L'île Norfolk (en norfolk : Norf'k Ailen[réf. souhaitée], en anglais : Norfolk Island) est un territoire d'Australie dans le Sud-Ouest de l'océan Pacifique.
L'île Norfolk se situe dans l'océan Pacifique Sud entre la Nouvelle-Zélande et la Nouvelle-Calédonie, avec une position légèrement excentrée vers les côtes orientales de l'Australie. Elle est distante de 738 km de l'extrémité sud de Grande Terre, la principale île de la Nouvelle-Calédonie, et de 744 km du cap Reinga, la pointe septentrionale de la Nouvelle-Zélande. La capitale est Kingston. L'île compte environ 2 000 habitants (Norfolkais). Burnt Pine, est le village le plus peuplé, avec, à proximité, l'aéroport international de l'île Norfolk.
L'île Norfolk est issue d’un volcan basaltique actif il y a environ 2,3 à 3 millions d’années et forme le point culminant de la ride de l'île de Norfolk, rattachée au continent sous-marin Zealandia. Sa superficie est de 34,6 km2 pour 32 km de côtes. Le mont Bates, au nord-ouest de l'île, culmine à 319 mètres. La majorité des terres est cultivable.
Deux petites îles inhabitées, Phillip et Nepean, se trouvent au sud de l'île principale.
La côte de l'île Norfolk est constituée principalement de falaises. Elle est plus hospitalière du côté de Sydney Bay et d’Emily Bay, où fut fondée la première colonie.
Le parc national de l’île Norfolk forme une zone protégée autour du mont Bartes et couvre environ 10 % de la surface de l’île. Il abrite les restes de la forêt tropicale qui couvrait l'île Norfolk avant l’occupation humaine. Le parc englobe également deux îles plus petites au sud, l’île Nepean et l’île Phillip. La végétation de cette dernière fut détruite par l’introduction de cochons et de lapins durant la période pénitentiaire. Elle est actuellement en reconstitution.
L'île Norfolk a un climat subtropical humide modéré (Köppen : Cfa). À cause de cette localisation au milieu de la mer de Corail, les températures ne varient pas beaucoup : minimale de 6,2º C relevée le 29 juillet 1953, maximale de 28,5º C le 23 janvier 2024. Les précipitations moyennes sont modérées, de 1 109,9 millimètres, avec un maximum d'hiver quand les fronts froids et des orages ont le plus de probabilité de s'y trouver.
Les premiers hommes qui peuplent l'île Norfolk étaient des Polynésiens originaires soit des îles Kermadec, soit de l'île du Nord de la Nouvelle-Zélande. Débarqués entre les XIVe et XVe siècles, leur civilisation disparaît avant l'arrivée des Européens. Le principal site est localisé à Emily Bay, où des outils, le rat polynésien et des bananiers témoignent de leur présence. La raison de leur disparition est inconnue.
Le premier Européen à apercevoir l'île est le navigateur anglais James Cook, en 1774, lors de son second voyage dans le Pacifique sud à bord du HMS Resolution. Il la baptise du nom de la duchesse de Norfolk, épouse d'Edward Howard, 9e duc de Norfolk. Parti d'Angleterre en 1772, Cook ignorait la mort de la duchesse survenue en mai 1773.
Cook et ses hommes débarquent le 11 octobre 1774. Il dit avoir été impressionné par les arbres hauts et droits, ainsi que par les plantes apparentées au lin, dont il rapporte des spécimens en Angleterre. À cette époque, le Royaume-Uni était extrêmement dépendant du lin et du chanvre qu'il importait des rives de la mer Baltique et qui servaient à la fabrication des voiles et des cordages des navires. Si le pays venait à manquer de ces ressources, son statut de puissance maritime s'en trouverait menacé. Il avait, du reste, déjà perdu sa principale source de bois pour les mâts, en Nouvelle-Angleterre, après la guerre d'indépendance des États-Unis. Certains historiens, dont Geoffrey Blainey, y voient l'une des principales motivations qui poussent l'Angleterre à établir des colonies en Nouvelle-Galles du Sud puis sur l'île Norfolk.
Première colonie pénitentiaire
Lorsque la première flotte débarqua à Port Jackson, sur la côte australienne, en janvier 1788, Arthur Phillip ordonna au lieutenant Philip Gidley King de prendre possession de l'île Norfolk avec quinze prisonniers et sept hommes libres et d’y préparer son exploitation. Le groupe toucha terre le 6 mars 1788. La colonie pénitentiaire fournit céréales et légumes à Sydney, menacée par la famine au cours de ses premières années d’existence. Cependant, l’absence de port naturel suffisamment protégé rendait les communications et les transports difficiles.
En 1790, le HMS Sirius amena de nouveaux détenus et soldats que Sydney ne parvenait pas à nourrir. L’expédition, censée alléger la pression sur le continent, tourna à la catastrophe lorsque le Sirius fit naufrage. Aucune perte humaine ne fut à déplorer, mais l’équipage du bateau resta immobilisé pour dix mois. Conjuguée à l’arrivée de la seconde flotte à Sydney, la situation des deux colonies devenait de plus en plus délicate.
Malgré cela, la population de l'île Norfolk croissait lentement, et atteignit mille habitants en 1792. Plusieurs gouverneurs se succédèrent à la tête de l’île entre 1789, lorsque Robert Ross remplaça King, et 1800, date à laquelle débarqua Joseph Foveaux pour devenir le nouveau lieutenant gouverneur. Il trouva la colonie en très mauvais état et entreprit d’importants travaux de rénovation. Il exigea également que la population reçoive une éducation de base.
King avait recommandé de fermer la colonie pénitentiaire dès 1794, trop éloignée du continent et trop coûteuse à entretenir. En 1803, le secrétaire d’état Lord Hobart ordonna le transfert d’une partie des détenus et des militaires vers la Tasmanie. Un premier groupe de 159 personnes quitta l'île Norfolk en février 1805. Entre novembre 1807 et septembre 1808, cinq groupes, de 554 personnes en tout, émigrèrent. L’île ne comptait plus qu’environ 200 habitants, qui y demeurèrent jusqu’à la fermeture de la colonie en 1813. L'île Norfolk fut inhabitée du 15 février 1814 au 6 juin 1825.
En 1824, le gouvernement britannique ordonne au gouverneur de Nouvelle-Galles-du-Sud, Thomas Brisbane, d'occuper à nouveau l'île Norfolk pour y envoyer les détenus les plus difficiles. D'abord perçu comme un désavantage, l'éloignement de l'île était devenu un moyen d'éloigner de Sydney ses éléments les plus perturbateurs. Il n'était pas prévu de ramener les prisonniers sur le continent, encore moins de les réinsérer dans la vie civile. À la suite d'une mutinerie des détenus en 1834, le père William Bernard Ullathorne, vicaire général de Sydney, se rend à l'île Norfolk, chargé de l'accompagnement spirituel des mutins condamnés à mort. Il rapporte que, au moment d'annoncer la sentence, les détenus graciés fondaient en larmes alors que les condamnés à mort remerciaient le ciel.
Le rapport rédigé en 1846 par Robert Pringle Stuart déplore le manque et la mauvaise qualité de la nourriture, l'insalubrité des habitations, l'usage de la torture et la corruption des surveillants. La même année, l'évêque Robert Willson dénonce la colonie à la Chambre des lords. Lors de son deuxième passage en 1849, il trouve la situation quelque peu améliorée. Cependant, des rumeurs faisant état de nouveaux abus le poussent à entreprendre un nouveau voyage à l'île Norfolk, où il retrouve la colonie dans son état antérieur. Il rend un rapport accablant, dénonçant le système, qui donnait un pouvoir absolu sur la colonie à une seule personne.
Parmi les commandants qui se succèdent à la tête de la colonie, Alexander Maconochie , gouverneur de 1840 à 1844, se distingue par sa conviction qu'une brutalité aveugle à l’égard des détenus ne faisait qu’entretenir leur tendance criminelle et favoriser les mutineries. Il tente de réformer la colonie et il introduit des récompenses en cas de bonne conduite. Hélas, il est accusé de laxisme et rapidement remplacé. Malgré tout, les voix s'élevaient de plus en plus nombreuses et le gouvernement britannique se décide à fermer la colonie à partir de 1847, et les derniers prisonniers furent transférés vers la Tasmanie en mai 1855.