Ce Jour-là

Abbaye de Saint-Évroult

Abbaye située dans l'Orne, en France

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L’abbaye de Saint-Évroult (également citée sous le nom d'abbaye d'Ouche) est une ancienne abbaye bénédictine dont les ruines se dressent sur l'actuel territoire de la commune française de Saint-Evroult-Notre-Dame-du-Bois, dans le département de l'Orne, en région Normandie. Ses vestiges sont partiellement classés au titre des monuments historiques.

L'abbaye de Saint-Évroult ou abbaye d'Ouche apparaît dans les textes rédigés en latin médiéval sous les formes Sanctus Ebrulfus Uticensis, c'est-à-dire abbaye Saint-Evroult d'Ouche ou tout simplement plus tard Sanctus Ebrulfus. Elle appartient au diocèse de Lisieux puis, après la Révolution, au diocèse de Sées. Elle est réputée pour avoir été fondée au VIe siècle par saint Évroult sous le nom d’« abbaye d’Ouche », dont on trouve mention pour la première fois dans un diplôme de Charles le Simple en l'an 900 : monasterio que vocatur Uticus, c'est-à-dire d’Utica, du pays d'Ouche. Il y a cependant débat quant au siècle où vécut Évroult, dont les hagiographes optent plutôt pour le VIIe siècle.

Selon la version du VIe siècle, il jette les fondations de sa retraite dans la forêt d'Ouche en 567 et devient le chef de quinze monastères et de 1 500 religieux. Il place son couvent sous l'invocation de saint Pierre et sous la règle de saint Benoît.

Lorsque la tourmente des raids scandinaves s’abat sur la partie de la Neustrie amenée à devenir la Normandie, du milieu du IXe jusqu'au début du Xe siècle, le monastère d’Ouche semble avoir, selon toute vraisemblance, échappé à la fureur des Hommes du Nord, contrairement à la plupart des abbayes de l’actuelle Normandie. En effet, Saint Évroult avait désiré fonder une communauté isolée du monde ; à l’écart des principaux axes de circulation et préservée par l’abri des profondes frondaisons de la forêt alentour, l'abbaye d'Ouche a ainsi été soustraite au pillage. Fait extraordinaire, elle conserve les reliques de son saint fondateur et de ses disciples, tandis que tous les autres monastères du diocèse de Sées, à l’image de la plupart de ceux de la province ecclésiastique de Rouen, comme Jumièges, se voient contraints de translater leurs trésors sacrés vers des régions épargnées par les incursions scandinaves. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce n'est pas des Vikings païens qu'est venu le coup fatal qui a abattu l'abbaye d'Ouche et signé la disparition de la communauté religieuse établie par saint Évroult pour une durée d'un siècle, mais des soldats chrétiens d'Hugues le Grand, duc des Francs.

Le monastère pré-normand est restaurée à partir de 1050 sous le vocable de saint Évroult par Guillaume Giroie et ses neveux Robert et Hugues de Grandmesnil, appartenant à deux importantes familles normandes : les Giroie, et les Grandmesnil. Ils reçoivent le soutien d’abbayes telles que l'abbaye Notre-Dame du Bec et l’abbaye de Jumièges. L'église est construite en 1050 et dédiée à la Vierge Marie, puis à saint Pierre et à saint Évroult, le 13 novembre 1099.

Guillaume Giroie se retire à l'abbaye du Bec, confie à l'abbé Herluin la direction de Saint-Évroult, qui envoie Lanfranc comme prieur. Les dons se multiplient.

L’abbaye de Saint-Évroult participe à la fondation de l'abbaye Saint-Martin de Sées.

Le moine le plus célèbre de l'abbaye est Orderic Vital, auteur d’une Historia ecclesiastica, source importante de l'histoire du monde normand (Normandie, Angleterre, Italie). Le sixième livre de son œuvre est même un historique de l'abbaye.

Geoffroi Malaterra, chroniqueur normand du XIe siècle, y est moine dans sa jeunesse.

Guillaume du Merle, moine prédicateur du XIe siècle, contribue selon Orderic Vital, par sa science, son éloquence et ses vertus au rétablissement de la discipline et des mœurs qui s’accomplit à cette époque sous l’impulsion du pape Grégoire VII.

Robert de Grandmesnil, l’un de ses abbés, qui doit fuir en Italie pour éviter la colère ducale en 1061-1062, y fonde le monastère de Sant'Eufemia.

En 1063, le seigneur d'Échauffour incendie l'abbaye.

Pendant l'abbatiat de l'abbé Meinier qui reçoit en 1081, la deuxième et dernière reine normande Mathilde qui dote l'abbaye, l'édifice grandit et l'abbé voit avant de mourir en 1089, le cloître, la salle capitulaire, le réfectoire, le dortoir, les offices, la cuisine et les bâtiments communs protégés par des fossés et ouvrages de défense. En 1091, l'abbé Serlon d'Orgères devient évêque de Sées. Sous Roger du Sap, le nombre de moines passe de 80 à 115 et l'abbaye fonde une succursale, le prieuré Saint-Martin de Noyon-sur-Andelle en 1107, mais sur les 115 religieux, beaucoup prennent le chemin du diable, et des dissensions internes et externes avec les évêques et les seigneurs laïcs sont nombreuses. Saint-Évroult est au faîte de sa grandeur.

En 1094, Robert de Bellême, comte d'Alençon, rançonne l'abbaye. Dix-neuf ans plus tard, le 2 février 1113, Henri Beauclerc vient en l’abbaye de Saint-Évroult lors d’une campagne contre les seigneurs de Bellême. Il accorde alors une charte rétablissant un certain nombre de droits à l’abbaye. C'est seulement dans les années 1120, que l'investiture de l'abbé par la crosse et l'anneau a été abandonnée. Dans la même période, l'abbaye subit aussi des dommages physiques. En 1119, le seigneur de la Ferté-Frênel ravage le monastère. De plus, en 1136, le seigneur de Laigle incendie le couvent et 84 maisons du bourg.

C'est en 1231, l’abbaye est reconstruite, le gros des travaux se poursuit jusqu'en 1284. Mais, dès 1258, lors de la visite d'Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, l'abbaye compte trente-et-un moines dont neuf prêtres.

En 1332, la tour de l'église qui s'est effondrée est reconstruite. Et une fois de plus, entre 1388 et 1450, l'abbaye souffre des ravages des Anglais.

La richesse de l'abbaye suscite des convoitises, et, déjà, en 1392, un abbé commendataire, Guillaume II de Vergé, archevêque de Besançon et cardinal, obtient la commende, mais elle est révoquée par le pape Benoît XIII en 1395. En 1484, Jacques de l'Espinasse est le dernier abbé régulier. Après lui vont se succéder cardinaux, princes, archevêques, évêques, aumônier du roi qui ne s'occupent que d'accroître leurs profits. Cette mise en commende dépouille le monastère de ses plus importants privilèges, entraîne la perte d'émulation, du zèle pour l'étude et un relâchement de la discipline.

Cinquante ans plus tard, en 1532, Henri VIII, roi d'Angleterre, abjure le catholicisme et prive l'abbaye de ses biens en Angleterre. Mais, en 1556, le roi Henri II autorise une coupe de bois pour soigner de nombreux religieux malades, réparer l'abbaye et les forges. Puis, en 1588, l'église est de nouveau détériorée, brûlée par le seigneur d'Échauffour pour se venger des Ligueurs.

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