Hassani, est le moqaddem (délégué d'un « cheikh tarîqa ») de la zaouïa Qadiriyya d'oued El-Hammam. Ses connaissances en matière religieuse et sa droiture en font un intermédiaire entre le pouvoir du bey et la population. Sa générosité à l'égard des pauvres est notoire, comme le sont son intégrité et son impartialité, qui lui valent d'être régulièrement appelé à juger les différends entre individus et entre tribus.
La mère d'Abdelkader, Lalla Zohra, lettrée et versée en religion, est la fille d'Omar Bendoukha, moqaddem d'une zaouïa de Hammam Bou Hadjar. Affiliée à la tribu des Hachem, cette famille vit dans la plaine de Ghriss et compte parmi elle des personnages illustres tel qu'Abd el-Kader ben Ahmed, figure érudite connue sous le nom de Sidi Kada, qui a vécu au XVIIe siècle; son mausolée demeure l'un des sites religieux les plus fréquentés de la région. Dès son plus jeune âge, Abdelkader est imprégné de récits sur ses ancêtres, dont la piété et la science constituent pour lui autant d'exemples édifiants.
Il grandit dans la zaouïa de son père qui, au début du XIXe siècle, est le centre d'une communauté florissante sur les bords du oued El-Hammam. Tout comme les centaines d'étudiants pris en charge par la zaouïa, il reçoit une éducation traditionnelle qui embrasse les principes et la pratique de l'islam, les règles de convenance (adab), l'exercice des vertus, la lecture et l'écriture, la grammaire, l'exégèse coranique (tafsir), le hadith et la jurisprudence (fiqh). Il est dit qu'il savait lire et écrire à l'âge de 5 ans. À 12 ans il reçoit l’autorisation de commenter le Coran et les hadiths. Il récite l'entièreté du Coran par cœur dès l'âge de 14 ans, recevant ainsi le titre de hafiz. Un an plus tard son père l'envoie à Oran, siège de l’administration turque, pour poursuivre ses études à l’école de renom du beylik de l'Ouest tenue par Ahmed ben Khodja el Mostaghanmi. Bon orateur, il capte l'attention de ses pairs par ses poésies et ses diatribes religieuses. Quant à son habileté à dompter et à monter les chevaux, elle est le fruit d’une pratique qui remonte à sa petite enfance.
Élevé dans la foi, la moralité et la modération, il supporte mal l'ambiance relâchée d'Oran et rentre à El Guettana avant la fin de l'année scolaire. Son père le prépare alors au grand pèlerinage (hajj), mais le bey, méfiant, leur interdit de quitter son beylik. Abdelkader en profite, durant deux années, pour poursuivre ses études avec son cousin Mustapha ben Thami, fils du mufti d'Oran. Ce dernier, avec l'appui de Badra, la femme du bey, et de certains fonctionnaires, réussit finalement à infléchir la position du bey.
En 1825, Abdelkader part avec son père en pèlerinage à La Mecque, puis séjourne à Médine. Il se rend ensuite à Damas et à Bagdad, visite les tombeaux de musulmans notables, tels que Ibn Arabi et Abdelkader el-Jîlânî (appelé El-Djilali en Algérie). Cette expérience structure sa conscience religieuse. C'est à Bagdad qu’il répond à une question sur la valeur d'une généalogie honorable : « Ne demandez jamais quelle est l’origine d’un homme ; interrogez plutôt sa vie, son courage, ses qualités et vous saurez qui il est ». De retour à La Mecque un an après son premier séjour, il entreprend un second pèlerinage. Sur le chemin du retour au pays, il est impressionné par les réformes menées par Méhémet Ali en Égypte. Il revient dans sa patrie en 1827 et, la même année, épouse sa cousine Kheira bent Boutaleb.
1830-1833 : invasion française, élection d'Abdelkader
Au début du XIXe siècle, la Régence d'Alger est un pays affaibli. De nombreuses rébellions sont réprimées dans le sang. Les relations avec la France, qui repousse depuis une quarantaine d'années le remboursement d'une dette substantielle envers la régence, sont conflictuelles, et l'affaire du « coup d'éventail » (avril 1827) sert de prétexte au blocus du port d'Alger par la marine française. Il durera jusqu'en juin 1830, suivi de la prise d'Alger et de l'exil de Hussein Dey (10 juillet 1830), préludes à l'offensive colonisatrice. En France, la révolution des « Trois Glorieuses » (27-29 juillet 1830) met fin à la Restauration (Charles X), remplacée par la monarchie de Juillet (Louis-Philippe Ier).