Abdelghani Bousta (عبد الغني بوستة), né le 18 février 1949 à Marrakech et mort le 21 septembre 1998 à Paris 12e, est un homme politique et automaticien marocain, opposé au pouvoir monarchique de son pays.
Comme beaucoup de ses compagnons de lutte de l'époque, ses positions démocratiques visant à établir une séparation des pouvoirs et ainsi retirer le pouvoir absolu des mains du roi Hassan II, lui ont valu un exil forcé de plus de vingt ans.
Il citait souvent cette phrase de Max Frisch : « celui qui lutte peut perdre, celui qui renonce à lutter a déjà perdu ».
1949-1969 : naissance et études
Né le 18 février 1949 d'une famille aisée à Marrakech, Abdelghani Bousta poursuit sa scolarité dans les environs de sa ville natale.
En 1957, à 8 ans, encouragé par son école, il fait son premier discours au lendemain de l'indépendance marocaine. Celui-ci est centré sur l'urgence de l'engagement de tous les Marocains pour la construction d'un Maroc libéré et libre et sur la nécessité d'unir toutes les forces du pays pour y parvenir.
En 1965, à 16 ans, il obtient son baccalauréat scientifique au lycée Ibn Abbad ex Mangin de Marrakech. Il poursuit ses études à l'École Mohammadia d'ingénieurs (EMI) de Rabat. Durant cette période, il participe aux luttes estudiantines et se solidarise avec les différentes grèves universitaires. À 20 ans, il est ingénieur en électronique mais ne peut rejoindre le monde du travail car ses professeurs considèrent qu'il est trop jeune encore pour assurer des responsabilités professionnelles.
Il se rend alors en France, à Grenoble, pour y poursuivre un DEA et une spécialité en automatique industrielle à l'Institut polytechnique de Grenoble (IPG).
1969-1973 : engagement politique
Arrivé à Grenoble, il rentre dans les rangs de l'Union nationale des forces populaires (UNFP) et milite de manière soutenue au sein du parti et de l'Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM).
En 1971, il rejoint la tendance qui a opté pour le choix des armes, dirigé par Mohamed Basri (dit le Fquih).
Diplômé en automatique industrielle et ayant soutenu son travail de recherche, il rentre en 1972 au Maroc où il est nommé, à l'âge de 23 ans, directeur des barrages du Sud marocain.
1973 : événements du 3 mars et clandestinité
Les événements de mars 1973, organisés en grande partie par Mohamed Basri le pousseront à la clandestinité avant de s'exiler.
Dès le début de l'année 1973 le Maroc, après les deux coups d'État militaires de 1971 et 1972, traverse une période marquée par des actions armées dirigées contre des établissements gouvernementaux dans certaines villes et campagnes.
Au début du mois de mars 1973, des militants de l'UNFP traversent la frontière algéro-marocaine et rejoignent l'Atlas pour mener une action armée menée par le Tanzim dans la région de Khénifra, opération connue sous "Affaire de Moulay Bouazza " une action insurrectionnelle d'envergure contre le régime marocain. Ils seront encerclés le 3 mars 1973 par les forces de police. Plusieurs d'entre eux dont Mahmoud Bennouna, Assekour Mohamed, Brahim Tizniti vont périr. D'autres militants risqueront leur vie en tentant de rejoindre l'Algérie.
À la suite de ces événements un grand nombre de militants seront arrêtés et seize d'entre eux, condamnés à mort, furent exécutés le 1er novembre 1973, jour de la fête du sacrifice du mouton. Il s'agit de : Omar Dahkoun, Abdellah Ben Mohamed, Aît Lahcen, Barou M'Barek, Bouchakouk Mohamed, Hassan Idrissi, Moha Nait Berri, Taghjite Lahcen.
De mai 1973 à septembre 1974, Abdelghani Bousta vit dans la clandestinité. Pendant cette période, il comprend l'erreur commise dans l'organisation des évènements de mars 1973. En 1975, il contribuera ensuite, avec ses camarades du Mouvement Option Révolutionnaire, à l'analyse critique de l'UNFP, condamnant sans équivoque ces évènements et leurs responsables : « [...] L'expérience de mars 1973 a contribué à éclaircir les contradictions internes du Parti et à faire apparaître toute sa direction sous son vrai visage : une direction putschiste et aventuriste qui n'hésite pas à sacrifier des dizaines de militants dans une bataille incertaine. »