L'abbaye Saint-Julien de Tours dans le Vieux-Tours en France, est une ancienne abbaye bénédictine dont l'origine remonte au VIe siècle.
Les bâtiments actuels datent du Xe siècle au XVIe siècle ; ils sont tous l’objet d’un classement ou d'une inscription au titre des monuments historiques.
Les terrains de l'abbaye s'inscrivaient dans un périmètre circonscrit par la rue Colbert au sud, la rue Voltaire à l'est et les bords de Loire au nord ; côté ouest, ils s'étendaient au-delà de la rue Nationale (ex rue Royale).
Au début du VIe siècle, les troupes wisigothes se sont lancées, depuis l’Espagne, à l’assaut des provinces de la Gaule, désorganisées après la disparition de l’Empire romain vingt-cinq ans plus tôt. Au printemps 507, Clovis Ier remporte à Vouillé, au nord-ouest de Poitiers, une victoire décisive : le roi wisigoth Alaric II est tué au combat, son armée écrasée et les Wisigoths sont refoulés au-delà des Pyrénées.
Clovis, chrétien depuis son baptême à Reims, peut-être en 499, vient, en 508, se recueillir à Tours dans la basilique Saint-Martin pour lui rendre grâce de sa victoire ; il y reçoit les insignes de consul ; il décide, à cette occasion, de faire construire un petit oratoire dédié à Notre-Dame, à mi-chemin entre la cathédrale de Tours et la basilique Saint-Martin, en bordure de l’antique chemin qui longe la rive gauche de la Loire (c’est aujourd’hui, entre autres, la rue Colbert). Ce chemin assure en outre la liaison entre les deux grands sites martiniens de Touraine : la basilique où est inhumé Martin, sur la rive gauche de la Loire et Marmoutier, le monastère qu'il a fondé, quelques kilomètres en amont sur la rive droite ; les pèlerins qui viennent à la basilique de Saint-Martin s’arrêtent donc pour prier à l’oratoire de Notre-Dame, construit dans une zone qui ne paraît plus urbanisée depuis la fin du IIe siècle ; elle semble alors être dévolue à l’agriculture. Grégoire de Tours, curieusement, lorsqu’il relate la visite de Clovis à Tours, passe sous silence la fondation de l'oratoire.
Grégoire de Tours ; l'abbaye bénédictine
Voilà le noyau autour duquel se créera la future abbaye Saint-Julien. En effet, au fil des décennies, des moines ou des ascètes venus d’Auvergne s’installent dans des cellules qu’ils ont construites autour de l’oratoire Notre-Dame. Au début de son épiscopat, c’est-à-dire vers 575, Grégoire de Tours, lui-même d'origine auvergnate, confie à ces moines des reliques de saint Julien qu’il a rapportées de Brioude et impose à la congrégation la règle de saint Benoît : l’abbaye bénédictine de Saint-Julien de Tours est née.
On est mal renseigné sur les évènements qui occupent les trois siècles suivants (les sources écrites de cette époque sont exceptionnelles) mais, en 853, l’abbaye est détruite par les Normands au cours de l’un des raids qu’ils ont menés contre Tours en remontant la Loire, et au cours duquel ils ont aussi pillé Marmoutier.
Théotolon ; l'abbaye carolingienne
Quelle fut l’importance des dégâts causés par les raids normands ? l’abbaye fut-elle totalement détruite ou simplement saccagée ? les moines se sont-ils dispersés ou bien ont-ils pu rester sur place ? On n’a aucune certitude à ce sujet ; les archives sont muettes.
Toujours est-il que Théotolon, archevêque de Tours depuis 931, entreprend, vers 940, de redynamiser l’abbaye sur le plan spirituel comme temporel. Il fait notamment construire la première église abbatiale, qui sera consacrée en 943 sous le double vocable de « Notre-Dame et Saint-Julien » ; il subsiste quelques vestiges de cette église dans les fondations des édifices postérieurs ainsi que dans le mur nord du transept. Pour diriger l’abbaye, Théotolon fait appel à son ami Odon, un moine peut-être originaire du Val de Loire mais qui est alors abbé de Cluny ; il sera le premier abbé de Saint-Julien. Théotolon peut également s’appuyer sur ses propres richesses ainsi que celles de sa sœur Gersinde, notamment par le biais de plusieurs fiefs légués à l’abbaye. Il semble que Théotolon procède à de nombreux échanges de terrains pour regrouper au maximum, autour de Saint-Julien, les possessions de l’abbaye ; il s’agit surtout de terres agricoles (terres arables et vignes) qui visent à assurer l’autosuffisance des moines de l’abbaye. D’autres terrains, propriétés des moines de Saint-Julien, se trouvent dans le suburbium de Saint-Martin, entre l’enceinte de Châteauneuf et la Loire ; y sont installés les laïcs au service des moines de Saint-Julien. Une telle disposition peut s’expliquer : Théotolon, avant d’être archevêque de Tours, était l’un des fondateurs de l’abbaye de Cluny ; auparavant encore, il avait été doyen de Saint-Martin et, à ce titre, il avait déjà engagé des opérations foncières au nord de sa collégiale ; il n’est donc pas surprenant qu’il les ait poursuivies dans le même secteur, au bénéfice cette fois des moines de Saint-Julien.
Vers la même époque, l’abbaye de Saint-Julien bénéficie du privilège d’exemption (de l’impôt) et échappe à la justice du comte.
Odon (mort en 943), Théotolon (mort en 947) et Gersinde seront enterrés dans l’église abbatiale de Saint-Julien ; les sépultures d’Odon et de Théotolon seront identifiées lors de travaux au XIXe siècle au niveau du chœur de l’église actuelle. Que Théotolon ait choisi de se faire inhumer dans l’abbatiale de Saint-Julien, alors que les autres évêques de Tours avaient très majoritairement choisi la basilique Saint-Martin, est révélateur de son attachement envers l’abbaye Saint-Julien.
En 996 l’abbé Bernard « fait construire une tour », dit la chronique, sans plus de précision. On ne sait pas s’il s’agit d’une tour indépendante dans le périmètre de l’abbaye, peut-être une tour de défense, ou d’une tour rajoutée à l’église carolingienne, cette dernière hypothèse étant la plus probable, même en l’absence de vestiges archéologiques. On ignore également quels sont les bâtiments existants à cette époque (excepté un cellier et une « cantine »), la superficie occupée par l’abbaye ainsi que le nombre de moines qui y vivent.
Par contre, on sait que l’abbé Gausbert (par ailleurs fondateur de l’abbaye de Bourgueil), successeur de Bernard, encourage chez les moines de Saint-Julien la pratique des arts : orfèvrerie, philosophie, enluminure, belles-lettres.
Au tout-début du XIe siècle, l’abbaye est minée par des conflits internes ; Arnoul, archevêque de Tours, veut imposer son père à la tête de l’abbaye, contre l’avis des moines qui obtiendront gain de cause en 1028. Pendant toute cette querelle, l’abbaye souffre. Ceci amènera Richer, le nouvel abbé, à reconstruire les bâtiments du monastère entre 1031 et 1052.
À la même époque, la Touraine vit une période troublée, marquée par la rivalité et les guerres que se livrent les maisons de Blois et d’Anjou. En 1043, Geoffroy Martel, comte d'Anjou et de Vendôme, assiège Tours, alors possession d’Eudes II, comte de Blois. Pour cela, il utilise l’abbaye de Saint-Julien comme « camp de base » 18 mois durant, ce qui cause d’importants dégâts aux bâtiments, rendant encore plus urgentes les reconstructions de Richer.
Dans la seconde moitié du XIe siècle, l’abbé Gerbert procède à une reconstruction totale de l’église abbatiale en style roman. Le clocher-porche qui permet d’accéder à l’église actuelle date très certainement de cette phase de reconstruction, de même que la salle capitulaire à l’est du cloître. On ignore par contre si le porche occupant le rez-de-chaussée du clocher était, dès sa construction, largement ouvert, sur un ou plusieurs côtés, ou si la disposition que l’on observe aujourd’hui est le résultat d’une modification ultérieure. Les restaurations qui se sont succédé ont effacé toute trace de l’entrée d’origine. La nouvelle église est consacrée en 1084, sous les auspices de l’archevêque Raoul de Langeais ; elle est dédiée à « notre Dame, saint Julien et tous les saints ».